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04/12/2016

La mort de Fidel Castro soulève des divergences d’opinions en Europe

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La mort de Fidel Castro soulève des divergences d’opinions en Europe

Fidel Castro, ici photographié en 1978, est mort le 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans.

[Martelo Montecino /Flickr]

La mort ce week-end du dirigeant révolutionnaire cubain Fidel Castro a mis au jour de grandes divergences d’opinions au sein de la Commission Juncker. Mais aussi entre les Etats membres.

Fidel Castro est mort à l’âge de 90 ans, le 25 novembre, après avoir dirigé l’île socialiste des Caraïbes de 1959 à 2006 – à peine moins que l’existence de l’UE.

Son gouvernement a permis de grandes avancées en termes d’éducation et de soins de santé pour les Cubains, même si l’absence d’élections démocratiques et de liberté de la presse a fait de lui l’épouvantail numéro un de la politique étrangère américaine. En effet, les États-Unis ont placé Cuba sous embargo économique et ont essayé de renverser son régime et d’assassiner Fidel Castro, sans succès.

Jugement de l’histoire

Désirant refléter cet héritage ambigu, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a qualifié Fidel Castro de « héros pour beaucoup » et « une des figures historiques du siècle dernier et l’incarnation de la révolution cubaine ».

Jean-Claude Juncker n’a pas fait allusion aux abus des droits de l’Homme ni à la répression, mais a préféré faire mystérieusement remarquer que « son héritage [serait] jugé par l’histoire » – un écho à la fameuse plaidoirie de Fidel Castro, « l’histoire m’acquittera ».

Il semblerait que ces commentaires – et les autres hommages au révolutionnaire cubain – aient irrité la commissaire au commerce, Cecilia Malmström. « Fidel Castro était un dictateur qui a opprimé son peuple pendant 50 ans. Étrange de voir tous ces hommages aujourd’hui dans la presse », a-t-elle tweeté samedi.

Si le sujet est abordé le 30 novembre, la réunion du cabinet risque d’être animée.

C’est finalement à Federica Mogherini, chef de la diplomatie européenne, qu’est revenue la tâche de s’exprimer officiellement au nom de l’UE, tout en équilibre et en neutralité.

« Fidel Castro était un homme déterminé et une figure historique. Il est mort à une époque de grands défis et d’incertitudes. Et de grands changements dans son pays », a-t-elle déclaré.

Faisant référence aux actuelles relations UE-Cuba, avec le frère de Fidel, Raul, elle a ajouté : « avec la conclusion de l’accord de coopération et de dialogue politique au printemps dernier, l’Union européenne a ouvert un nouveau chapitre de ses relations avec le peuple cubain, qui par ailleurs ont toujours été fortes. L’Union européenne continuera d’avancer sur cet engagement solide avec Cuba ».

L’Espagne est peut-être l’État membre qui a la relation la plus directe avec Cuba, en tant qu’ancienne puissance coloniale. Pourtant, même le Premier ministre conservateur Mariano Rajoy ne s’est pas épanché sur la mort de Fidel Castro et a préféré envoyer ses condoléances via un tweet qui qualifié simplement le dirigeant cubain de « figure d’importance historique ».

Pour Carl Bildt, l’ancien Premier ministre suédois, qui a été le plus direct dans sa critique, le Cuba de Fidel Castro n’était « un modèle ni politique ni économique ».

En France, Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères a pointé du doigt les failles du système Castro. « Avec sa disparition, une page de l’histoire du 20ème siècle se tourne. Elle avait été marquée par l’espoir de l’émancipation et la déception d’un système qui ne respectait pas les droits de l’Homme. » a-t-il commenté.