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06/12/2016

Au Parlement européen, les «amis de la Macédoine» irritent les Grecs

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Au Parlement européen, les «amis de la Macédoine» irritent les Grecs

Marijana Petir

[European Parliament]

La création d’un groupe parlementaire informel appelé « les Amis de la Macédoine » rend les eurodéputés grecs furieux. Ils rappellent que les portes de l’UE sont toujours fermées à la Macédoine.

Tous les États membres de l’UE, sauf la Grèce, reconnaissent le pays sous le nom de « Macédoine » (voir Contexte). Mais le veto grec bloque l’adhésion de Skopje à l’UE et à l’OTAN.

Un groupe informel sur le sujet avait été formé pour la première fois au Parlement européen durant le mandat précédent, 2009-2014. Il est composé d’eurodéputés de divers groupes politiques qui soutiennent l’intégration des pays des Balkans. Son objectif est d’améliorer la visibilité du pays au sein du Parlement européen.

Marijana Petir, une eurodéputée croate du Parti populaire européen, a pris l’initiative de réinstaurer ce groupe, au grand désarroi de ses collègues grecs.

La Macédoine prête à entrer dans l’UE

Marijana Petir a expliqué à EurActiv que l’UE « doit ouvrir officiellement des négociations d’adhésion avec la Macédoine », parce que le pays est prêt à prendre la voie de l’union.

« Je pense vraiment que cela aura lieu dans un avenir proche », ajoute-t-elle, ajoutant que tout indique que Skopje fait des progrès constants. Quant à la dispute sur son nom avec Athènes, l’eurodéputée estime qu’elle se réglera « parallèlement à l’harmonisation de la législation macédonienne avec celle de l’UE ».

« J’invite mes collègues eurodéputés grecs à nous rejoindre dans un débat constructif qui contribuerait à l’avenir européen de la Macédoine », conclut-elle.

Athènes barre le passage vers l’UE

La grande majorité des eurodéputés grecs ont réagi à l’initiative de Marijana Petir et envoyé des lettres de plainte à Martin Schulz, le président du Parlement. Étonnamment, ils n’ont pas décidé d’envoyer une lettre commune, mais des plaintes individuelles.

Les eurodéputés du parti de centre droit Nouvelle démocratie ont dénoncé la forme informelle du groupe, assurant qu’elle ne faisait que créer une fausse impression.

« La porte de l’Europe restera fermée à Skopje parce qu’elle n’accepte pas les principes et valeurs [de l’UE] […] a toujours un énorme déficit démocratique et des progrès à faire dans le domaine de la protection des droits de l’Homme », assurent les eurodéputés de Nouvelle démocratie dans une lettre également envoyée par le président du PPE, Manfred Weber.

Les eurodéputés Syriza ont pour leur part accusé l’eurodéputée croate de nuire aux négociations en cours sur le nom du pays, qui se déroulent dans le cadre de l’ONU, ainsi que les efforts récents d’instaurer une confiance mutuelle proposés par la Grèce.

« Son initiative enfreint la décision de l’Union européenne et des Nations unies, qui reconnaissent le pays sous le nom d’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), adoptée en avril 1993 par le Conseil de sécurité de l’ONU », assurent-ils.

La Croatie et la Macédoine faisaient toutes deux partie de la Yougoslavie avant l’éclatement du pays lors des conflits qui ont eu lieu entre 1991 et 2001. 

Contexte

La Macédoine a pris son indépendance de la République fédérative socialiste de Yougoslavie en 1991.

Le pays est une mosaïque ethnique. La plupart des habitants de Macédoine (64 % de la population) sont des Macédonien, généralement considérés comme des slaves. Les membres de la communauté albanaise constituent le deuxième groupe ethnique (25 %), suivi des Turcs (3 %) et des Roms (1,9 %). Le gouvernement macédonien assure cependant que la majorité de la population n'est pas slave et descend d'Alexandre le Grand.

De tous les obstacles en travers de la route de la Macédoine vers l'adhésion à l'UE, le conflit toponymique avec la Grèce semble le plus important.

Du point de vue d'Athènes, le nom officiel utilisé par Skopje, « République de Macédoine », constitue un affront pour la région grecque qui porte le nom de Macédoine. En représailles, la Grèce a promis d'opposer son veto à l’adhésion de la Macédoine aux institutions internationales, y compris l'UE, jusqu'à ce que cette question soit réglée.

Même si tous les États membres de l'UE, excepté la Grèce, reconnaissent le terme « Macédoine » comme le nom constitutionnel du pays, le veto grec signifie que le pays est coincé dans une impasse pour son adhésion à l'UE et à l'OTAN. La Pologne, la Roumanie, le Royaume-Uni et 13 autres États membres de l'UE parlent de la Macédoine, alors que l'Allemagne, l'Espagne, la France et 9 autres pays l'appellent ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM).

Mais la Grèce estime également que la Macédoine détourne de grands pans de son histoire antique. L'aéroport de Skopje porte par exemple le nom d'Alexandre le Grand, un héros de la Grèce antique. La Macédoine a récemment mis Athènes en colère en érigeant une immense statue d'un « guerrier à cheval » qui ressemble à Alexandre le Grand.

Prochaines étapes

  • 26 janvier 2016 : Second lancement officiel du groupe informel. 

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