La Commission se penche sur l’avenir d’Euronews

Euronews, dotn le siège se trouve à Lyon, s'interroge sur son avenir. [ricochet64/Shutterstock]

La Commission européenne a décidé de « se pencher sérieusement » sur les nombreux problèmes d’Euronews, la chaîne de télévision créée comme « réponse européenne » à CNN.

Une lettre envoyée le 3 février par les employés d’Euronews au commissaire chargé du marché unique numérique soulève les nombreuses difficultés auxquelles le média est confronté. La question sera discutée lors de la réunion hebdomadaire du collège des commissaires le 14 février, a indiqué le porte-parole de la Commission, Margaritis Schinas.

Le personnel s’inquiète notamment des licenciements et de l’absence de définition claire de leur projet éditorial. Les salariés craignent qu’Euronews ne soit plus une organisation dotée d’une approche et d’une vision européenne, un parti-pris qui semblait a priori évident, étant donné que la chaîne a été créée en réponse à CNN.

L’avenir de la section ukrainienne de la chaîne, dont les financements ont été suspendus, est l’une des questions soulevées dans la lettre. Le service ukrainien d’Euronews a en effet été acheté en mars 2015 par l’oligarque Dmytro Firtash, qui a récemment décidé d’abandonner le projet, une décision qui a fait scandale. Le service russophone a en outre refusé de donner du travail aux journalistes ukrainiens, en infraction avec le droit du travail français, dont dépend l’entreprise.

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Les employés de la chaîne se déclarent « fiers » de leurs collègues ukrainiens, grâce auxquels Euronews a fourni « l’une des meilleures couvertures journalistiques de la crise ukrainienne dans le panorama médiatique européen ». « Se priver de la voix de notre rédaction ukrainienne constitue une perte inestimable », écrivent-ils.

La lettre prévient également que la section turque du média risque également d’être supprimée, vu le manque de volonté de la télévision publique turque TRT de continuer à la financer.

Autre grief : les services en arabe et en farsi de la chaîne pourraient bientôt n’exister que sur Internet, alors qu’il existe un public potentiel de centaines de millions de téléspectateurs pour ces deux langues.

« Nos collègues iraniens peuvent témoigner de la grande attention que nos programmes en farsi ont su susciter en Iran et en Afghanistan. Cet intérêt risque d’être perdu en privant les téléspectateurs de contenus médiatiques européens portant, via un canal de diffusion irremplaçable, les valeurs propres à l’Europe, notamment celles des droits de l’Homme », regrettent les employés.

Ils avertissent également que dans un monde confronté à la montée du populisme et à un manque d’enthousiasme pour le projet européen, Euronews devrait poursuivre son rôle de défenseur des valeurs européennes. « Y renoncer serait une erreur historique de la part de l’Europe », jugent-ils.

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Dans une réponse datée du 10 février, Andrus Ansip, commissaire au marché unique numérique, assure « être totalement d’accord » avec le fait que l’Europe doit continuer à faire entendre sa voix et à défendre ses valeurs.

« Je prends vos inquiétudes très au sérieux », a-t-il assuré. Il indique également que la Commission étudie en ce moment même le nouvel « accord stratégique » entre Euronews et NBC Universal, ainsi que « les effets que ce nouveau partenariat est susceptible d’avoir sur l’indépendance d’Euronews, sa liberté éditoriale et sa perspective européenne ».

En février 2015, le milliardaire égyptien Naguib Sawiris a acheté 53 % des parts d’Euronews, après une visite de Vladimir Poutine en Égypte. Cet accord avait alors soulevé une série de questions sur l’indépendance de la chaîne et sa ligne éditoriale.

En décembre dernier, la chaîne américaine NBC News a annoncé son projet d’acheter un grand nombre d’actions d’Euronews. Naguib Sawiris entend rester l’actionnaire majoritaire.

L’an dernier, la Commission a alloué 25 millions d’euros à Euronews. Récemment, le commissaire Günther Oettinger, alors encore chargé du portefeuille numérique, a indiqué que ce financement devrait se renouveler en 2017, mais qu’il serait nécessaire de « redéfinir les relations futures » entre la chaîne et l’exécutif européen.

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