Les pays de la route des Balkans s’organisent sans l’UE

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Les pays européens de la route des Balkans, via laquelle plus d’un million de migrants ont atteint l’UE l’an dernier, ont décidé de coopérer afin d’éviter une autre vague d’arrivées. Ils se concentrent sur des actions plus accessibles que les grands débats qui divisent l’UE.

Vienne a organisé une rencontre des pays de la route des Balkans, dans l’espoir d’accélérer les initiatives sur la crise migratoire, qui a creusé de profondes divisions au sein de l’UE et redéfini les scènes politiques nationales.

« Nous nous concentrons sur les zones dans lesquelles nous pouvons mettre un projet en place et sur l’application plus rigoureuse de ce projet », a expliqué Christian Kern, chancelier autrichien, après la rencontre.

L’Autriche et ses voisins balkaniques se sont attiré les foudres d’Athènes en février dernier en introduisant des barrages aux frontières, contrairement à l’appel à l’unité lancé par l’Allemagne. Résultat : des milliers de migrants se retrouvent coincés en Grèce.

Les tensions des pays de la route des Balkans avec l’Allemagne et la Grèce se sont depuis atténuées, notamment grâce à l’accord UE-Turquie, qui a permis une diminution des arrivées sur le territoire grec. La chancelière allemande, Angela Merkel, et son homologue grec, Alexis Tsipras, ont tous deux assisté à la rencontre en Autriche.

L’application complète de cet accord était justement l’un des trios objectifs principaux de la rencontre, qui s’est déroulée le 24 septembre. Le bras de fer sur la libéralisation des visas est le point le plus controversé de l’accord.

>> Lire : La Turquie menace de mettre fin à l’accord sur les migrants

Les États en questions souhaitent également renforcer le personnel de Frontex, l’agence garde-frontière européenne, en s’assurant déjà que tous les pays membres respectent leurs engagements.

Christian Kern a ajouté que l’avancement de ces chantiers permettrait de débloquer les désaccords au cœur des politiques d’immigration européennes.

Les pays participants souhaitent également mettre en place des accords similaires avec d‘autres pays, comme le Niger et l’Égypte, ou encore le Pakistan et l’Afghanistan. Cela permettrait d’expulser davantage de migrants de Grèce, où ils sont des milliers à vivre dans des camps surpeuplés.

Angela Merkel, qui a laissé entrer un million de réfugiés l’an dernier, s’est mis à dos les dirigeants des anciens pays communistes, qui ont refusé d’accueillir des demandeurs d’asile.

« La question de la redistribution a été discutée, mais je suis convaincu que nous ferons des progrès sur le sujet quand les deux premiers problèmes seront résolus : le renforcement de la protection des frontières et la mise en place de structures adéquates dans les pays d’origine », a expliqué le chancelier autrichien.

Viktor Orbán, le Premier ministre hongrois, a pour sa part estimé qu’il faudrait également se préparer à une issue moins favorable. « Nous avons un deuxième plan, dans l’éventualité d’un effondrement de l’accord UE-Turquie, pour une raison ou une autre », a-t-il assuré. « Quand les migrants déferleront sur nous et que les problèmes commencent, il sera trop tard pour examiner des projets de barrières physiques, de nouvelles forces policières et militaires. »

Une « ville géante de réfugiés »

L’Union européenne devrait créer une « ville géante de réfugiés » sur la côte libyenne, d’où les demandes d’asile des migrants africains seraient examinées, selon Viktor Orbán.

Il a insisté sur le fait que les frontières externes de l’UE, y compris le long de la Méditerranée, devraient être « totalement sous contrôle », et que la Libye avait un rôle-clé dans ce projet. Malgré un gouvernement appuyé par l’ONU, le chaos politique règne dans le pays depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011 et la création de factions armées rivales. La Libye et l’Égypte sont donc des alliés importants, a souligné le Premier ministre hongrois.

« L’UE doit avoir une politique sur la Libye », a-t-il affirmé. « La Libye est une région dont les côtes sont utilisées comme point de départ vers l’Europe parce qu’il n’y existe pas d’État réel. »

L’unité libyenne devrait donc être préservée, et un nouveau gouvernement nommé et impliqué dans une coopération internationale, estime-t-il. Sans cela, il ne sera en effet pas possible de créer la « ville de réfugiés » qu’il propose.

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