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25/09/2016

Matthias Fekl : « On abattait le mur de Berlin avec nos petites pioches »

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Matthias Fekl : « On abattait le mur de Berlin avec nos petites pioches »

Matthias Fekl, l'actuel secrétaire d'Etat au Commerce extérieur lors de la chute du mur de Berlin

Le franco-allemand, Matthias Fekl, secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, avait 12 ans lors de la chute du mur en 1989, comme en témoigne cette photo. Il se souvient d’une liesse incroyable après l’annonce à la radio de la chute du mur par un « bureaucrate étriqué ».

Matthias Fekl est secrétaire d’État au Commerce extérieur et représentant officiel de la France pour les cérémonies officielles de commémoration du 25e anniversaire de la chute du mur de Berlin qui se dérouleront ce 9 novembre.

Vous avez passé votre jeunesse à Berlin. Quel souvenir gardez-vous de cette ville avant la chute du mur le 9 novembre 1989 ?

Je suis arrivé à Berlin à deux ans et demi et j’y suis resté jusqu’à mon bac. J’ai été scolarisé au Lycée allemand jusqu’à la quatrième, avant de passer au Lycée français. Berlin avant la chute du mur, ce sont des souvenirs d’enfant, mais j’en garde l’image d’une ville très libre, très tolérante. C’était quand même la dernière ville avant la dictature et le monde soviétique.

C’était aussi une ville déchirée par les marques de la guerre, très présentes à Berlin, mais aussi par ce mur qui divisait le monde.

Je me souviens d’images très frappantes, même si je ne prétends pas, à 12 ans que je comprenais le contexte géopolitique de l’époque. J’ai à la fois des souvenirs très joyeux et d’autres beaucoup plus marquants.

D’abord du côté Ouest, c’était un lieu de promenade, quand on était du bon côté c’était un lieu que les Berlinois s’étaient approprié, où l’on allait parfois jouer au foot. Ensuite il y avait le rapport à Berlin Est. Ce qui m’a particulièrement marqué enfant, ce sont ces plateformes sur lesquelles ont pouvaient monter pour regarder par-dessus le mur : on voyait le mur à l’Est et à l’Ouest et au milieu la bande de la mort, minée et parsemée de tours où les gens se faisaient abattre lorsqu’ils essayaient de fuir. Je me souviens particulièrement de ces « unes » de journaux quand des gens étaient abattus parce qu’ils voulaient fuir.

Ces plateformes donnant vu sur Berlin Est font partie de vos souvenirs visuels de Berlin Est. Avez-vous eu l’occasion d’aller à l’Est à cette époque ?

Nous y sommes allés quelques fois, mais cela restait des mondes très étanches. Il y avait un côté très gênant, en même temps tous les visiteurs voulaient voir cet endroit qui marquait la fin du monde libre. Beaucoup de gens, y compris des délégations officielles, venaient pour voir ça.  À l’école, nous avions beaucoup de mal à comprendre comment en étant à Berlin, tout autour de nous – à l’ouest au nord ou au sud de la ville – c’était l’Est.

Le 9 novembre 1989, vous viviez toujours à Berlin. Comment avez-vous vécu la chute du mur ?

À cette époque-là, j’avais douze ans. Je me rappelle très bien de cette journée, même s’il y a certainement de la reconstruction. D’abord, l’annonce de la chute du mur par les autorités Est-allemande a été un moment hallucinant. A la radio, la personne chargée de l’annonce avait fait un discours extrêmement bureaucratique, pour annoncer la nouvelle. Ce discours a tourné en boucle pendant la journée et je me souviens de mes parents demander : il vient vraiment de dire ce qu’il vient de dire ? C’était la fin du 20e siècle annoncé par un petit bureaucrate étriqué.

Ensuite, nous sommes sortis dans Berlin, ce jour-là, et tous les suivants.  Je me rappelle des journées qui ont suivi comme des jours de joie et de liesse incroyables. On abattait ce monument, moi comme beaucoup de jeunes enfants avec ma petite pioche, mais il y avait les grands bouts de mur qui tombaient abattus par des grues qui étaient des moments extraordinaires. On sentait bien que c’était la fin de tout un monde.

Dans les jours qui ont suivi, quelles sont vos premières images de la réunification ?

Pendant plusieurs semaines, les rues étaient pleines, les médias du monde entier avaient fait le déplacement. Mais il y avait également des moments un peu plus étranges, d’entrée dans le monde la consommation : certaines chaînes de supermarchés jetaient des fruits aux Allemands de l’Est qui arrivaient à l’Ouest et subi le rationnement. Cela avait un côté très dérangeant. De la même manière, le gouvernement allemand de l’époque avait décidé de donner 100 marks, l’argent de bienvenue aux Allemands de l’Est pour qu’ils puissent aller par exemple prendre un café ! La joie d’entrer dans la liberté qui côtoyait le côté un peu « cheap » de l’entrée dans le capitalisme.  

À cette époque, il y avait aussi des doutes sur les effets de la réunification de l’Allemagne, que ce soit à Berlin ou à Paris…

Il y avait des craintes dans la presse allemande notamment que la réunification du pays ne mène à une résurgence du nationalisme allemand.  Du côté français, je pense qu’il y avait aussi la peur que cette réunification ne change la donne en Europe et ne déséquilibre le couple franco-allemand. Helmut Kohl a joué un rôle très important à cet égard.

Justement, aujourd’hui le couple franco-allemand souffre d’un déséquilibre entre autres à la position dominante de l’Allemagne sur le front économique. Les craintes de l’époque n’étaient donc elles pas justifiées en partie ?

Ce qui déséquilibre aujourd’hui le couple franco-allemand c’est avant tout le décalage de la situation entre nos deux économies. L’économie allemande donne évidemment une force particulière au pays, mais le déséquilibre est d’abord conjoncturel.