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29/09/2016

L’extradition d’un partisan de Gülen suscite l’indignation en Bulgarie

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L’extradition d’un partisan de Gülen suscite l’indignation en Bulgarie

Des ONG et des journalistes bulgares, ainsi que l’un des partis minoritaires de la coalition du gouvernement de Boyko Borissov, ont exprimé leur désarroi concernant l’extradition d’un partisan de Fetullah Gülen, le prêtre exilé aux États-Unis qu’Ankara accuse d’être l’instigateur du putsch du 15 juillet.

Abdullah Büyük, un homme d’affaires turc qui avait demandé l’asile politique en Bulgarie, a été extradé discrètement vers la Turquie le 11 août. La nouvelle a été révélée par des sources turques, avant d’être confirmée par les autorités bulgares.

Selon le gouvernement turc, Abdullah Büyük serait un sympathisant de Fetullah Gülen et a joué un rôle dans le coup d’État manqué. L’extradition a été effectuée alors que deux cours, le tribunal et la cour d’appel de Sofia l’avaient refusée, en l’absence des garanties pour un jugement juste.

L’expulsion d’Abdullah Büyük va tant à l’encontre de la constitution que des lois bulgares et internationales, a dénoncé Maya Manolova, médiatrice bulgare.

La ministre de l’Intérieur, Rumyana Bachvarova, a déclaré qu’Abdullah Büyük vivait en Bulgarie sans papiers valides et était resté dans le pays alors que sa demande d’asile avait été rejetée.

La vice-présidente, Margarita Popova, a pour sa partconfirmé que les autorités responsables des demandes d’asile n’avaient pas été en mesure d’obtenir des informations qui justifiaient l’accord d’un asile politique à l’homme d’affaires turc.

Boyko Borissov a pourtant lui-même admis le 13 août sur NOVA TV que l’extradition était un acte « à la limite du légal », justifiant cette décision par le risque d’attirer une vague de réfugiés turcs.

Le Premier ministre bulgare a d’ailleurs indiqué que son pays serait particulièrement exposé si l’accord UE-Turquie n’était pas tenu et Ankara décidait de « submerger l’Europe de réfugiés », une menace répétée à plusieurs reprises par le président turc, Recep Tayyip Erdoğan.

>> Lire : Ankara menace à nouveau d’inonder l’Europe de réfugiés

Boyko Borissov a, en outre, rappelé qu’il avait renvoyé 25 000 migrants illégaux en Turquie depuis le début de cette année. « Nous nous concentrons sur le cas d’un seul homme parmi 25 000 autres », a-t-il souligné au sujet d’Abdullah Büyük.

« Je suis extrêmement préoccupé par ce qu’il pourrait se produire en Bulgarie. Nous devons construire les meilleures relations possibles avec la Turquie. Même si cela devait leur coûter leur tête, nous ne devons pas laisser les migrants pénétrer en Bulgarie », a-t-il insisté. Il s’est toutefois repris ultérieurement, en soulignant qu’il n’y avait pas de peine de mort en Turquie.

>> Lire : Erdogan veut rétablir la peine de mort après la tentative de coup d’État

Le Premier ministre a également annoncé qu’Ankara avait soumis de nombreuses autres demandes d’extradition. « Les messages reçus par la Turquie concernent un grand nombre de citoyens », a-t-il ajouté.

>> Lire : La Bulgarie réclame un plan B pour les migrants

La coalition de droite bulgare, appelée le « bloc réformateur », a exigé que le ministre de l’Intérieur justifie l’extradition d’Abdullah Büyük auprès du parlement.

« Le Bloc réformateur a exprimé son désaccord avec la violation des principes fondamentaux qui définissent la coalition ; selon nous, il s’agit de l’application des lois et de l’orientation euroatlantique du pays », a-t-il été déclaré dans un communiqué.

Le journaliste Svetoslav Terziev a écrit dans le journal Sega qu’avec l’extradition d’Abdullah Büyük, la Bulgarie était le premier pays à violer, à la demande de la Turquie, la Convention européenne des droits de l’Homme et la Charte européenne des droits fondamentaux.

« Il est très peu probable que Borissov puisse s’opposer à Erdoğan, s’il décide de submerger l’Autriche et l’Allemagne de réfugiés. Il est en revanche plausible que l’Europe se désolidarise de la Bulgarie pour sa lâcheté et la laisse couler », a écrit le journaliste.

La Bulgarie a livré deux hommes à Ankara, suspectés d’appartenir à un « groupe terroriste en Turquie », selon un rapport cité le 14 août dans le média BGNES.

De nombreux médias bulgares ont d’ailleurs souligné que la Grèce n’avait pas cédé à la pression d’Ankara pour extrader huit soldats qui avaient fui dans les pays voisins suite à la tentative de putsch.

La porte-parole de la Commission, Natasha Bertaud, a assuré que les décisions d’extradition revenaient aux autorités des États membres. « Ainsi, si une demande d’extradition a été envoyée à un État membre, il s’agit d’un cas individuel qui doit être géré par les autorités compétentes. Néanmoins, tous les États membres et la Turquie doivent respecter la Convention européenne des droits de l’Homme, qui déterminent les limites d’une extradition. La Commission n’a aucune compétence pour intervenir et ne commentera donc pas ces affaires », a maintenu Natasha Bertaud.