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30/09/2016

Borissov accuse l’UE de manquer de solidarité

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Borissov accuse l’UE de manquer de solidarité

Boyko Borissov [European Commission]

Le Premier ministre bulgare, Boyko Borissov décrit Ankara comme le seul allié de Sofia dans la crise des réfugiés. Il dénonce l’absence de solidarité dans l’UE.

Lors d’une session gouvernementale, le 24 août, Boyko Borissov a indiqué ne voir « aucune perspective » de solution pour la crise des réfugiés.

« Au contraire, les pays sont pris de panique les uns après les autres, ils optent pour des solutions individuelles, et invoquent leur droit de le faire selon un article des Traités. Tout cela parce que même les grands pays de l’UE sont non seulement dépassés [par la crise des réfugiés], mais que leurs sociétés paniquent et ripostent », estiment-ils.

La Bulgarie devrait donc tenter de maintenir des « relations pragmatiques, efficaces et de bonne foi » avec ses voisins, autant que faire se peut. Il a ajouté que la Bulgarie avait repoussé plus de 26 000 migrants illégaux de sa frontière vers la Turquie, une procédure acceptée par Ankara, alors même que l’accord de réadmission entre l’UE et la Turquie n’est pas encore entré en vigueur. Si la Commission avait à l’époque jugé illégale la manœuvre bulgare, ses représentants ne se sont plus prononcés sur la question récemment.

>> Lire : La Commission prend position contre le push-back des réfugiés

Boyko Borissov souhaite également que la Serbie ferme sa frontière avec la Bulgarie, ce qui coincerait les migrants arrivant par là dans l’UE en Serbie. Les centres de réception des migrants en Bulgarie ont atteint leur capacité maximum et il faut mettre en place de nouvelles structures, a-t-il justifié. Il a donc dénoncé les États européens qui tentent de renvoyer des migrants vers la Bulgarie.

« L’Allemagne décide de renvoyer 20 000 migrants vers la Hongrie. La Hongrie assure qu’elle les renverra vers les Balkans. Et nous, dans les Balkans, où pouvons-nous les renvoyer ? Nous ne les voulions pas, nous ne les avons pas invités. Nous ne pouvons pas être tenus responsables des bombardements [de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999]. Où pouvons-nous les renvoyer ? De quel genre d’union s’agit-il là ? », s’est plaint le Premier ministre.

>> Lire : Pour les réfugiés, «la Hongrie n’a rien donné, pas même une couverture»

Boyko Borissov a également réagi aux critiques qui lui reprochent d’avoir extradé vers la Turquie un partisan présumé de Fetullah Gülen, un Turc exilé aux États-Unis qu’Ankara accuse d’être derrière la tentative de putsch du 15 juillet, arguant qu’il était vital pour le pays de maintenir de bonnes relations avec le régime d’Erdogan.

« Nous avons ici beaucoup de philosophes et de démocrates, mais si 10 000  migrants supplémentaires entrent en Bulgarie, vous pourrez cesser de compter sur [le soutien de l’État à] la culture et au sport, le tourisme et tout cela », a-t-il assuré.

En Turquie, le Premier ministre assistera à l’inauguration d’un nouveau pont sur le Bosphore (le 26 août) et devrait discuter avec son homologue, Binali Yıldırım. Boyko Borissov avait au départ prévu de se rendre à une rencontre organisée à Berlin sur la crise des réfugiés. Angela Merkel aurait cependant accepté de retarder au 27 la réunion, à laquelle participent huit dirigeants européens, afin d’entendre le retour du Premier ministre bulgare sur sa visite en Turquie.

>> Lire : L’extradition d’un partisan de Gülen suscite l’indignation en Bulgarie

Un nouveau type de migrants

Selon Boyko Borissov, le profil des migrants a changé et ceux-ci sont devenus plus « dangereux ». Il a donc mis en garde les milices locales qui arrêtent les migrants illégaux, une pratique qui s’est développée ces derniers mois.

Il a indiqué que les garde-frontières estimaient que la majorité de ces migrants étaient des jeunes hommes d’Irak et d’Afghanistan, rapides, athlétiques et qui n’avaient aucun mal à passer la frontière malgré les barrières. Certains passeurs utilisent des voitures de luxe pour transporter les réfugiés incognito dans le pays, a-t-il ajouté.

Il a également parlé d’une nouvelle technique utilisée par les migrants afin d’éviter d’être refoulés. Si un membre d’un groupe de 50 ou 60 personnes se sacrifie et prétend être un trafiquant de drogue, les autres deviennent témoins d’un délit et peuvent rester en Bulgarie.

« L’un d’entre eux se dénonce au garde-frontière en admettant transporter 300 grammes d’héroïne, par exemple. Bien sûr, le garde-frontière l’arrête. Les autres se posent en témoins de son délit. C’est le début d’un très long processus », a expliqué le Premier ministre.

EurActiv a demandé l’avis de la Commission sur le fait que le Premier ministre d’un État membre reproche à l’UE son « manque absolu de solidarité » dans la crise des réfugiés. Alexander Winterstein, porte-parole de la Commission, a souligné que les propositions de la Commission avaient justement toujours été fondées sur la solidarité. Nombre des propositions avancées par l’exécutif ont cependant été rejetées par les États membres.

Les pays qui, par la coïncidence de la géographie, se retrouvent à gérer le choc devraient bénéficier de l’aide des autres États membres, estime le porte-parole. « Clairement, la situation actuelle n’est pas satisfaisante », a-t-il conclu.

>> Lire : Juncker fustige le manque d’union au sein de l’UE