137 000 migrants ont fui l’Afrique et le Moyen-Orient en 2015

Un camp de réfugiés, en Somalie. Sadik Gulec / Shutterstock

Selon l’ONU, 1867 migrants ont trouvé la mort en Méditerranée depuis le début de l’année, alors que le nombre de personnes fuyant les pays en guerre affiche une hausse de 83 %. Les opérations de sauvetage menées depuis avril semblent limiter le nombre de victimes.

Un nombre record de 137 000 migrants ont traversé la Méditerranée dans des conditions périlleuses au cours du premier semestre 2015, la plupart du temps pour fuir des conflits, soit une hausse de 83% par rapport au premier semestre 2014, ont indiqué mercredi les Nations unies.

La situation devrait empirer avec l’été, quand les passeurs clandestins redoublent d’activité : le nombre de migrants en Méditerranée était passé en 2014 de 75 000 au premier semestre à 219 000 à la fin de l’année, selon l’agence des Nations unies pour les réfugiés. A la merci des passeurs, la plupart des migrants font cette traversée sur des embarcations de fortune.

« L’Europe est confrontée à une crise des réfugiés par voie maritime qui atteint des proportions historiques », alerte le Haut commissariat des Nations unies aux réfugiés (UNHCR), précisant que ces migrants et réfugiés dans leur immense majorité fuyaient les guerres, les conflits et les persécutions.

« La plupart des gens qui arrivent par voie maritime en Europe sont des réfugiés, qui cherchent une protection contre la guerre et les persécutions », souligne dans un communiqué le chef de l’UNHCR, Antonio Guterres.

Un tiers des hommes, femmes et enfants qui ont rejoint par la mer la Grèce ou l’Italie cette année arrivent de Syrie, pays ravagé par la guerre depuis 2011.

Les personnes fuyant la violence persistante en Afghanistan et le régime répressif en Erythrée représentent 12% des arrivées, selon le rapport de l’UNHCR.

La Somalie, le Nigeria, l’Irak et le Soudan sont les autres principaux pays d’origine des migrants.

Le nombre de ceux qui ont trouvé la mort au cours des six premiers mois de 2015 en tentant de traverser la Méditerranée s’est établi à 1 867, dont 1 308 pour le seul mois d’avril 2015.

Les drames et les naufrages du mois d’avril ont conduit les dirigeants de l’Union européenne à accélérer les opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée, ramenant le nombre de victimes à 68 en mai, et 12 en juin.

Cette baisse des drames lors des traversées montre qu’« avec la bonne politique, soutenue par une réponse opérationnelle effective, il est possible de sauver plus de vies en mer », a commenté le chef de l’UNHCR Antonio Guterres.

M. Guterres a mis l’accent sur la nécessité de « rester vigilant », soulignant que « pour les milliers de réfugiés et de migrants qui continuent de traverser la Méditerranée chaque semaine, le risque reste très élevé ».

Les réfugiés et migrants commencent souvent leur périple en cherchant refuge dans des pays voisins débordés, indique le rapport, citant le cas du Liban, dont un quart des habitants sont désormais des réfugiés syriens.

Le rapport enregistre également un changement dans les itinéraires des migrants: le trajet de la Turquie vers la Grèce supplantant celui entre l’Afrique du Nord et l’Italie.

L’Italie, qui a vu arriver l’année dernière 170 000 migrants et réfugiés sur ses côtes – plus des trois quarts du total des arrivées par voie maritime en Europe – a enregistré 67.500 arrivées au premier semestre 2015.

En revanche, la Grèce a enregistré sur les six premiers mois de 2015 68 000 arrivées, contre 43 500 sur l’ensemble de l’année 2014.

Beaucoup de réfugiés et de migrants poursuivent leur route vers l’Allemagne et la Suède, réputés plus accueillants.

Les migrants sont alors confrontés à un nouveau voyage long et dangereux, souvent à la merci des passeurs clandestins à travers les Balkans et la Hongrie.

Le rapport appelle à plus de solidarité vis-à-vis des migrants (amélioration des conditions d’accueil, création de routes légales de migration) et des pays européens qui reçoivent le plus de migrants.

>>Lire : L’immigration cripse les dirigeants européens réunis à Bruxelles

Le rapport salue la décision européenne de répartir entre plusieurs pays 40.000 demandeurs d’asile syriens et érythréens pour soulager la pression sur l’Italie et la Grèce, ajoutant que d’autres mesures étaient nécessaires.

Le chef du gouvernement italien, Matteo Renzi, a piqué un coup de sang jeudi dernier contre ses homologues européens durant un débat consacré aux migrants, pour obtenir leur engagement à prendre en charge ces 40 000 demandeurs d’asile.

Les ministres des Affaires étrangères de l’UE ont lancé fin juin une mission navale de lutte contre le trafic de migrants en Méditerranée, qui sera limitée dans un premier temps à une surveillance accrue des réseaux de passeurs.

>>Lire l’interview d’Harlem Désir : Nous sommes contres les quotas de migrants parce que le statut de réfugié relève de la souveraineté des Etats

Contexte

Le nombre d'immigrants clandestins entrant en Europe a presque triplé en 2014, atteignant 276 000 personnes, selon Frontex, l'agence européenne de contrôle des frontières. L'écrasante majorité d'entre eux, près de 220 000, arrivent via la Méditerranée, un passage extrêmement dangereux.

La situation chaotique en Libye a entrainé une hausse des bateaux quittant les ports libyens sans surveillance à destination de l'Europe. Ces bateaux transportent des réfugiés fuyant les conflits et la pauvreté des pays du Moyen-Orient et d'Afrique.

En 2013, après des centaines de noyés lors d'un accident au large de l'île de Lampedusa, le gouvernement italien a lancé l'opération de recherche et de sauvetage Mare Nostrum.

L'Italie n'est toutefois pas parvenue à convaincre des partenaires européens de l'aider à financer l'opération, qui coûtait jusqu'à 9 millions d'euros par mois. Certains pays estiment en effet que Mare Nostrum avait pour conséquence involontaire d'encourager les immigrants à tenter la traversée de la Méditerranée. Rome a donc été contrainte de réduire l'ampleur de l'opération.

L'Union européenne a donc mis en place la mission de contrôle des frontières Triton, aujourd'hui associée à Frontex. Jusqu'au sommet du 23 avril, Triton bénéficiait cependant d'un budget et d'un mandat réduit, et a été vivement critiqué, notamment par des groupes humanitaires et l'Italie, qui le juge inadapté à l'ampleur de la crise.