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29/09/2016

L’UE, complice de la maltraitance des réfugiés en Libye?

L'Europe dans le monde

L’UE, complice de la maltraitance des réfugiés en Libye?

En Libye, les réfugiés risquent maltraitance et torture. (Photo: Flickr)

Amnesty International reproche à l’UE de contribuer au mauvais traitement infligé aux réfugiés  par les forces libyennes. L’UE serait « presque prête à tout » pour dissuader les migrants de venir en Europe.

L’UE prévoit une coopération plus étroite avec le nouveau gouvernement libyen. Or selon un rapport publié par Amnesty International, ce projet ne fait qu’aggraver la détresse des réfugiés. Des milliers de personnes sont détenues pour une durée indéterminée dans des conditions déplorables, systématiquement maltraitées par les gardiens.

L’UE a annoncé que l’opération EUNAVFOR Med Sophia serait prolongée d’un an. Elle prévoit un renforcement de la collaboration avec les garde-côtes libyens. Ainsi, l’échange des informations sur la trajectoire empruntée par les bateaux et la formation de forces locales seront facilités.

90 survivants à la périlleuse traversée ont été interrogés dans les Pouilles et en Sicile. Au moins 20 d’entre eux affirment s’être fait tirer dessus, avoir été maltraités ou torturés par les garde-côtes libyens, ou dans les centres de détention. Les garde-côtes auraient même laissé un bateau couler, abandonnant 120 personnes à leur sort.

La maltraitance par les gardes-côtes libyens

Parmi les interrogés, Abdurrahman, 23 ans, originaire d’Erythrée, témoigne. « Ils nous ont ordonnés de quitter le bateau et nous ont battus avec des tuyaux en plastique et des bâtons », explique-t-il. Le jeune homme ajoute qu’ils ont demandé l’identité du pilote au dernier passager.  Incapable de répondre, « ils lui ont tiré dans le pied en disant : ‘Alors c’est toi le pilote’ ».

En Libye, la migration illégale est sévèrement punie. Si une personne ne possède pas de documents valides, elle peut disparaître dans un centre de détention pour une durée indéterminée.

Lorsque le bateau de Mohamed, 26 ans, également originaire d’Érythrée a coulé, les garde-côtes étaient venus l’intercepter et ont finalement fait demi-tour, délaissant ainsi 120 personnes en pleine mer.

Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) rapporte qu’au premier semestre 2016, 2 100 personnes sont mortes noyées en tentant de rejoindre l’Italie. Plus de 49 000 passagers ont survécu au voyage, la plupart d’entre eux sauvés par les forces navales européennes, les ONG et les bateaux marchands.

Des coups de câbles électriques trois fois par jour

Dans les camps libyens également, les réfugiés sont maltraités et torturés. En novembre 2015, les Nations Unies avaient condamné les autorités libyennes pour violation de droits fondamentaux. Le bureau libyen de l’organisation constate quotidiennement des cas de torture, d’agressions et de racisme et qualifie les conditions dans lesquelles se trouvent les migrants en Libye d’« inhumaines ».

Depuis 2011, Amnesty rassemble les témoignages d’anciens détenus qui démontrent clairement que la violence envers les migrants continue encore aujourd’hui. Dans ces témoignages, les détenus sont quotidiennement torturés, à coups de bâton, de tuyau, de câble électrique ou de fusil et avec des décharges électriques.

«Trois fois par jour, les gardiens nous frappaient avec un câble électrique, plié en trois pour que ce soit plus douloureux » détaille le rapport d’un Érythréen de 20 ans qui avait été intercepté et immédiatement déporté dans un camp. Il ajoute que les déportés sont contraints de dormir en plein air, sur un sol froid et humide, sans protection contre la chaleur ou le mauvais temps. Le jeune homme a notamment séjourné dans le camp Abu Slim de Tripolis, où au moins 450 personnes seraient détenues selon le rapport de l’ONU.

L’accord avec la Libye a « des conséquence désastreuses pour les droits de l’Homme »

« Que l’Europe puisse seulement songer à coopérer avec le gouvernement libyen en contribuant directement ou indirectement à la violation des droits de l’Homme est choquant », commente Magdalena Mughrabi d’Amnesty International. Selon elle, l’UE a démontré à plusieurs reprises qu’elle était prête à décourager les migrants de rejoindre le continent européen « presque à n’importe quel prix ».

Il y a quelques jours, Bruxelles a exposé ses plans pour interrompre les routes migratoires vers l’Europe en coopérant plus étroitement avec les pays africains. La Libye joue un rôle central dans cette stratégie. Depuis la fermeture de la route des Balkans, le pays redevient la plaque tournante des voyages vers l’Europe.