Avec son projet de sanctions russes, le Congrès fâche l’Europe

Le Congrès a déjà adouci sa proposition suite aux efforts diplomatiques européens.

Huit projets impliquant des entreprises européennes pourraient être touchés par les sanctions américaines si le Congrès décide de punir les firmes collaborant avec la Russie dans le domaine de l’énergie.

Le collège des commissaires doit décider de comment réagir si le Congrès américain décide de punir les entreprises coopérant avec la Russie dans le secteur énergétique lors d’une réunion le 26 juillet.

La mesure ciblerait les entreprises qui contribuent au développement, mais aussi à la modernisation et à l’entretien des projets liés à la Russie partout dans le monde. Les entreprises liées à l’Iran et à la Corée du Nord seraient aussi touchées.

Les firmes impliquées dans les gazoducs et oléoducs russes en Europe tomberaient donc sous le coup de sanctions. « Ce serait très dur », a confié un représentant européen à Euractiv.

L’initiative touche à « notre indépendance énergétique et à notre sécurité énergétique », a ajouté Margaritis Schinas, porte-parole de la Commission.

L’UE et ses diplomates à Washington font pression pour que la proposition législative soit affaiblie. Dans le cadre de l’évaluation des commissaires, les services de l’exécutif européen ont préparé une liste de huit projets qui seraient touchés si ces efforts diplomatiques parvenaient à adoucir la position américaine.

Cette liste, obtenue par Euractiv, inclut Baltic Liquiefied Natural Gas (Schell et Gazprom); Blue Stream (Eni et Gazprom); CPC Pipeline (Shell, ENI et Rosneft); Nord Stream 1 (plusieurs entreprises européennes et Gazprom); Nord Stream 2 (plusieurs entreprises européennes et Gazprom); Shakhalin 2 expansion (Shell et Gazprom); Shah Deniz et South Caucasus Pipeline (BP et Lukoil); et Zhor Field (BP, ENI et Rosneft).

Lobbying intense

Bruxelles a intensifié ses efforts pour minimiser l’impact de la mesure sur les entreprises européennes. La mission de l’UE à Washington a déjà convaincu les députés de modifier le texte de la proposition le week-end dernier.

L’un des principaux changements obtenus a été l’augmentation du taux de participation russe aux projets ciblés par des sanctions. Ce taux est donc passé de 10 à 33 %. « Nos inquiétudes sont entendues », a indiqué un représentant européen.

Le projet de résolution sera examiné par le Congrès, puis passera au Sénat. Le président, Donald Trump, devra ensuite ratifier le texte final.

Les représentants européens estiment que la version adoucie de la mesure sera adoptée. « Nous allons dans la bonne direction », estime l’un d’entre eux.

Le G20 parvient à éviter une guerre commerciale… pour l’instant

Les 20 pays les plus puissants au monde ont décidé de garder les marchés ouverts, et Angela Merkel a tenté de convaincre les dirigeants de prendre des mesures face à la surcapacité de l’industrie sidérurgique, afin d’éviter une guerre commerciale.

Les commissaires discuteront de la marche à suivre après le vote du Congrès. Margaritis Schinas n’a pas précisé quelles mesures de rétorsion l’exécutif envisageait et quand celles-ci pourraient être adoptées, mais une note interne des travaux de préparation indique que la riposte pourrait être mise en place en quelques jours.

Cette note, rédigée avant la modification de la résolution par le Congrès américain, utilise « une formulation inhabituellement dure », a expliqué un autre représentant européen, afin de faire comprendre aux autorités américaines qu’elles feraient mieux de limiter « les conséquences économiques fortuites » de la mesure sur les entreprises européennes.

Selon certaines sources proches des discussions, Federica Mogherini, la Haute Représentante de l’UE, n’est pourtant pas complètement satisfaite de la formulation du document. Ce type de message pourrait en effet précipiter une guerre commerciale avec le président américain, hautement imprévisible, alors même que les diplomates européens déployaient un trésor de diplomatie à Washington pour inciter les élus à modifier le texte.

Les membres de son équipe n’ont ni confirmé ni infirmé les inquiétudes de la Haute Représentante, mais ont souligné que, depuis des semaines, la délégation européenne était « très active ».

L’UE prête à réagir

Margaritis Schinas a indiqué que les discussions des élus américains portaient sur des « intérêts » européens, ajoutant que « nous espérons que ces intérêts soient pris en compte dans le processus prélégislatif ». Sans quoi, « l’UE est toujours prête à réagir immédiatement et de manière adaptée en cas de besoin. Espérons qu’il n’y aura aucun besoin de le faire ».

Des diplomates ont confirmé que certains États membres avaient été prévenus de la possible introduction de mesures de rétorsion contre les États-Unis. La Pologne, critique avéré du gazoduc Nord Stream 2, fait partie des pays avertis, alors que les pays moins concernés, comme l’Espagne, n’étaient pas au courant.

Nord Stream 2, un instrument de pression politique pour la Russie?

Le ministre estonien des Affaires étrangères craint que le projet de gazoduc Nord Stream 2, très controversé, entre la Russie et l’Allemagne, ne devienne un « instrument de pression politique ». Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

Toute mesure de rétorsion devrait en effet être soutenue par le groupe de pays opposés au projet de Nord Stream 2, qui, selon ses détracteurs, intensifierait la dépendance énergétique du bloc vis-à-vis de la Russie.

Le risque d’escalade des sanctions entre l’UE et les États-Unis se place dans un contexte de menaces exprimées par Donald Trump vis-à-vis de certaines régions, dont l’Europe, dans les discussions sur l’acier.