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03/12/2016

Corruption et nationalisme : les obstacles de la Bosnie vers son adhésion à l’UE

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Corruption et nationalisme : les obstacles de la Bosnie vers son adhésion à l’UE

Martin Schulz et Denis Zvizdic, lors d'une visite officielle du président du Parlement européen à Sarajevo, le 15 juillet 2015.

La Bosnie-Herzégovine sait que son avenir est dans l’Union européenne. Mais aussi que le chemin sera long et difficile à cause de la corruption, du nationalisme et du poids du passé. Un article d’EurActiv Espagne.

« Nous méritons cette adhésion à l’UE ! », a assuré de manière catégorique le Premier ministre de Bosnie Herzégovine, Denis Zvizdic, à un groupe de médias européens.

« En termes géographiques, philosophiques et dans notre manière de penser, nous avons toujours fait partie de l’Europe », a-t-il affirmé, tout en soulignant le fait que le processus d’intégration de la Bosnie et du reste de la région dans l’UE et dans l’OTAN devait s’accélérer pour que les Balkans ne prennent pas « la mauvaise direction ».

Ce qui est sûr, c’est que 70 % des Bosniens soutiennent l’entrée du pays dans l’UE, un pourcentage beaucoup plus élevé que les statistiques d’appréciation chez les citoyens de pays déjà membres.

« Si nous décidons de prendre une direction différente, les Balkans continueront d’être un poids pour la région », a-t-il déclaré.

Denis Zvizdic a précisé que cette « direction différente » était dirigée vers la Russie, avec toute l’influence qu’elle essaye d’exercer dans la région. Néanmoins, il a dit avoir confiance en l’UE et en l’OTAN pour qu’elles empêchent les choses de mal tourner.

Corruption omniprésente

Le Premier ministre a assuré que le pays était en train de gagner la bataille contre la corruption omniprésente, de réduire l’immense et inefficace administration publique et d’améliorer l’économie. Il a toutefois reconnu que dans ces domaines, le chemin était encore long.

« Le plus grand problème de ce pays est la corruption. Tout est une mascarade. » Cette analyse, très loin de l’optimisme modéré du Premier ministre, est celle de Dario Jovanovic, directeur de Pod Lupom, une ONG qui veille à la transparence des élections.

Menaces de licenciement si quelqu’un ne vote pas pour un parti, escroqueries entre partis pour se répartir des zones électorales ou nomination de dirigeants par piston sont certaines des pratiques courantes dans le pays, a-t-il expliqué.

La corruption est intimement liée à la structure complexe de l’État établie suite à l’accord de Dayton qui, en 1995, a mis fin aux trois ans de guerre ayant laissé le pays en ruine et divisé en ethnies.

La Bosnie-Herzégovine est constituée de deux entités autonomes, la République serbe de Bosnie, en majorité serbe, et la Fédération de Bosnie-et-Herzégovine, constituée de musulmans et de Croates et elle-même divisée en dix cantons.

Cette structure complexe possède trois parlements, environ 1000 députés et 167 ministres pour un pays qui compte moins de 4 millions d’habitants, où le salaire moyen est de 430 euros et où le chômage officiel s’élève à 47 % de la population, et 25,4 % si les emplois non déclarés sont pris en compte.

La moitié des salariés sont employés dans l’une des nombreuses administrations dans lesquelles ils entrent grâce à des contacts personnels et non par mérite.

Hostilité ethnique

Malgré les énormes problèmes sociaux et économiques, qui ont provoqué il y a deux ans une vague de protestations, les politiques continuent d’abuser de la carte de l’hostilité ethnique.

« Ils ne parlent ni des routes, ni de l’approvisionnement en électricité, ni de la propreté des rues. C’est lamentable. Des choses ont été faites, mais si vous regardez la rhétorique politique, vous verrez que les partis nationalistes consolident leur contrôle du pouvoir », regrette Khaldoun Sinno, directeur adjoint de la délégation européenne à Sarajevo.

Un nationalisme qui, selon lui, semble s’aggraver chez les jeunes, qui n’ont vécu ni la guerre civile ni la Yougoslavie dans laquelle les Croates, les Serbes et les Bosniens cohabitaient sans problème.

Malgré tous les problèmes du pays, Khaldoun Sinno ne doute pas du fait qu’il existe une voie européenne solide et que le processus d’intégration est en train d’avancer.

Vers une entrée dans l’UE

En février, la Bosnie a demandé le statut de candidat à l’entrée dans l’UE, ce qui signifie que désormais, la Commission va devoir analyser les avancées économiques, la lutte contre corruption, l’État de droit, et la coordination entre les entités autonomes et le gouvernement central.

>> Lire : L’UE valide la candidature de la Bosnie-Herzégovine

Même si les autorités du pays sont confiantes sur l’obtention du statut de candidat début 2018, au plus tard, Khaldoun Sinno prévient qu’il vaut mieux être prudents et ne pas se risquer à mettre une date sur cette étape-là.

Malgré le sentiment majoritairement européiste au sein de la population (87 % dans la partie musulmano-croate et 55 % chez les Serbes), Khaldoun Sinno reconnaît que le scepticisme est encore présent chez les Bosniens, qui ont toujours en tête la passivité de l’Europe durant la guerre.

« Il y a un élément émotionnel. Les gens repensent aux années 1990 et se disent : vous nous avez abandonnés, allez-vous nous abandonner une fois de plus ? », a-t-il résumé.

L’UE est cependant le premier partenaire commercial de la Bosnie. C’est aussi le plus grand investisseur du pays. En effet, de 2007 à 2017, le bloc y aura investi quelque 855 millions d’euros.

Les investissements européens sont beaucoup plus importants que les investissements de la Russie, qui apparaît pourtant encore comme le grand protecteur dans l’imaginaire des Serbes, ou que les investissements arabes, dans l’immobilier principalement.