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27/08/2016

Amnesty lance l’alerte sur les batteries au cobalt

L'Europe dans le monde

Amnesty lance l’alerte sur les batteries au cobalt

Charles, 13 ans, et son père ramassent du cobalt.

[Amnesty International]

Amnesty International appelle les industriels à la vigilance dans leur approvisionnement en cobalt, une substance souvent extraite par des enfants dans des conditions déplorables.

Le 19 janvier, Amnesty International a appelé mardi l’industrie électronique et automobile à faire preuve de vigilance dans ses approvisionnements en cobalt, composant essentiel de nombreuses batteries, afin de s’assurer que celui-ci n’a pas été produit par des enfants en République démocratique du Congo.

L’organisation de défense des droits de l’Homme appelle dans un communiqué « les sociétés multinationales qui utilisent des batteries lithium-ion dans leurs produits à procéder à des contrôles en matière de droits de l’Homme en enquêtant pour savoir si le cobalt [utilisé dans ces batteries] est extrait dans des conditions dangereuses ou par des enfants, et à être plus transparents sur leurs fournisseurs ».

La RDC, rappelle l’ONG, assure à elle seule plus de la moitié de la production mondiale de cobalt. À côté de quelques grands groupes qui assurent l’essentiel de la production du pays, concentrée au Katanga (sud-est de la RDC), des dizaines de milliers de « creuseurs » (mineurs clandestins), dont beaucoup d’enfants, travaillent dans des conditions d’hygiène et de sécurité déplorables, souvent au risque de leur vie pour une rémunération dérisoire dans des galeries souterraines creusées avec des outils rudimentaires.

À l’issue d’une enquête menée auprès de 16 multinationales, parmi lesquelles des grands noms de l’électronique ou de l’automobile, comme Apple, Daimler, Lenovo, Microsoft ou Samsung, Amnesty International affirme que ces sociétés, dans l’ensemble, sont incapables de déterminer l’origine du cobalt utilisé dans les batteries lithium-ion fabriquées par des fournisseurs chinois qu’elles utilisent dans leurs produits.

La RDC regorge de ressources minières mais reste l’un des pays les moins développés au monde. La richesse du sous-sol contribue à alimenter les conflits armés qui déchirent depuis plus de vingt ans l’est du pays, en particulier les provinces du Nord et du Sud-Kivu, grosses productrices d’or, d’étain, de coltan, et de tungstène.

Pour éviter que des entreprises ne financent indirectement les conflits en RDC, une loi américaine sur ces minerais dits « du sang » entrée en vigueur en 2014 impose aux sociétés cotées aux États-Unis de divulguer aux autorités de régulation boursière américaines si elles emploient ces matières premières, et, le cas échéant, de leur notifier si elles ont utilisé de tels matériaux extraits de la RDC ou de ses neuf pays voisins. En Europe, une nouvelle règlementation est en train d’être mise en place, après de très longues négociations entre le Parlement européen et le Conseil, dans laquelle les lobbys ont pesé lourd. Au point de vider le texte de contraintes bien sérieuses, selon certains élus ayant travaillé sur le sujet.

>>Lire :Les eurodéputés renforcent l’encadrement des minerais de sang

Dans un rapport publié en avril 2015 avec l’ONG Global Witness, Amnesty International accusait les grandes entreprises américaines de négliger leurs obligations découlant de cette loi.