EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

04/12/2016

Bruxelles donne son feu vert à la poursuite des contrôles frontaliers

L'Europe dans le monde

Bruxelles donne son feu vert à la poursuite des contrôles frontaliers

La Commission européenne a cédé face à l’Allemagne et recommandé la prolongation des contrôles aux frontières dans l’espace Schengen. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Le 25 octobre, la Commission européenne a recommandé une prolongation de trois mois des contrôles temporaires aux frontières intérieures, ce qui permettra à l’Allemagne de continuer à vérifier les passages à sa frontière avec l’Autriche.

La semaine dernière, Thomas de Maizière, ministre allemande de l’Intérieur, et certains de ses homologues européens, ont écrit à l’exécutif pour lui demander de prolonger les contrôles, qui devaient être levés mi-novembre.

>> Lire : Avec ETIAS, l’entrée dans Schengen va devenir payante

Thomas de Maizière a averti que la situation migratoire était encore « extrêmement fragile », même si les choses s’étaient calmées au sein de l’espace Schengen. Les États de la zone sans frontière seront donc toujours en mesure de contrôler leurs frontières internes.

Cette décision ne devrait cependant pas plaire à tout le monde. Lors du dernier sommet européen, l’Italie, la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie ont en effet appelé à la fin de contrôles, à la date prévue, en novembre.

La recommandation de l’exécutif européen, qui doit encore obtenir l’aval du Conseil, est motivée par plusieurs facteurs, notamment « de graves manquements dans la gestion des frontières extérieures en Grèce ».

La Grèce fait face à une pression toute particulière, puisqu’elle est responsable de la frontière externe de l’espace Schengen avec la Turquie, d’où arrivent un très grand nombre de réfugiés. Cette frontière est en outre très difficile à sécuriser, étant donné la kyrielle d’îles de la mer Égée.

Malgré l’accord très controversé UE-Turquie, qui a permis de réduire le nombre d’arrivées, 60 000 réfugiés attendent encore de pouvoir continuer leur voyage en Grèce. Bruxelles s’inquiète donc du fait qu’une levée définitive des contrôles aux frontières n’entraine une déferlante de ces réfugiés vers l’Europe centrale et au-delà.

>> Lire : Le Luxembourg appelle à exclure la Hongrie de l’UE

Frans Timmermans, vice-président de la Commission, a toutefois insisté sur le fait que l’espace Schengen était une « réussite historique » qu’il « valait la peine de préserver ». Dimitris Avramopoulos, commissaire à la migration, a assuré que le retour à un espace Schengen fonctionnel était « une priorité claire », mais que cela n’arriverait pas avant que les conditions nécessaires soient remplies.

Martin Wansleben, qui dirige la chambre de commerce et d’industrie allemande, est contre la proposition de l’exécutif. « Une prolongation supplémentaire des contrôles au sein de la zone Schengen n’est pas une bonne nouvelle pour le marché interne », a-t-il déclaré.

S’ils n’empêchent pas complètement la libre circulation des biens et des services, les contrôles ralentissent passablement les échanges, a-t-il indiqué. « Le transport et les déplacements deviennent inutilement chers », a-t-il également fait remarquer, soulignant les coûts supplémentaires liés à l’attente, aux embouteillages, à un accroissement des démarches administratives, aux détours à prendre et à l’augmentation des frais d’essence.

>> Lire : «L’intégration finit toujours par se produire»

En plus de l’Allemagne, l’Autriche, le Danemark, la Norvège (membre de Schengen, mais pas de l’UE) et la Suède pourront donc continuer à contrôler comme bon leur semble leurs frontières.

L’Autriche continuera donc probablement de surveiller les entrées depuis la Hongrie et la Slovénie, mais aucune mention n’a encore été faite du col du Brenner, point de passage important entre la république alpine et sa voisine italienne. Suite à des rumeurs selon lesquelles Vienne envisageait de fermer la route qui relie les deux pays, des manifestations avaient eu lieu plus tôt cette année.