Tusk encourage les États à retenir les migrants plus longtemps

Donald Tusk lors du sommet européen du 18 décembre. [Conseil européen]

Donald Tusk appelle les États à ne pas négliger les contrôles des migrants voulant entrer dans l’Union européenne. Ceux-ci pourraient être détenus « jusqu’au 18 mois ».

Dans une interview donnée à six quotidiens européens après sa première année en fonction, le président du Conseil européen, Donal Tusk, a encouragé les États membres à mener des contrôles de sécurité rigoureux sur les migrants et à ne pas sous-estimer la menace que certains d’entre eux – une infime fraction – peuvent représenter.

« Si l’on veut contrôler les migrants et les réfugiés, on a besoin de davantage de temps que la minute pour prendre leurs empreintes digitales », a déclaré l’ancien Premier ministre polonais dans cette interview, publiée mercredi soir sur le site internet du Guardian.

« Dans les lois internationales ainsi que dans les lois européennes, il y a cette règle des 18 mois qui correspond au temps dont on a besoin pour contrôler. On peut et on doit retenir les migrants aussi longtemps que les contrôles ne sont pas terminés », a-t-il préconisé.

L’ancien Premier ministre polonais, qui est chargé de forger des politiques approuvées par les 28 États membres, a également minimisé son désaccord avec la chancelière allemande, Angela Merkel, qui a décidé de laisser entrer des centaines de milliers de réfugiés syriens sur le territoire allemand.

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Donald Tusk a néanmoins souligné que la priorité était de protéger les frontières externes de l’espace sans frontières de Schengen et que les garde-frontières avaient besoin de temps pour identifier correctement les demandeurs d’asile qui arrivent dans l’UE.

« Évitons l’hypocrisie: ce n’est plus une question de solidarité internationale, mais un problème de capacités européennes. Les Européens seraient moins réticents si la frontière externe de l’UE était effectivement contrôlée », a-t-il ajouté.

Ces déclarations interviennent deux semaines après les attentats de Daech à Paris, dont certains des responsables auraient pu se faire passer pour des réfugiés pour entrer en Grèce, puis passer en France. Certains spécialistes rappellent que Daech n’a pas besoin de faire emprunter cette route dangereuse à ses terroristes et que s’ils l’ont fait, cela dénote une volonté de leur part d’alimenter la méfiance à l’égard des réfugiés.

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« Trop facile »

La Grèce et l’Italie, les principaux pays d’entrée des migrants, répugnent à les enfermer, et les Nations unies estiment que les migrants ne devraient être détenus qu’en dernier recours. À l’inverse, les représentants de l’UE sont de plus en plus irrités par le fait que des milliers de personnes puissent tout simplement traverser l’Europe à pied pour arriver en Allemagne.

« Il est trop facile d’entrer en Europe », estime pour sa part Donald Tusk. « On dit souvent qu’il faut accueillir les réfugiés syriens, mais ceux-ci ne représentent que 30 % des arrivants. Les 70 % restants sont des immigrants [économiques], c’est pourquoi il faut plus de contrôles. »

Il a ajouté que ces contrôles « n’étaient pas seulement une obligation pour les pays frontaliers ». « On peut le faire dans beaucoup d’endroits en Europe. Mais nous devons dire très ouvertement que nous allons le faire ».

Les pays d’Europe de l’Est se sont fort opposés aux quotas obligatoires pour l’accueil de réfugiés, qui ont pour objectif de répartir les demandeurs d’asile dans toute l’Europe, afin de soulager les principaux pays d’arrivée. L’Allemagne a au contraire défendu cette notion depuis qu’elle a ouvert ses frontières. Berlin estime qu’un millions de personnes arriveront sur son territoire en 2015.

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« Cette vague d’immigration est trop importante pour ne pas être entravée », estime pourtant Donald Tusk, soulignant que même l’Allemagne ne pouvait pas accueillir tout le monde.

Il a accusé la chancelière et ses partisans d’avoir exercé une « coercition politique » pour assurer que leur politique d’ouverture était soutenue. Il a assuré que la plupart des pays étaient défavorable à un mécanisme contraignant et permanent, « et je comprends pourquoi ». La Slovaquie a d’ailleurs lancé une procédure en justice contre la réinstallation des migrants.

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L’Europe fait actuellement faire face une des plus graves crises migratoires depuis la Seconde Guerre mondiale, avec notamment l’arrivée de centaines de milliers de Syriens et Irakiens, mais aussi des citoyens de certaines régions d’Afrique, fuyant les conflits dans leur pays.

Les dirigeants européens et la Turquie se sont mis d’accord dimanche sur un fonds de 3 milliards d’euros pour aider la Turquie, qui accueille à elle seule 2,2 millions de réfugiés syriens, en échange de son engagement à mieux contrôler ses frontières et à coopérer dans la lutte contre les passeurs qui opèrent depuis son rivage.

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