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01/10/2016

Le G20 réconcilie la Chine et l’Europe sur la question de l’acier

L'Europe dans le monde

Le G20 réconcilie la Chine et l’Europe sur la question de l’acier

Le gouvernement chinois a accepté d’inclure la délicate question de la surcapacité de production d’acier dans les conclusions du sommet du G20. Un changement d’attitude notable de la part de Pékin.

Malgré des thématiques potentiellement sources de conflits avec les autres participants au G20, notamment l’UE, Pékin a mené les négociations avec « autorité », mais équitablement, se sont accordés les diplomates.

>> Lire : Au G20, logistique parfaite mais démocratie à la chinoise

Avant le début du sommet, la Chine, accompagnée des États-Unis, a ratifié l’accord de Paris qui cherche à limiter le réchauffement climatique à 2°C, d’ici la fin du siècle.

Les diplomates ont cité cet événement parmi de nombreux autres exemples prouvant l’évolution du gouvernement chinois, par rapport à l’attitude inflexible qu’il affichait ces dernières années.

« Il y a un monde qui nous sépare de 2008 », a expliqué un diplomate. Il a rappelé l’« extrême méfiance » avec laquelle étaient abordées les affaires dans lesquelles était impliquée la Chine, il y a seulement quelques années. Le pays toutefois a évolué, a-t-il précisé.

Question des surcapacités

La plus grande épreuve pour cette nouvelle Chine a été la question de la surcapacité de son industrie, en particulier dans le secteur de l’acier, qui était source de tension avec l’Union européenne.

Exerçant un peu de pression diplomatique, l’UE, soutenue par les États-Unis, a obtenu que la Chine, présidant le G20, inclue la question dans son communiqué.

Avant la réunion, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, avait annoncé aux journalistes qu’il était « déterminé » à défendre les intérêts de l’industrie de l’acier européenne, mal en point, avec une perte de 10 000 postes de travail ces dernières années.

Il a maintenu qu’il était « crucial » que la Chine accepte la mise en place d’un mécanisme qui permettrait de contrôler la surcapacité du secteur de l’acier et ses origines.

Pékin a finalement admis avoir sa part de responsabilité, bien que pour éviter de pointer du doigt un responsable, la surproduction a été désignée comme un « problème mondial ».

Création d’un forum mondial

Par conséquent, les pays du G20 se sont accordés pour mettre en place un forum mondial de contrôle de la surcapacité, animé par l’OCDE. Un rapport sur les progrès effectués sera produit en 2017.

Pour les Européens, il était essentiel de trouver une solution « crédible » avant d’accorder à la Chine le statut d’économie de marché et de décider des mesures de protection à mettre en place pour protéger le marché européen.

Les autorités chinoises auraient compris que le libre-échange doit être équitable et ouvert. C’est pourquoi il n’a eu « aucune tension » lors de la rédaction de la version finale du texte, que les sherpas ont conclu la veille du sommet.

La Chine, responsable pour la moitié de la production mondiale d’acier, s’est engagée à réduire son rendement de 150 millions de tonnes. Cependant, au sein de l’industrie, certains craignent que cette décision ne réduise l’excédent que d’un tiers.

La Chine est disposée à gérer sa surproduction dans certaines industries, alors qu’elle cherche à se positionner comme pionnier innovant.

>> Lire : Les négociations commerciales font de l’ombre au G20

Le monde a besoin d’un nouveau « chemin de croissance » pour inspirer une nouvelle dynamique à l’économie mondiale, a déclaré Xi Jinping, président chinois, lors de la dernière conférence de presse.

Les pays du G20 ont toutefois également insisté sur l’ouverture. Comme l’a mis en évidence le président chinois au cours des premiers jours du sommet, le coefficient GINI, mesurant les inégalités, a atteint 0,7, dépassant le seuil acceptable de 0,6.

L’un des représentants, présent lors de la session, a confirmé que les sujets de l’égalité et de l’ouverture ont été abordés à chaque intervention. « Les dirigeants ont compris qu’ils ne peuvent plus les ignorer », a-t-il ajouté sous couvert de l’anonymat.

Acroissement de inégalités

Le ministre de l’Économie espagnol, Luis de Guindos, a expliqué en marge du sommet que l’inégalité n’était pas seulement le résultat de la faiblesse actuelle de la croissance. Elle explique également pourquoi l’économie ne décolle pas. Ainsi, les économies importantes devraient prendre la question très au sérieux.

Les Européens avaient également à cœur d’aboutir sur une implication plus importante de la communauté internationale dans la crise des réfugiés. Les dirigeants ont admis que le nombre sans précédent de réfugiés exigeait un partage des responsabilités entre l’ensemble des acteurs mondiaux pour le financement, la relocalisation et le soutien aux pays d’accueil.

>> Lire : L’Europe appelle le G20 à l’aide sur la question des réfugiés

Aucun engagement n’a cependant été pris pendant le sommet, puisque ces questions seront abordées ce mois-ci à l’assemblée générale de l’ONU et le sommet dirigé par le président américain, Barack Obama. Les diplomates européens ont salué le changement d’attitude de certains pays, jusqu’alors réticents à la discussion de ces thématiques pendant le G20, par exemple l’Argentine et le Brésil.

Contexte

Les présidents de la Commission et du Conseil européens, Jean-Claude Juncker et Donald Tusk, ont représenté l’UE au sommet du G20. Les dirigeants du Royaume-Uni, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Espagne étaient également présents.

Les membres du G20 sont l’Argentine, l’Australie, le Brésil, le Canada, la Chine, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Inde, l’Indonésie, le Japon, le Mexique, la République de Corée, la Russie, l’Arabie saoudite, l’Afrique du Sud, la Turquie, le Royaume-Uni, les États-Unis et l’UE. L’Espagne est devenue un invité permanent du forum.

Ensemble, ces pays représentent 90 % du PIB mondial, 80 % du commerce et les deux tiers de la population de la planète.

Le sommet s’est penché sur la crise des réfugiés, la lutte contre le financement du terrorisme, la réforme de la réglementation fiscale et le développement durable.