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03/12/2016

Lutter contre la corruption pour combattre le populisme

Justice & Affaires intérieures

Lutter contre la corruption pour combattre le populisme

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Le populisme rampant séduit des milliers de citoyens, qui adhèrent au discours anti-élites visant des responsables corrompus ou perçus comme tels. Pour contrer cette tendance, l’UE devrait afficher plus de transparence selon Transparency.

Le fil rouge des rhétoriques de Donald Trump et Nigel Farage sont leurs attaques constantes contre une élite corrompue, a souligné Carl Dolan, directeur de Transparency International, à l’occasion du baromètre mondial de la corruption pour 2016.

« Si vous mettez de côté l’incongruité du milliardaire et des hommes d’affaires éduqués dans les meilleures écoles qui s’alignent sur le citoyen moyen et dénoncent les ‘élites’, ce qui vous frappe c’est l’ampleur de la résonnance de cette rhétorique », estime Carl Dolan, qui indique que les Américains et les Européens s’inquiètent davantage de la corruption au sein des gouvernements que des attentats ou d’une crise économique. « Il faut donc maintenant parvenir à récupérer ce discours des mains des nationalistes et extrémistes. Les gouvernements et institutions libérales doivent s’en servir pour concevoir des politiques de lutte contre la corruption crédibles, efficaces et étendues. »

Signaler la corruption

Si les pays européens sont loin d’être les plus corrompus, un citoyen européen sur quatre se déclare prêt à exposer et signaler les comportements de corruption.

Selon l’enquête de Transparency International, réalisée dans 22 des 28 États membres de l’UE, 35 % des citoyens européens auraient peur de perdre leur emploi ou d’autres conséquences potentiellement entrainées par le signalement de la corruption. En France, aux Pays-Bas et au Portugal, au moins la moitié des personnes interrogées ont exprimé cette crainte.

Dans le même temps, la majorité des Européens se sentent contraints de signaler ce type de comportement. En France, au Pays-Bas, en Suède, au Portugal et au Royaume-Uni, 80% de la population assurent qu’ils se sentiraient obligés de dénoncer un tel incident s’ils en étaient témoins.

Le taux de personnes payant des pots-de-vin varie énormément d’un pays à l’autre, mais les taux les plus bas se retrouvent dans l’UE. En Allemagne, Belgique, Espagne, Estonie, France, Slovénie, aux Pays-Bas, à Chypres, au Portugal et au Royaume-Uni, un maximum d’une personne sur 20 a un jour versé un pot-de-vin. La Hongrie, la Lituanie et la Roumanie sont par contre les pays européens où l’on en paye le plus. En effet, entre 22 et 29% de la population admet avoir déjà déboursé de l’argent pour corrompre.

Protéger les lanceurs d’alerte

Pour que les délits soient dévoilés, il faut que les lanceurs d’alerte soient protégés et soutenus quand en cas de preuve de corruption ou de simple doute, et ce dans toute l’UE, insiste les activistes. À l’heure actuelle, la protection juridique de ces témoins essentiels est inégale, et souvent inexistante, dans les pays européens.

L’Irlande a adopté une loi importante et cohérente à ce sujet en 2014, suivie par la loi Sapin en France, qui comprend quelques mesures dans ce sens. L’Allemagne et la Pologne progressent à petits pas, et une loi sur la protection des lanceurs d’alerte à l’avenir incertain est en ce moment bloquée au sénat italien. C’est pourquoi les organisations comme Transparency International défendent une loi de protection au niveau européen.

L’UE, et la Commission en particulier, ont eu un impact positif sur la lutte anti-corruption, assure Carl Dolan. L’Europe « a proposé des lois inédites sur la transparence, comme la proposition pour la fin du secret des affaires, grâce à la divulgation des propriétaires bénéficiaires des entreprises. Cette proposition est actuellement à l’examen ».

« Malheureusement, l’Europe n’est vraiment pas douée pour se poser en championne de la lutte contre la corruption auprès des gouvernements, et encore plus auprès des citoyens », regrette le directeur de Transparency International.

Après le scandale des Luxleaks, durant lequel les lanceurs d’alerte Antoine Deltour et Raphaël Halet avaient dévoilé des pratiques d’évasion fiscale des grandes entreprises, l’UE a décidé de nouvelles règles pour plus de transparence fiscale.

>> Lire : Le procès des lanceurs d’alerte des Luxleaks provoque l’indignation

S’emparer du problème

Carl Dolan regrette cependant le manque de visibilité chronique de l’UE sur la transparence. Lors du sommet mondial anti-corruption, au mois de mai, à Londres, « où John Kerry et d’autres chefs d’États se sont rencontré, l’UE était représentée par un chef d’unité de la Commission », indique-t-il.

« Les citoyens qui se sentent loin de l’UE sont donc facilement convaincu – à tort – que les multinationales et les riches ont une influence sans entrave sur les décideurs politiques. La vérité est bien sûr bien plus nuancée, mais personne ne croit sur parole la probité de quiconque est associé à ‘Bruxelles’ », fait-il remarquer.

La meilleure option est donc de poursuivre un programme de transparence, dans le cadre duquel toutes les institutions mettront en pratique de nouvelles normes de transparence sur les lobbies, en listant tous leurs échanges et en refusant de rencontrer les lobbyistes non-enregistrés comme tels dans le registre proposé par la Commission, conclut-il.

 

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