Le profilage racial préoccupe la gauche allemande

Les opérations policière du Nouvel An ont fait réagir les défenseurs des droits de l'Homme. [Shutterstock]

Euractiv Allemagne a interrogé deux personnalités politiques, l’une de gauche, l’autre de droite, sur la discrimination en Allemagne, et dans l’UE.

Le soir du Nouvel An, la police de la ville de Cologne a été renforcée, et plus de cent Nord-africains rassemblés et soumis à des contrôles d’identité. L’objectif était de prévenir une répétition des événements de l’année précédente.

Les critiques de cette opération dénoncent une action de profilage racial organisée, qui s’appuyait uniquement sur la base de l’origine ethnique. La législation anti-discrimination allemande, ainsi que la Chartre européenne des droits fondamentaux, interdit pourtant toute forme de discrimination fondée sur l’ethnicité ou l’origine sociale.

EURACTIV Allemagne a recueilli les opinions d’Axel Voss (CDU), eurodéputé du PPE, et de Christopher Lauer, ancien membre du parti pirate, à présent affilié au SPD.

Christopher Lauer -SPD

Les actions policières du Nouvel An sont-elles compatibles avec les lois nationales et européennes sur la discrimination ?

Non ! Les contrôles réalisés sur la base de la nationalité sont contraires à l’article 3 de notre Constitution et contraires au droit européen. La police peut bien sûr effectuer des contrôles quand il existe une menace tangible et que la description d’un suspect est disponible. Cette description ne s’appuie néanmoins jamais sur la nationalité.

De nouvelles informations montrent à quel point les contrôles au facies sont inefficaces. Selon la police de Cologne, environ 50 hommes contrôlés étaient allemands, et de nombreux autres étaient irakiens, syriens ou afghans. Seule une trentaine d’entre eux étaient originaires des pays du Maghreb.

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Où se situe la limite ?

La police doit toujours prendre des mesures pour contrer une menace, ou un risque spécifique imminent. À Cologne, le danger était moins tangible. La police voulait prévenir tout problème potentiel en contrôlant les gens trois, voire quatre fois. Je peux comprendre leurs raisons, mais même s’il existait un risque abstrait, qui était très réel l’an dernier, cela ne justifie pas les infractions à nos règles fondamentales. Quand il y a un vrai risque, si par exemple les gens sont saoûls, ou si de grands groupes d’hommes se montrent agressifs, alors des contrôles peuvent être menés, indépendamment de la nationalité.

La police et une partie du public réagissent toujours mal à ce type de critiques. C’est dommage. Toute profession a ses détracteurs, bien sûr, et la police ne fait pas exception. Nous avons en effet de la chance de ne pas devoir sortir armés dans la rue pour nous protéger, comme c’est le cas en Afghanistan en ce moment. Nous sommes tous reconnaissants à la police pour cela, mais certaines critiques doivent tout de même être formulées. Il suffit de regarder vers les États-Unis pour voir comme il est facile pour un État de basculer.

L’UE, le gouvernement national… qui est responsable ?

Les critiques vis-à-vis des opérations de police doivent être autorisées. Il ne s’agit pas de critiques personnelles vis-à-vis des agents, mais plutôt de la manière dont les choses sont organisées. Il faudrait aussi qu’il y ait une autocritique un peu plus sévère.

Axel Voss-PPE

Les opérations policières du Nouvel An à Cologne sont-elles justifiables ?

Le principe de non-discrimination est inscrit dans l’article 21 de la chartre des droits de l’UE. Mais la charte prévoit aussi le « droit à la liberté et à la sécurité » à l’article 6.

De ce que j’ai compris des rapports des médias, la police de Cologne a agi sur la base des réalités du moment, et a trouvé un équilibre entre ces deux droits fondamentaux, surtout à la lumière de ce qu’il s’est passé en 2015.

Où sont les limites ?

Je ne pense pas qu’on puisse faire de déclaration générale à ce sujet. Çela doit être défini au cas par cas, en fonction du niveau de risque au moment même.

Par exemple, si un groupe de skinheads d’extrême droite ou de hooligans se réunissait à un endroit, la police aurait raison de se concentrer sur des gens ayant généralement un air allemand. Personne n’accuserait les autorités de faire de la discrimination raciale, à juste titre.

L’UE devrait-elle en faire plus pour contrer le profilage racial ?

Comme je l’ai dit, il faut agir en fonction de la réalité. Je ne pense pas que l’UE soit le niveau adéquat pour évaluer des cas précis d’opérations policières.

L’UE pourrait bien sûr intervenir si un État membre violait l’état de droit.

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