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26/08/2016

Accord UE-Turquie, nouveau travail d’Hercule pour la Grèce

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Accord UE-Turquie, nouveau travail d’Hercule pour la Grèce

Alexis Tsipras, le 18 mars à Bruxelles.

[Conseil européen]

Orchestrer le renvoi en Turquie des nouveaux arrivants sur ses îles, gérer ceux qui sont bloqués sur son territoire, le tout en respectant le droit d’asile : c’est le travail d’Hercule auquel la Grèce doit s’atteler samedi en application de l’accord conclu à Bruxelles entre la Turquie et l’Union européenne.

Selon la Commission européenne, quelque 4 000 spécialistes vont devoir être mobilisés au total pour cette opération.

Incapable de faire face seule, avec une administration exsangue après six ans d’austérité et un service d’asile dont la centaine d’employés est déjà débordée, Athènes a obtenu de ses partenaires européens l’engagement d’un renfort immédiat de quelque 2 300 experts, a indiqué le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, rendant compte des résultats du sommet.

« Quatre cents seront des experts de l’asile, 400 des interprètes et traducteurs, et 1 500 des spécialistes des questions de sécurité », a-t-il précisé.

L’UE et la Turquie ont fixé à dimanche minuit les premiers renvois à partir des îles grecques, où une ruée de dernière minute se faisait déjà sentir : 1 500 arrivées ces dernières 24 heures, plus du double de la veille, contre quelques centaines par jour en début de semaine, selon les autorités grecques.

La chancelière allemande Angela Merkel, inspiratrice de l’accord, a déjà un peu repoussé l’échéance : les renvois « commenceront à partir du 4 avril », a-t-elle assuré à Bruxelles.

Car pour contrer la levée de boucliers des défenseurs des réfugiés, l’UE a promis de respecter le droit international : chaque demandeur d’asile arrivé en Grèce à partir de dimanche est censé avoir droit à un examen individualisé et à faire appel de la décision de renvoi.

« C’est un travail herculéen qui nous attend », a reconnu le président de l’exécutif européen Jean-Claude Juncker, alors que la plupart des arrivants en Grèce sont justement éligibles à l’asile, Syriens et Irakiens.

Pour chaque Syrien renvoyé, les Européens se sont aussi engagés à « réinstaller » dans l’UE un autre Syrien depuis la Turquie, un dispositif plafonné à 72 000 places.

Déjà fragilisé en interne pour avoir accepté un sursaut d’austérité, M. Tsipras a lui aussi martelé que les règles humanitaires seraient respectées : « nous ne ferons aucune concession » là-dessus, a-t-il affirmé.

Le mouvement de jeunesse de son parti de gauche radicale Syriza n’en a pas moins rallié samedi l’appel à des manifestations contre l’accord prévues dans l’après-midi, dans le cadre d’une mobilisation internationale.

Logistique « cruciale »

Le Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a pour sa part jugé « cruciale » vendredi la manière dont l’accord sera mis en œuvre. « Les réfugiés ont besoin de protection, pas de rejet », a-t-il rappelé dans un communiqué.

Tout en qualifiant l’accord UE-Turquie de « pas important », les États-Unis ont aussi insisté sur le respect du droit. Le porte-parole du Département d’État, John Kirby, a « salué le fait que l’accord mentionnait que tous les réfugiés avaient droit d’accès à une protection ».

Athènes, comme l’UE, espère avant tout que le signal envoyé par l’accord décourage les candidats au passage par l’Égée et que la Turquie fasse effectivement barrage. Dans ce cadre, M. Tsipras a rappelé que l’OTAN, dont une force navale est déployée depuis fin février en Égée, devait jouer son rôle de « filtre ».

Outre la gestion des renvois, la Grèce doit assurer la prise en charge des exilés qui s’entassent sur son territoire depuis la fermeture de la route des Balkans, voués soit à l’expulsion en tant que migrants économiques, soit à la répartition dans le reste de l’UE via le plan de relocalisation.

>> Lire : L’UE pense à réallouer son surplus budgétaire à la crise migratoire

Samedi matin, les autorités en recensaient 47 500, dont 8 200 sur les îles – plusieurs centaines d’entre eux étant attendus au Pirée, le port d’Athènes, dans la journée – et 10 500 massés à Idomeni, à la frontière avec la Macédoine.

Rester pour tenter quand même le passage ou se résigner à être relocalisé sans pouvoir choisir son pays d’accueil : c’était samedi le dilemme dans le camp de fortune d’Idomeni, qualifié de « Dachau des temps modernes » par le ministre grec de l’Intérieur.

Venu de Damas, Mohammed, 30 ans, s’apprête à prendre le bus pour s’inscrire, à Athènes, au programme européen. Mais Yasmine veut encore attendre : « ils ne peuvent pas nous interdire de rejoindre nos maris qui ont réussi à entrer en Allemagne cet été », affirme à l’AFP cette habitante d’Alep, entourée de ses deux enfants et deux sœurs.