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27/09/2016

Ankara accusée d’expulser illégalement des Afghans

L'Europe dans le monde

Ankara accusée d’expulser illégalement des Afghans

Les Talibans font de l'Afghanistan un pays très dangereux.

[ResoluteSupportMedia/Flickr]

Amnesty International accuse les autorités turques de violer le droit d’asile en renvoyant des Afghans chez eux. Un article d’EurActiv Allemagne.

Des ONG et organisation humanitaires quittent la Grèce pour protester, l’agence pour les réfugiés de l’ONU se retire des hotspots du pays et même l’agence Frontex critique son application. C’est peu de dire que l’accord UE-Turquie ne fait pas que des heureux.

>> Lire : Des ONG quittent la Grèce pour dénoncer l’accord UE-Turquie

De son côté, Amnesty International dénonçe le rapatriement illégal de 30 demandeurs d’asile afghans vers leur pays d’origine.

Selon Amnesty, « l’encre [de l’accord UE-Turquie] n’était pas encore sèche » que les autorités turques rapatriaient 30 citoyens afghans vers Kaboul, sans leur permettre de faire une demande d’asile et malgré le risque bien réel que représentent les Talibans.

Le groupe de demandeurs d’asile, qui comprenait des femmes et des enfants, a été embarqué dans un avion reliant Istanbul à Kaboul. Les réfugiés ont tenté de traverser la mer Égée, mais ont été intercepté par les garde-côtes turcs et placés dans un camp à Izmir, dans l’ouest du pays, avant d’être renvoyés vers l’Afghanistan le 18 mars.

Les autorités turques ont confirmé que 27 Afghans avaient été renvoyés, avec leur accord, vers l’Afghanistan et qu’aucun d’entre eux n’avait souhaité faire une demande d’asile en Turquie. Amnesty accuse cependant Ankara de forcer les réfugiés à signer les documents de rapatriement volontaire. Nombre de ces Afghans ont également dû donner leurs empreintes digitales.

Sur son site Internet, l’organisation explique avoir contacté une des personnes renvoyées vers Kaboul, qui lui a fourni une photo de sa carte d’embarquement.

Un nouvel accord contestable ?

Le rapatriement de force des réfugiés, sans examen sérieux de leurs demandes d’asile, est une violation grave du droit européen et internationale. Il n’est cependant pas sûr que l’UE décide de prendre des mesures suite aux révélations d’Amnesty International.

Un document de travail de l’UE obtenu par l’organisation Statewatch indique que Bruxelles envisage de menacer Kaboul de réduire ses aides au développement et au commerce si le gouvernement n’accepte pas d’accueillir les Afghans dont les demandes d’asile ont été rejetées en Europe. Cela permettrait le rapatriement de dizaines de milliers de demandeurs d’asile vers l’Afghanistan.

>> Lire : Avalanche de critiques en France contre l’accord UE-Turquie

 

Contexte

L'accord UE-Turquie, signé par les 28 États membres et la Turquie le 18 mars, prévoit que les migrants arrivant dans l'UE sans être couverts par le droit d'asile seront renvoyés vers la Turquie, qui a été officiellement reconnu comme « pays sûr ». Les militants des droits de l'Homme et certaines personnalités politiques n'ont pas tardé à exprimer leur inquiétude quant aux termes de l'accord.

L’une des principales critiques des organisations de défense des droits de l'Homme est qu'il pourrait mener à une campagne d'expulsion massive, ce que Bruxelles a immédiatement réfuté.

>> Lire : Les doutes sur la légalité de l’accord UE-Turquie se multiplient