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04/12/2016

L’Europe mise sur un « plan Juncker » en Afrique face à la crise migratoire

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L’Europe mise sur un « plan Juncker » en Afrique face à la crise migratoire

Frans Timmermans et Federica Mogherini se sont exprimés devant le Parlement européen le 7 juin.

L’exécutif européen a demandé aux Etats membres 3,6 milliards d’euros supplémentaires pour lancer un plan d’investissement dans les pays d’origine des réfugiés africains, afin de contrôler la crise migratoire.

Si les dirigeants européens acceptent de débourser cette somme, celle-ci s’ajoutera aux 3,6 milliards d’euros du budget de l’UE, de l’argent déjà promis par les gouvernements nationaux à Bruxelles.

La grande majorité de la somme – 6,2 milliards d’euros – sera utilisée en tant que garantie de risques pour encourager les investissements privés dans des entreprises dans les pays en développement. L’idée s’inspire du plan d’investissement de la Commission Juncker, qui réserve quant à lui 21 milliards d’euros pour débloquer les investissements en Europe.

Selon la Commission, les 6,2 milliards d’euros pourraient lever jusqu’à 62 milliards d’euros d’investissement dans des pays comme le Liban, la Jordanie, le Niger, le Sénégal, le Nigéria, le Mali, l’Éthiopie, la Tunisie et la Libye.

La somme initiale serait donc multipliée par dix, alors que le Plan Juncker prévoit quant à lui de multiplier par 15 le montant initial pour créer 315 milliards d’investissements sur trois ans.

>> Lire : La Commission veut exporter le plan Juncker

« Nous devons agir pour améliorer les opportunités dans les pays d’origine pour que les gens ne se sentent pas obligés de quitter leur pays. Nous devons reconsidérer nos modèles traditionnels de coopération au développement et donner plus de rôle aux investisseurs privés », a déclaré le premier vice-président de la Commission, Frans Timmermans.

« Nous proposerons bientôt un nouveau fonds d’investissement externe pour attirer l’investissement privé dans les pays en développement. Nous mobiliserons pour cela 3,1 milliards d’euros, qui déclencheront 31 milliards d’euros. On pourrait même atteindre 62 milliards si les États membres et d’autres partenaires y contribuent », a-t-il déclaré à Strasbourg devant le Parlement européen.

Les autres partenaires sont des institutions financières comme la Banque européenne d’investissement, qui est détenue par les États membres.

Améliorer la situation des pays d’où viennent les migrants est tout aussi important que de convaincre ces pays de reprendre les personnes qui se sont rendues en Europe illégalement, a ajouté Frans Timmermans.

Fonds fiduciaire pour l’Afrique

La Commission a également demandé 1 milliard d’euros en plus pour le Fonds fiduciaire pour l’Afrique, un programme visant à arrêter l’afflux de migrants en promouvant et développant les économies africaines. Les gouvernements européens y contribueraient à hauteur de 500 millions d’euros.

« Nous pourrions piocher 500 millions d’euros dans les réserves du Fonds européen pour le développement et nous appelons les États membres à compléter cette somme pour atteindre 1 milliard d’euros. Cela pourrait être fait immédiatement – sans attendre que le prochain bateau fasse naufrage », a commenté Frans Timmermans. « Réorganiser des fonds européens pourrait permettre d’élever le montant à 8 milliards d’euros entre 2016 et 2020, ce qui encouragerait les pays pauvres à mieux contrôler leurs frontières et à accepter le retour des migrants. »

>> Lire : Nouveau naufrage en Méditerranée

L’idée a été lancée dans le cadre d’une communication de grande ampleur adressée aux dirigeants européens, qui se rencontreront à Bruxelles pour le Conseil européen le 28 juin.

« Nous invitons le Conseil à rejoindre le projet et à y contribuer financièrement », a déclaré la responsable de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, à Strasbourg.

Les dirigeants européens doivent approuver le projet pour que l’argent soit versé. Ils ont déjà accepté de débourser de l’argent pour le Fonds fiduciaire pour l’Afrique l’année dernière, mais tout l’argent n’a pas encore été reçu.

Une stratégie sera présentée à l’automne pour savoir comment faire fonctionner le système d’investissement – probablement grâce à la contribution de chaque pays, selon sa population et son PIB.

« Pour mettre un terme aux morts inacceptables dans la mer Méditerranée et mettre de l’ordre dans les flux migratoires, nous devons repenser la manière dont l’UE et ses États membres unissent leurs efforts pour travailler avec les pays tiers », a expliqué Frans Timmermans.

« Nous sommes prêts à accroitre le soutien financier et opérationnel et à investir dans l’économie, le développement social, la sécurité, l’état de droit, et les droits de l’homme à long terme en améliorant la vie des gens et en s’attaquant aux causes de la migration. Notre devoir, et aussi notre intérêt, est de donner aux gens la chance et les moyens de mener une vie sûre et décente », a déclaré Federica Mogherini.

>> Lire : Les dirigeants du G7 promettent d’augmenter l’aide mondiale

L’argent servira à une série d’accords passés avec des pays non européens. Ils se concentreront sur le renforcement des frontières et la gestion de la migration, y compris la protection des réfugiés.

Tout accord devra comprendre l’accord des pays de transit de reprendre les migrants qui passent par leur pays pour se rendre en Europe.

« Nous voulons utiliser un mélange d’avantages positifs et négatifs pour récompenser ces pays tiers qui acceptent de coopérer avec nous et sanctionner ceux qui ne veulent pas. Cela signifie utiliser les politiques commerciales et de développement en tant que levier », a expliqué Frans Timmermans.

Des sources proches de l’UE ont néanmoins prévenu que l’engagement financier et politique des États membres était crucial pour surmonter la crise, qui créer de profondes divisions dans l’Union et entraine le retour des contrôles aux frontières dans l’espace Schengen.

Critiques

« Il faut investir davantage dans les pays en développement pour que les populations en bénéficient et pour une croissance durable de la richesse mondiale. Mais l’investissement ne peut pas être utilisé comme un pot-de-vin pour forcer les pays pauvres à faire le travail de l’UE », a estimé la directrice adjointe d’Oxfam, Natalia Alonso. « En choisissant de sous-traiter aux pays tiers le contrôle des frontières européennes et la gestion de la migration, l’Europe cherche à se soustraire à ses obligations de respect des droits de l’Homme. »

« L’Europe veut dépendre de pays connus pour leur abus et leur répression. Nous connaissons déjà les résultats de cette politique, avec l’allocation de fonds européens de développement pour le matériel et cellules de détention au Soudan », ajoute-t-elle.

>> Lire : La France va accueillir plus de réfugiés en provenance de Grèce

« Selon moi, ce Migration Compact n’est rien d’autre qu’un copié-collé de l’accord passé avec la Turquie, avec de nouveaux pays comme la Jordanie, le Liban, la Libye, la Tunisie et les pays d’Afrique subsaharienne. Cette approche pas si nouvelle est très simple. Nous leur disons ‘on vous donne de l’argent, si vous gardez vos réfugiés’ », a pour sa part déclaré Guy Verhoftstadt, chef de file du groupe ALDE au Parlement européen. « C’est vrai, cela résoudrait nos problèmes, mais pas ceux des réfugiés, comme le montrent bon nombre d’ONG. Ils se retrouvent dans des conditions de vie horribles, ils sont parfois ramenés dans des zones de guerre, coincés entre Daech et la frontière turque, ou fusillés à la frontière. »

Effondrement de l’accord UE-Turquie ?

Pendant ce temps, deux migrants ont porté plainte auprès de la Cour de justice de l’EU contre l’accord controversé entre l’UE et la Turquie, ont déclaré des sources proches du dossier le 7 juin.

L’Union européenne a signé un accord avec Ankara en mars dernier pour que la Turquie reprenne tous les migrants arrivant depuis ses côtes sur les îles grecques, dont les Syriens fuyant la guerre qui fait rage dans leur pays.

Des groupes de défense des droits de l’Homme reprochent toutefois à l’accord de ne pas protéger les réfugiés.

>> Lire : Ankara menace à nouveau d’inonder l’Europe de réfugiés

Prochaines étapes

  • 28 juin : Conseil européen

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