EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

03/12/2016

« Les négociations d’adhésion souffrent d’un manque d’âme politique »

L'Europe dans le monde

« Les négociations d’adhésion souffrent d’un manque d’âme politique »

Ditmir Bushati lors d'une rencontre avec la heute représentante de l'UE pour les Affaires étrangères.

L’élargissement européen demeure attrayant pour une majorité de la population des Balkans même après le Brexit, estime le ministre albanais des Affaires étrangères, Ditmir Bushati, mais les pays de cette région ne seront pas prêts à l’adhésion dans un avenir proche. Un article d’EurActiv Allemagne.

En novembre, la Commission européenne a recommandé l’ouverture de négociations d’accession de l’Albanie. Ditmir Bushati, le ministre des Affaires étrangères, estime que son pays va dans la bonne direction.

Ditmir Bushati est ministre des Affaires étrangères albanais depuis 2013, après avoir présidé la commission parlementaire pour l’intégration européenne.

La Commission européenne a donné son feu vert à l’ouverture des négociations d’adhésion, à condition que la réforme judiciaire soit réalisée. Qu’est-ce que cela impliquerait ?

Le parlement albanais a adopté une réforme exhaustive, concentrée sur le système judiciaire. L’objectif poursuivi est de mettre en place un système complètement nouveau. La loi sur l’évaluation des juges et des procureurs est un élément central de la candidature albanaise. Elle sera vérifiée par des experts albanais et internationaux.

La réforme pourrait ensuite être utilisée comme modèle par d’autres pays de la région, notamment parce qu’elle tient compte d’aspects sécuritaires. Les Balkans ont été des partenaires importants pour l’UE en ce qui concerne les politiques de sécurité.

Il existe déjà une coopération étroite avec les autorités policières. Cette coopération doit à présent s’étendre au secteur judiciaire. Nous devons donc éradiquer la corruption de nos institutions. Dès le départ, nous avons été très clairs : nous ne voulons pas prendre de raccourcis ou négocier notre adhésion à moitié.

La population albanaise soutient-elle la candidature de Tirana ?

Près de 90% des Albanais soutiennent les réformes judiciaires. Une majorité d’entre eux soutient également l’adhésion à l’UE. L’UE parait plus attirante depuis les Balkans, et d’autres pays non membres en général, qu’en son propre sein. Nous ne devons cependant pas oublier que c’est un processus long. Nous estimons que ces réformes prendront entre deux et trois ans.

>> Lire : L’UE accorde à l’Albanie le statut de candidat à l’adhésion

Nombre d’observateurs pensent que l’UE a été ébranlée par le résultat du Brexit. Certains estiment même que ça pourrait être le début de la fin de l’Union. Pourtant, l’Albanie veut toujours entrer dans le club. Pourquoi ?

Je vois toujours dans les crises l’occasion de lancer de nouvelles politiques. Nous avons déjà mené une série de réformes, et les conditions de l’UE nous ont aidées à avancer dans notre processus démocratique. Aujourd’hui, notre plus grand défi est de rester sur cette voie.

Nous nous attendons vraiment à ce que ces réformes aient un effet tangible sur la société. En rendant notre système judiciaire plus crédible, nous espérons attirer davantage d’investissements en Albanie.

Je pense que l’UE et les pays des Balkans peuvent tirer parti les uns des autres. Les crises passées ont montré que les Balkans peuvent être d’importants partenaires sur les questions de sécurité. Nous devons à présent nous assurer que la coopération dépasse la simple gestion de crise. Nous devons construire une relation plus stable et offrir un discours attrayant.

Quelle est l’importance des Balkans sur la sécurité européenne ?

La radicalisation et l’extrémisme violent sont une problématique internationale qui dépasse nos frontières individuelles. À ce jour, la coopération dans la région a été très efficace. C’est le cas de la crise des réfugiés, mais aussi d’autres situations qui ont un impact direct sur notre sécurité et sur la sécurité dans le reste du continent.

Nous sommes impliquées depuis le début dans la lutte contre l’État islamique et tous types de radicalisation. Les efforts que nous avons tous faits doivent être reconnus par une adhésion à l’UE, c’est extrêmement important.

>> Lire : Corruption et nationalisme : les obstacles de la Bosnie vers son adhésion à l’UE

Le soutien que vous recevez de l’UE est-il suffisant ?

Il y a un bon niveau de coopération entre les États membres et les Balkans, mais en ce qui concerne les négociations d’adhésion, il y a souvent un manque d’âme politique, qui touche le processus en général. Parfois, nous oublions que l’élargissement européen dans les Balkans est le symbole d’une Europe entière et libre.

Le Royaume-Uni est sur le départ, et croise donc des pays comme l’Albanie, la Macédoine, le Monténégro et la Serbie sur le seuil de l’union. Assistons-nous à un décalage de l’UE vers l’est ?

Non, je ne pense pas que l’Europe se décale vers l’Est dans ses priorités. Je ne pense pas non plus que nos pays seront prêts à l’adhésion dans un avenir proche. Il s’agit plutôt de mettre en place une stratégie responsable pour que nos sociétés soient prêtes le moment venu.

>> Lire : La crise politique en Macédoine hypothèque son adhésion à l’UE