EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

04/12/2016

Les Balkans rêvent d’un nouvel élan pour leur candidature à l’UE

L'Europe dans le monde

Les Balkans rêvent d’un nouvel élan pour leur candidature à l’UE

Photo : Cette région déchirée par la guerre ces vingt dernières années est désormais prête à travailler ensemble vers un objectif commun : l’adhésion à l’UE.

[Shutterstock]

L’élargissement de l’UE n’est plus une priorité et l’Union risque de se rétrécir avant de grandir à nouveau. Pourtant, les Balkans aspirent toujours à une adhésion, et développent une nouvelle stratégie pour revenir dans le radar de Bruxelles.

Les chances de voir un pays européen rejoindre l’UE dans un futur proche sont maigres. Ce  qui n’empêche pas les Balkans de frapper à la porte du bloc en préparant coute que coute leur adhésion.

Une nouvelle stratégie, présentée le 29 novembre à Bruxelles par le mouvement européen international et un certain nombre de groupes de réflexion appelle aussi à remettre l’intégration des Balkans  à l’ordre du jour.

Les nouvelles lignes directrices encouragent la région à s’unir et la Commission européenne et les États membres à accélérer l’accession de la région. Pourtant, l’adhésion de l’Albanie, de la Bosnie Herzégovine, du Kosovo, de l’ancienne république de Macédoine, du Monténégro et de la Serbie fait encore face à de nombreux obstacles.

>> Lire : Corruption et nationalisme : les obstacles de la Bosnie vers son adhésion à l’UE

Gagner le cœur des Européens

Quand le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et le commissaire à l’élargissement, Johannes Hahn, ont été nommés en 2014, tous deux ont affirmé qu’ils n’accueilleraient pas de nouveaux membres avant 2019.

D’autres problématiques mondiales, comme la crise des réfugiés et la crise financière, les accords de libre-échange, le Brexit et le changement climatique ont encore plus éloigné la perspective de voir de nouveaux États entrer dans l’UE.

>> Lire : Les pays des Balkans ferment leurs frontières

Un fait étroitement lié avec un autre défi majeur identifié par les auteurs de la stratégie : un soutien chancelant dans les États membres existants. En effet, la montée du populisme et la perception négative de la région, vestiges des guerres yougoslaves, poussent de nombreux pays déjà membres de l’UE à vouloir remonter le pont-levis. Et Jean-Claude Juncker semble de cet avis puisqu’il avait insisté sur la nécessité de « consolider ce qui a été accompli au sein des 28 États membres », durant l’annonce de ses priorités en 2014.

Goran Svilanović, secrétaire général du Conseil de coopération régionale, a déclaré que les Balkans occidentaux devaient relever le défi de « travailler avec les citoyens européens pour gagner leur cœur », dans l’espoir d’influencer les décideurs politiques nationaux par la suite.

Toutefois, la stratégie mentionne aussi un document datant de 2015 du Centre public européen qui concluait que « l’opinion publique [n’était] pas un facteur dominant pour la position officielle des États membres » lors d’élargissement. Ce qui signifie qu’une approche centrée sur les cœurs et les esprits ne sera pas suffisante.

Pour Eduard Kukan, eurodéputé slovaque du PPE, penser à un élargissement de l’UE semble désormais plus compliqué, pas seulement à cause des crises internes, mais aussi à cause de l’intégration qui a déjà eu lieu. Selon lui, son propre pays, dont les Balkans veulent imiter l’adhésion, a eu la chance d’entrer dans l’Union assez tôt.

>> Lire : « Les négociations d’adhésion souffrent d’un manque d’âme politique »

Image négative

La stratégie souhaite redresser l’image négative de la région et présenter l’élargissement comme la panacée aux problèmes majeurs auxquels fait face l’UE. Elle a donc pour but de cibler les groupes de réflexion et États membres influents particulièrement opposés à l’accueil de nouveaux membres. L’accent est mis sur la promotion des atouts de la région et sur la nécessité de restaurer la confiance au sein des candidats des Balkans.

De fait, des divisions internes doivent être affrontées, puisque les Balkans occidentaux ne soutiennent pas à 100 % une adhésion à l’UE. Satisfaire les critères des différents chapitres de l’accession à l’UE n’est pas une mince affaire et le processus représente une charge énorme pour les ressources, tant financières qu’humaines en plus d’être fortement chronophage.

La stratégie de promotion régionale souligne le fait que leur adhésion réduirait les coûts et serait une véritable aubaine étant donné que les Balkans ont été durement frappés durant la crise financière.

Modèles

Des leçons doivent être tirées de la campagne ayant mené au vote pour le Brexit, puisque de nombreux observateurs ont reproché au camp du « Leave » de n’avoir pas assez communiqué les avantages de l’Union européenne à l’électorat.

Jo Leinen, eurodéputé allemand (S&D), membre de la commission Affaires étrangères du Parlement européen, a débattu hier des rapports de la Commission sur la progression de la Bosnie-Herzégovine et de l’Albanie en vue d’une adhésion à l’UE. « La société civile doit avoir le droit de suivre le processus de négociations de plus près », a-t-il estimé.

Sur la question de l’adhésion de la Turquie, le responsable allemand a déclaré que le processus était « gelé, mais pas complètement abandonné ». Dans une attaque voilée contre le Royaume-Uni, Jo Leinen a insisté sur le fait que « les 27 et demi États membres n’ont pas l’air de vouloir renoncer aux promesses d’adhésion ».

>> Lire : L’UE garde le cap de l’élargissement

En termes de modèle, le plaidoyer mentionne particulièrement le groupe de Visegrád (République tchèque, Hongrie, Pologne et Slovaquie), qui s’est formé au début des années 1990 pour promouvoir l’intégration européenne des quatre pays. Ces derniers ont fini par rejoindre l’UE le 1er mai 2004

Un chemin que les six pays des Balkans occidentaux (WB6) rêvent d’emprunter. Le fait que la Croatie, nouvel État membre et pays des Balkans ne soit mentionné que rarement dans la stratégie n’est pas anodin. En effet, les six candidats veulent mettre en avant l’expérience des pays de Visegrad : les quatre pays sont dans l’UE depuis plus de 10 ans, alors que la Croatie n’est membre que depuis quatre ans, et a encore du mal à se lancer.

Coup de pouce

Jelica Minić, du mouvement européen serbe, qui présidait l’événement à Bruxelles, a aussi estimé que les pays du WB6 devraient s’inspirer d’approches existantes, comme le groupe Benelux. Il s’agirait d’approfondir les liens économiques et la coopération culturelle avec le groupe de Visegrád et le Benelux.

La stratégie de sensibilisation, la première en son genre dans la région, établie sur un an, est un document appelant les Balkans occidentaux à s’unir pour redynamiser son dialogue avec l’UE et les États membres d’une seule voix. Le texte fournit également toutes les étapes d’une stratégie de mobilisation des organisations et initiatives régionales non-officielles et sous-utilisées.

Catherine Wendt, qui dirige l’unité Serbie de la DG Voisinage et négociations d’élargissement (NEAR), a donné une touche d’optimiste à la rencontre, assurant que « l’élargissement et l’intégration sont aujourd’hui plus pertinentes qu’en 2009 ».

Si ces lignes directrices ne garantissent évidemment pas un accès accéléré à l’UE des candidats individuels, son appel à la résolution de problèmes spécifiques à certains États balkaniques et à l’établissement d’une stratégie régionale donne certainement matière à penser à l’UE.Et ce seulement 15 ans après la fin des derniers conflits dans la région.

Contexte

Deux pays des Balkans occidentaux, le Monténégro et la Serbie, ont entamé des négociations d’adhésions avec l’UE.

L’Albanie et la Macédoine sont toutes deux candidates officielles à l’adhésion, et le Kosovo et la Bosnie Herzégovine sont officiellement candidats potentiels. La Bosnie espère voir son statut évoluer en 2017, après l’acceptation de sa candidature par l’UE en septembre 2016. Les choses sont un peu plus complexes pour le Kosovo, qui n’est à ce jour pas encore reconnu par cinq États membres.

La Slovénie et la Croatie sont quant à elles entrées dans l’UE les 1er mai 2004 et le 1er juillet 2013, respectivement.