Amnesty International fustige la nouvelle loi anti-immigration de la Slovénie

Vesna Györkös Žnidar, ministre slovène de l'Intérieur. [European Council]

Pour Amnesty International, le parlement slovène devrait rejeter les amendements faits à la loi sur les étrangers, qui, une fois en vigueur, enfreindra le droit international.

Le 5 janvier, le gouvernement slovène a approuvé des amendements à sa loi sur les étrangers, permettant à la police de fermer les frontières du pays aux migrants illégaux pour une période de temps limitée si besoin.

Avec ces changements, qui doivent être ratifiés par le parlement, la Slovénie espère ne pas revivre les six mois d’afflux de migrants qui se sont terminés en mars 2016, quand plusieurs pays du sud des Balkans ont décidé de fermer leurs frontières.

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Environ 500 000 migrants illégaux ont traversé la Slovénie, le plus petit pays de la route migratoire, pour pouvoir atteindre les pays plus riches de l’ouest de l’Europe.

La ministre de l’Intérieur, Vesna Györkös Žnidar, a déclaré que la Slovénie ne pouvait pas endurer un autre afflux similaire, surtout maintenant que son voisin du nord, l’Autriche, et d’autres pays de l’ouest européen fermaient aussi leurs frontières aux migrants.

« La nouvelle loi ne sera appliquée que si la migration met en péril l’ordre public et la sécurité intérieure du pays », a-t-elle expliqué lors d’une conférence de presse.

Dans un communiqué, Amnesty International a appelé le parlement à rejeter les amendements par lesquels « les réfugiés et les demandeurs d’asile se verraient refuser la protection à laquelle ils ont droit en vertu du droit international et européen ».

« Priver les personnes fuyant la mort de leur droit de demander l’asile et les renvoyer à la frontière est une violation du droit international et européen. Au lieu de traiter les réfugiés et les demandeurs d’asile comme une menace pour la sécurité, les autorités slovènes devraient endosser la responsabilité de protéger ces personnes qui ont fait un voyage terrifiant et ont tout risqué pour trouver un peu de sécurité », a commenté Gauri van Gulik, directrice adjointe d’Amnesty International Europe.

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« Cette loi ressemble aux efforts des voisins de la Slovénie – notamment la Hongrie et l’Autriche – de fermer leurs frontières à ceux qui fuient des atrocités de guerre. Elle piétine le droit de chaque individu à demander l’asile, mais aussi l’obligation de la Slovénie d’évaluer toutes les requêtes », a-t-elle ajouté.

Le rejet d’un demandeur d’asile ou d’un migrant à la frontière sans suivre la procédure officielle et sans prendre en compte les circonstances personnelles est formellement interdit par le droit international et européen, a souligné Amnesty International.

L’ONG a également indiqué que la nouvelle loi n’incluait pas de bonne protection contre le risque de torture ou de persécution à leur retour dans un autre pays (principe de non-refoulement), ou de refoulement en chaine, c’est-à-dire les renvoyer dans un pays où ils pourraient être exposés à de mauvais traitements.

À titre d’exemple, les migrants et demandeurs d’asile refoulés en Slovénie et renvoyés en Croatie risquent d’être renvoyés en Serbie ou en Bulgarie « où les conditions d’accueil sont inadaptées », ou en Hongrie, « pays qui bafoue de façon flagrante le droit international et européen ».

« Le gouvernement prétend que les personnes dont la vie ou la santé est en danger ne seront pas concernées, mais comment identifiera-t-il ces personnes s’il contourne déjà les évaluations ? », a martelé Gauri van Gulik.