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17/01/2017

Un nouveau projet contre le terrorisme reproche à Twitter son laxisme

Justice & Affaires intérieures

Un nouveau projet contre le terrorisme reproche à Twitter son laxisme

Un média anti-social : un faux compte Twitter de l'EI.

Twitter représente une  « première dose » pour recruter les djihadistes en Europe, selon le Counter Extremism Project.

Le Counter Extremism Project, une organisation de contre-propagande, a été lancée en Europe le 29 juin. Ses membres tentent de combattre les extrémistes sur les médias sociaux.

Le Counter Extremism Project (CEP), une initiative de contre-propagande américaine, a inauguré une branche européenne le 29 juin, déterminé à continuer d’enrayer les activités des extrémistes sur les médias sociaux. Le groupe a été créé en septembre 2015 aux États-Unis, où il se concentre sur la propagande sur Twitter.

Dirigé par d’ex-fonctionnaires du gouvernement américain, le CEP a choisi de s’associer à August Hanning, ancien directeur des services de renseignement allemand, et à l’ONG Fondation européenne pour la démocratie pour lancer ses opérations en Europe. L’initiative sera basée à Bruxelles et à Berlin.

Le CEP est une organisation sans but lucratif, mais son dirigeant, Mark Wallace, ancien ambassadeur américain, n’a pas souhaité donner de détails quant à ses financements, afin de ne pas mettre ses donateurs en danger.

Twitter représente sa cible prioritaire en Europe. Le CEP suit des comptes en anglais, allemand, français, italien et turc et demande régulièrement à la plateforme sociale de supprimer des utilisateurs qui font l’apologie de l’extrémisme.

Twitter est le média social qui supprime le moins de comptes extrémistes, assure Mark Wallace, qui qualifie le site de « première dose » grâce à laquelle les radicaux attirent de nouvelles recrues comme les dealers des clients, avant de prendre contact sur d’autres plateformes, comme WhatsApp ou Snapchat.

« Twitter est l’espace médiatique le plus flagrant et le plus nuisible », a-t-il affirmé lors de l’événement de lancement du CEP à Bruxelles.

Contrairement aux autres plateformes de médias sociaux, qui mettent en place des politiques contre les utilisateurs extrémistes, Twitter a fermé les yeux sur le nombre croissant de membres de l’État islamique (EI) qui utilise le site.

>> Lire : Les jeunes ddjihadistes européens préoccupent Bruxelles

Les médias sociaux qui ne suppriment pas les contenus radicaux de leur site Internet devraient être sanctionnés, estime Mark Wallace.

« Nous estimons que les gouvernements, législateurs et parlements responsables du monde entier devraient se pencher sur le type de punitions, sanctions et responsabilités civiles qui pourraient pousser les médias sociaux récalcitrants, qui ferment les yeux pour continuer à engranger leurs bénéfices, à contribuer [au contre-terrorisme] », a-t-il expliqué.

>> Lire : L’UE pressée de réagir à l’urgence de la cybersécurité

Twitter, Facebook, Google et Snapchat publient tous des rapports de transparence biannuels, mais ces rapports ne montrent que les demandes de suppression de comptes ou de posts émanant de gouvernements. Comme le CEP est une organisation sans but lucratif, ses demandes ne sont pas listées.

Dans une déclaration envoyée au CEP, un porte-parole de Twitter assure que la société examine toutes les alertes concernant des contenus violents ou faisant la promotion du terrorisme, qui sont contraires aux règles de la plateforme.

Le CEP explique que Twitter a mis plusieurs semaines à répondre à sa demande de suppression d’un compte en français. Le compte en question a été supprimé le 29 juin.

Liberté d’expression

Les organisateurs de la campagne de contre-propagande assurent que la suppression de comptes à risque n’enfreint pas la liberté d’expression.

>> Lire : La moitié des ddjihadistes européens en Syrie et en Irak sont Français

Certains activistes ne partagent cependant pas cet avis et estiment que si ces demandes ne sont pas inclues dans les rapports de transparence des médias sociaux, celles-ci s’assimilent à une action policière.

« Avec ce type de mesures, la transparence est souvent faible », regrette Ben Wagner, directeur du Centre pour l’Internet et les droits de l’Homme. Pour lui, il est essentiel d’arriver à « garantir une transparence maximale sur les contenus et comptes qui sont supprimés ».

Depuis le lancement du CEP, l’organisation est notamment parvenue à exposer un des donateurs du Hezbollah, qui a ensuite pu être extradé de Gambie. Le Hezbollah est inscrit à la liste d’organisations terroristes des États-Unis depuis 1997, mais n’a rejoint celle de l’UE qu’en 2013. Le groupe se targue aussi d’avoir fait fermer les compte de Mujahid Miski, membre de l’EI originaire des États-Unis.

Certains spécialistes ne voient pas l’initiative d’un bon œil et soulignent que les comptes des réseaux sociaux utilisés par les membres de groupes extrémistes violents, comme l’EI, permettent aux gouvernements de rassembler des informations précieuses sur ces organisations.

Les dirigeants du CEP écartent ces critiques : s’ils recrutent, les extrémistes actifs sur les médias sociaux constituent une menace immédiate, soutiennent-ils. « Entre les mains de ces djihadistes, un compte Twitter est aussi dangereux que toute autre arme, il devient un AK47, ou une bombe », assure Mark Wallace.

Selon le « Guide CEP pour l’Europe », distribué lors de l’événement de lancement de l’initiative à Bruxelles, l’organisation se penchera sur un vaste éventail de groupes allant des radicaux de l’extrême-droite hongroise ou allemande à l’EI.

En Europe, les comptes en turc obtiendront une attention toute particulière, puisque la Turquie est un important pays de transit pour les recrues de l’EI qui quittent l’Europe occidentale pour rejoindre la Syrie.

Récemment, Gilles de Kerchove, coordinateur de la lutte contre le terrorisme du Conseil européen, a estimé à 4 000 le nombre d’Européens qui se sont rendus en Syrie pour combattre aux côtés de l’EI.

>> Lire : L’UE veut lutter contre la propagande djihadiste sur le Net

Contexte

Après l'attentat au journal Charlie Hebdo du mois de janvier, l'Union européenne s'est engagée à collaborer davantage dans la lutte contre le terrorisme.

Les ministres des Affaires intérieurs se sont réunis à Paris le 11 janvier et ont décidé de deux priorités :

  • la limitation de la libre-circulation des terroristes, et notamment des « combattants étrangers » et des citoyens européens hors des frontières externes de l'UE ;
  • la contre-propagande, et particulièrement sur Internet, afin de s'attaquer aux sources même de la radicalisation des jeunes.

Certaines autres mesures sont encore discutées, et notamment une proposition de partage des données sur les passagers aériens entre les États membres, une mesure qui a été bloquée au Parlement européen en raison d'inquiétudes quant à la protection de la vie privée.

>> Lire : Berlin veut instaurer la collecte systématique des données des passagers aériens

En France, les djihadistes ne se contentent pas de recruter sur Twitter. En avril, ils ont également piraté la chaîne internationale et le site Internet de TV5 Monde.

>> Lire : La France appelle les médias à la vigilance après l'attaque sur TV5 Monde