EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

05/12/2016

Les relations entre l’UE et les pays ACP se tendent au sommet de Dakar

L'Europe dans le monde

Les relations entre l’UE et les pays ACP se tendent au sommet de Dakar

Sur les murs de la capitale sénégalaise, le président, Macky Sall accueille les représentants des 79 membres du groupe ACP et de l'UE. Avril 2016.

[MattTempest/Flickr]

Les représentants des pays du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique ont exprimé leur mécontentement quant à leur collaboration avec l’UE lors d’une rencontre au Sénégal.

Les représentants de l’UE et des 79 États membres du groupe Afrique-Caraïbes-Pacifique (ACP) se sont réunis près de Dakar à la fin du mois de mai. Ces cinq jours de discussion devaient permettre de préparer un nouvel accord, pour succéder à l’accord de Cotonou, qui expire en 2020.

L’événement rassemblait à la fois Neven Mimica, commissaire à la coopération internationale, et des dirigeants et représentants de certains des pays les plus pauvres du monde, qui se sont penchés sur la coopération économique, politique et au développement.

>> Lire : Mimica : «il faut lier migration et aide au développement en Afrique»

Si aucune conclusion formelle n’a été adoptée, une déclaration préliminaire explique que le conseil a répété ses exigences et que l’UE s’est montrée plus flexible vis-à-vis des États les plus pauvres.

Le 28 avril, Bharrat Jagdeo, ancien président et Premier ministre de Guyana, a étrillé tout le processus. « Je pense que nos partenaires européens ne nous ont pas souvent écoutés », a-t-il lancé.

« Avant de venir ici, j’ai beaucoup hésité quant au ton que je devrais adopter », assure-t-il. Bien qu’il reconnaisse la nécessité d’un « débat honnête », il était « tenté de dresser la liste de tout ce qui n’a pas fonctionné depuis des années de partenariat ».

Dysfonctionnements

« La quantité de ressource transférée de l’UE vers les pays ACP […] est la plus grande source de financement du développement pour de nombreux pays représentés dans cette salle », a ajouté Bharrat Jagdeo. « Certaines choses fonctionnent, d’autres non », mais ces jugements « semblent être l’apanage de Bruxelles et de quelques groupes initiés ».

Bharrat Jagdeo s’exprimait lors d’une séance ouverte intitulée « De Lomé à Cotonou post-2020 : modification de perspective pour la relation UE-ACP ».

« Quand le ministre néerlandais [les Pays-Bas sont à la présidence tournante du Conseil européen] dit que nous avons besoin de plus de ‘coopération régionale’, nous entendons ‘le démantèlement du groupe ACP », harangue notamment Bharrat Jagdeo devant un public d’environ 200 personnes, qui ont exprimé bruyamment leur accord.

L’accord de Cotonou, signé dans la capitale béninoise en 2000, remplaçait en effet les accords de Lomé de 1975. Il expire en 2020. Des conférences visant un nouvel accord sont organisées tous les ans, à Bruxelles ou dans les pays ACP.

Delegates from the ACP nations arriving at the conference centre outside Dakar.

>> Lire : Le Sénégal compte sur la poursuite des aides européennes

« Il y a des incohérences dans les politiques européennes », déclare-t-il, assurant que la modification des règles commerciales sur le sucre coûte 35 000 euros par an à la Guyane, un chiffre important dans cette petite économie.

« Nous n’avons pas prospéré avec le traitement préférentiel, et ce sera pire sous un système de réciprocité », prévient-il, en référence aux négociations en cours. L’UE a en effet concédé aux pays ACP des tarifs douaniers préférentiels dans le cadre des accords de partenariat, afin d’encourgare le développement de leur économie.

Dans le cadre du post-Cotonou, ces accords préférentiels devraient évoluer vers un système de réciprocité des tarifs douaniers, moins avantageux pour les pays ACP.

Le prochain sommet des chefs d’État et de gouvernement UE-ACP aura lieu en Papouasie-Nouvelle-Guinée à la fin du mois de mai. Un rapport rassemblant deux années de recherche sur les réformes et le repositionnement de l’organisation y sera présenté.

En ce qui concerne le sucre, le conseil « s’est félicité de l’évolution des discussions avec l’UE, et notamment des assurances selon lesquelles le mécanisme de protection européen ne sera pas appliqué systématiquement et l’UE n’exigera pas l’indication obligatoire du pays d’origine ».

Les ministres ont également insisté sur le fait qu’il n’existe aucune intervention pour augmenter les importations de sucre dans l’UE, ce qui menace la reprise fragile des prix du sucre dans certains États ACP.

Le conseil des ministres de l’organisation a par ailleurs adopté une décision appelant à l’augmentation des fonds versés pour la lutte contre le virus du Zika dans les Caraïbes. L’Organisation mondiale de la santé a en effet déclaré l’urgence sanitaire.

>> Lire aussi : L’accord de Cotonou pourrait s’élargir à l’Amérique latine et l’Asie

Plus d'information