2017, un tournant pour les démocraties libérales

Jean-Claude Juncker [European Commission]

L’avancée des partis populistes en Europe, à laquelle s’ajoute la montée en puissance de la Chine et de la Russie, risquent de peser lourd sur les démocraties libérales de l’UE en 2017.

En 1991, quand l’Union soviétique s’est effondrée, le politologue américain Francis Fukuyama avait annoncé en fanfare la « fin de l’Histoire » : un monde dominé par les États-Unis, dernière superpuissance.

25 ans plus tard, les certitudes du politologue se sont désintégrées. La démocratie libérale est en crise en Europe et aux États-Unis, et la Chine et la Russie prouvent que les régimes autoritaires déterminent de plus en plus l’ordre du monde.

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En Europe, tout nouvel élan politique devra attendre la fin 2017, après les nombreuses élections qui se dérouleront, notamment en France et en Allemagne, les deux plus grandes économies du bloc.

« Je n’ai jamais vu les gouvernements nationaux aussi affaiblis par les forces populistes, et paralysées par le risque de défaite aux élections suivantes », avait regretté Jean-Claude Juncker, président de la Commission, lors de son discours sur l’état de l’UE, en septembre.

Et le prochain gouvernement américain ne devrait pas aider l’Europe à corriger son absence de la scène mondiale. Au contraire, Donald Trump ne semble pas prêt à adoucir sa rhétorique populiste et entend désengager le pays au niveau international.

Le vide politique pourrait être rempli par la Chine, qui aspire à devenir une superpuissance, et pas seulement du point de vue économique. Après avoir raté le coche de la révolution industrielle du 19e siècle, Pékin considère la quatrième révolution industrielle comme une manière de prendre le devant de la scène.

La Chine s’est donc lancée dans une offensive de charme et se présente comme la championne de la mondialisation et du multilatéralisme. Le président, Xi Jinping, devrait présenter son « nouveau point de départ » lors du forum économique de Davos, en janvier. Ce sera la première fois qu’un président chinois participe à l’événement.

Europe : le retour du populisme

Les dirigeants européens qui se rendront à Davos auront quant à eux une autre préoccupation : les élections. Les trois plus grandes économies européennes se rendront en effet aux urnes l’année prochaine. La France en avril et mai, l’Italie probablement en juin et l’Allemagne en septembre. Le bal des élections s’ouvrira avec les Pays-Bas, en mars. En outre, les difficultés entourant le programme de renflouement de la dette en Grèce pourraient forcer Alexis Tsipras à organiser des élections anticipées.

Guntram Wolff, directeur du think tank bruxellois Bruegel, estime qu’il « sera difficile de lancer des négociations sur quoi que ce soit » l’an prochain, en tout cas avant l’automne, étant donné ce cycle électoral intensif. Les scrutins ne paralyseront pas uniquement les programmes législatifs de la moitié de l’UE et des institutions européennes, mais risquent de rouvrir la voie aux vieux démons de l’Europe.

Depuis quelques années, l’Europe vit en effet une recrudescence des populismes de droite et de gauche,  alimentés par la révolte sociale entrainée par la récession, le terrorisme et la xénophobie qui ont suivi l’arrivée massive de demandeurs d’asile africains et moyen-orientaux.

« Si nous ne sommes pas capables de protéger nos propres intérêts, ce sont à nouveau le populisme et l’isolationnisme qui en sortiront gagnants », a averti Donald Tusk, président du Conseil de l’UE, en octobre.

Selon les derniers sondages, la championne de ce front intolérant et anti-UE, Marine Le Pen, est numéro deux dans les intentions de vote des Français. Aux Pays-Bas, le leader islamophobe du Parti pour les libertés, Geert Wilders, pourrait également l’emporter, mais n’a aucune chance de réussir à former un gouvernement de coalition.

En Italie, le mouvement 5 étoiles de Beppe Grillo semble en bonne voie pour dépasser les partis traditionnels. Même rengaine en Allemagne, où l’AfD pourrait rafler un grand nombre de postes parlementaires, affaiblissant la coalition gouvernementale alors même que l’Europe se trouve face à un moment critique de son histoire.

60e anniversaire

C’est dans ce contexte pour le moins tendu que l’UE célèbrera le 60e anniversaire du traité de Rome. Bruxelles espère que l’événement sera l’occasion de tourner la page après presque une décennie de crises qui ont culminé en juin avec le référendum britannique sur la sortie de l’UE.

L’anniversaire du traité fondateur de l’Union européenne sera marqué par l’établissement d’un document explicitant une vision d’avenir pour les projets européens.

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Jean-Claude Juncker n’appellera pas à l’instauration d’« États-Unis d’Europe », a assuré un de ses assistants, cherchant à rassurer les sceptiques du fédéralisme européen. Le document-anniversaire devrait suivre les grandes lignes des recommandations du rapport des cinq présidents du Parlement, qui appellent à la finalisation de l’union économique et monétaire, à la mise en place d’une vraie union fiscale et, à plus long terme, à une union politique.

Malgré ces grandes déclarations, personne ne s’attend à beaucoup de progrès pour l’année à venir.

Modestes ambitions

Outre les élections sur le continent, la machine européenne sera en effet grippée par les négociations de divorces difficiles qui s’annoncent avec le Royaume-Uni. Les discussions débuteront en mars ou avril, après l’activation de l’article 50 par Theresa May.

L’UE a donc réduit ses ambitions pour l’année à venir, et s’est accordée sur un programme commun pour parvenir à des résultats dans les quelques domaines pour lesquels il existe un consensus. Pour les décideurs politiques, le défi principal dérive du « manque de contrôle apparent et des peurs liées à l’immigration, au terrorisme et aux insécurités sociales et économiques », ont établi les dirigeants lors du sommet de Bratislava. « Nous devons dépasser ces problèmes en priorité dans les mois à venir. »

Il s’agira donc pour l’UE de regagner la confiance des citoyens, de retrouver des points communs entre les 27 membres et de réaffirmer un certain contrôle après une année de gestion de crise.

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Un G7 secoué

L’Italie jouera un grand rôle dans le cadre institutionnel l’an prochain. Le pays méditerranéen a en effet été gravement touché à la fois par la crise des réfugiés et par la récente réémergence de la crise bancaire de la zone euro. L’ancien Premier ministre, Matteo Renzi, a démissionné après avoir perdu un référendum sur une réforme constitutionnelle, notamment à cause de l’opposition et de la mobilisation du Mouvement 5 étoiles. C’est également à Rome que sera célébré le 60e anniversaire de l’union et organisé le sommet du G7.

La rencontre de ces sept États illustrera les changements significatifs qui ont eu lieu dans le monde ces dernières années. Pourtant, ni la Chine ni la Russie n’ont été invitées au sommet, qui se déroulera en Sicile, malgré le Moyen-Orient et le sud-est de l’Asie.

Autre question de taille : à quoi s’attendre de Donald Trump une fois qu’il sera en fonction ? Son comportement imprévisible et ses nominations gouvernementales étonnantes et très, très à droite pourraient en effet crée un certain nombre de surprises en 2017.

L’Europe compte donc se protéger de l’instabilité et du chaos externe en se donnant un rôle de déesse de la démocratie libérale, pour ne pas perdre de terrain.

Prochaines étapes

  • 17-20 janvier : Forum économique mondial de Davos.
  • 20 janvier : Donald Trump prend fonction en tant que président des États-Unis.
  • Mars : élections aux Pays-Bas et anniversaire du traité de Rome.
  • Avril et mai : élections en France
  • 26-27 mai : sommet du G7 en Italie.
  • Juin : possibles élections italiennes.
  • 7–8 juillet : sommet du G20 à Hambourg.
  • Septembre : élections en Allemagne.