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28/09/2016

Légaliser la prostitution pourrait limiter le trafic d’êtres humains

Justice & Affaires intérieures

Légaliser la prostitution pourrait limiter le trafic d’êtres humains

Réglementer la prostitution permettrait d'affaiblir le trafics d'êtres humains.

[Michael Coghlan/Flickr]

Légaliser et réglementer la prostitution pourrait contribuer à la lutte contre le trafic d’êtres humains, selon une étude de l’exécutif européen. Un article d’EurActiv Allemagne.

L’année dernière, le nombre de personnes victimes du trafic d’êtres humains a augmenté dans l’Union européenne. Le travail forcé et la prostitution sont les principaux moteurs de ce commerce. Une étude de la Commission européenne, s’appuyant sur des données Eurostat de 2012, montre que 96 % des victimes de la traite des personnes sont exploitées sexuellement et que la grande majorité sont des femmes.

L’idée de décriminaliser la prostitution est depuis longtemps envisagée comme possible mesure pour combattre le commerce illégal du sexe. En Europe, le statut de la prostitution varie selon les États et le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante à ce sujet en février 2014. La Croatie reste l’un des seuls États membres où la prostitution est complètement illégale. En Allemagne et aux Pays-Bas, elle est légale et réglementée.

Des chercheurs de l’université de Lancaster et de l’université de Diusburg-Essen ont cherché à savoir si légaliser et réglementer la prostitution pouvait aider les pays à lutter contre le trafic d’êtres humains. Leur étude analyse deux cas : celui d’Amsterdam et celui de Dortmund. Les autorités allemandes et néerlandaises autorisent la prostitution en tant qu’activité commerciale, mais celle-ci est soumise à un haut degré de surveillance et de réglementation.

« À Dortmund, les maisons closes doivent être enregistrées au bureau commercial et généralement, le responsable a besoin d’un permis », explique Birgit Apitzsch, coauteure de l’étude. La police fait aussi des contrôles réguliers pour s’assurer qu’il n’y a plus de trafic.

À Amsterdam, les propriétaires de maisons closes sont chargés de s’assurer que les femmes travaillant dans leurs établissements le font de leur plein gré. Les travailleuses sexuelles indépendantes doivent s’enregistrer auprès de la chambre du commerce. « Dans les deux villes, les autorités locales et la police entretiennent une relation de confiance avec les prostitués et sont toujours disponibles pour les conseiller », a assuré un autre auteur de l’étude, Markus Tünte. « C’est important pour identifier les victimes du trafic et pour les aider », a-t-il ajouté.

Pour les experts, certaines formes de prostitution, comme celles que l’on voit dans la rue ou celle qui implique des mineurs sont particulièrement visées par les trafiquants. L’étude conclut que la réglementation de cette activité a permis de faire chuter le trafic et encourage à prendre plus de mesures pour continuer la lutte.

Les maisons closes devraient être réglementées au niveau fédéral et les centres de conseil devraient être mieux financés, insistent les auteurs de l’étude.

Berlin soutient également la proposition de son ministre de la Justice, Heiko Maas, contre l’exploitation sexuelle. Il souhaite que les clients de la prostitution forcée soient condamnés à une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

Le Parlement européen élabore actuellement une résolution sur le même sujet. Il y a quelques jours, la commission environnement, santé publique et sécurité alimentaire (ENVI), a appelé à une action prioritaire dans ce domaine, étant donné qu’il est à présent lié à la crise des réfugiés.

>> Lire : « Les femmes migrantes sont dans une situation de vulnérabilité insurmontable »

Miroslav Mikolášik, membre de la commission, a également rappelé que bien que la plupart des victimes de l’exploitation sexuelles sont des femmes et des enfants, les hommes sont parfois aussi affectés.

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