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11/12/2016

Pékin prie l’UE de ne pas se mêler de la mer de Chine méridionale

L'Europe dans le monde

Pékin prie l’UE de ne pas se mêler de la mer de Chine méridionale

La tension monde en mer de Chine méridionale.

L’Union européenne ne devrait pas interférer dans le conflit territorial en mer de Chine méridionale, a déclaré Yang Yanyi, ambassadrice chinoise à l’UE, à EurActiv.

La mer de Chine méridionale est devenue l’une des questions sécuritaires les plus épineuses au niveau planétaire. Tout est parti d’une querelle sur l’appartenance d’une série de petites îles et d’archipels, principalement d’origine corallienne, éparpillés à proximité des eaux de plusieurs États asiatiques, notamment la Chine, le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, le Brunei et Taïwan.

Au sommet du G7 qui se déroulait le mois dernier au Japon, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a déclaré que l’UE devrait adopter une « position claire » sur les revendications territoriales chinoises.

Plus tôt dans la semaine, la chancelière allemande, Angela Merkel, a exprimé son inquiétude dans un commentaire direct sur le conflit, un événement rare. « Il faudrait utiliser une série de mécanismes, y compris multilatéraux, afin d’évider l’émergence de nouvelles tensions », a-t-elle estimé.

L’ambassadeur de Chine auprès de l’UE, Yang Yanyi affirme cependant qu’il s’agit d’une question de souveraineté territoriale et qu’elle doit donc être réglée entre la Chine et les pays impliqués.

Pékin refuse de reconnaitre la demande d’arbitrage enregistrée en 2013 par les Philippines, qui souhaitait voir le cas porté devant le tribunal de La Haye.  Ces dernières semaines, les États-Unis et d’autres gouvernements ont critiqué ce qu’ils qualifient de mépris pour le droit maritime international.

« Étant donné que les conflits touchant à la souveraineté concernent l’intérêt premier de la Chine et que la résolution de ce type de différents ne relève pas de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer [la CNUDM, qui a créé le tribunal de La Haye] et de ses procédures , la Chine fait comme de nombreux autres pays et choisi d’opter pour des négociations bilatérales, plutôt que pour une résolution par une tierce partie », insiste l’ambassadrice.

Rien à voir avec l’Europe

L’UE ne devrait pas abandonner sa neutralité sur la question territoriale, mais plutôt se concentrer sur la sécurité de navigation dans la région, a renchéri la vice-directrice de l’institut national d’étude sur la mer de Chine méridionale, Yan Yan.

Yan Yan cite des chiffres du Bureau maritime international et affirme que la mer de Chine méridionale est la région du monde la plus sujette à la piraterie. Les incidents de ce type sont passés d’environ 120 en 2013 à 140 l’année d’après. L’an dernier, près de la moitié de ces incidents se sont déroulés dans la région, indique-t-elle.

« Ça, c’est une vraie menace, contrairement aux questions de souveraineté ou de frontières maritimes. Le conflit doit être résolu par la Chine et les États demandeurs. Cela ne relève pas de l’Europe », insiste-t-elle.

Pékin veut absolument que l’UE reste neutre et craint que des États ne s’allient contre la Chine pour plaire aux États-Unis.

« Nous craignons que la vraie cause des tensions perpétuelles en mer de Chine méridionale soit les provocations politiques et militaires sérieuses de la part des États-Unis », confirme l’ambassadrice Yang Yanyi.

« Les États-Unis assurent être contre la militarisation de la mer de Chine méridionale. Pourtant, Washington y envoie de plus en plus de vaisseaux et d’avions, à proximité des eaux chinoises. Cela pose une vraie menace pour la sécurité de la Chine et risque d’envenimer les tensions en Asie », accuse-t-elle.

Le 15 juin, les ministres des Affaires étrangères de l’Asie du Sud-Est ont exprimé ensemble leur « grande inquiétude » quant aux tensions croissantes dans la région, dans un communiqué virulent de l’Association des nations du Sud-Est asiatique (ANSEA), diffusé par le ministère des Affaires étrangères malais.

« Nous avons exprimé nos grandes inquiétudes au sujet d’événements récents et actuels, qui ont entamé la confiance, accru les tensions et pourraient menacer la paix, la sécurité et la stabilité en mer de Chine méridionale »,  pouvait-on notamment lire dans le communiqué.

L’unité anti-Pékin n’a cependant pas fait long feu. Quelques heures après sa publication, la déclaration a été retirée et une porte-parole malaisienne a expliqué qu’elle devrait être « amendée d’urgence ».