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30/07/2016

Des députés PS suggèrent que la France reconnaisse l’État palestinien

L'Europe dans le monde

Des députés PS suggèrent que la France reconnaisse l’État palestinien

Colonie de Har Homa dans la zone C de Cisjordanie [Ammar Awad/Reuters]

Dans la foulée de la reconnaissance de l’État palestinien par la Suède, la question regagne du terrain. En France des députés socialistes préparent une résolution pour que la France reconnaisse officiellement l’état, comme 135 pays dans le monde le font déjà.

Le groupe socialiste à l’Assemblée nationale est en train de prépare une résolution invitant « le Gouvernement français à faire de la reconnaissance de l’État de Palestine un instrument pour obtenir un règlement définitif du conflit », selon une première version proposée par la présidente de la Commission des Affaires étrangères Elisabeth Guigou, discutée le 4 novembre.

« Depuis le dernier conflit et face à une situation diplomatique complètement bloquée, une véritable réflexion sur comment faire bouger les choses est en cours chez les parlementaires socialistes » explique une source parlementaire.

La proposition, non contraignante, doit encore être adoptée par le groupe socialiste avant d’être proposée au vote. Dans une tribune publiée dans Libération, 17 parlementaires de la frange gauche du Parti socialiste appellent à reconnaître l’Etat de Palestine

Élan européen

« Une initiative parlementaire s’imposait » reconnaît la source parlementaire, notamment suite à la décision du gouvernement suédois de reconnaitre l’État palestinien, mais aussi au vote des parlementaires britanniques en faveur d’un texte similaire le 14 octobre dernier.

>>Lire : La Suède reconnaît l’État palestinien

Le gouvernement suédois en effet reconnu officiellement le 30 octobre l’État palestinien, devenant le premier pays d’Europe occidentale à prendre cette position.

Au total, 135 pays reconnaissent l’État palestinien. Mais au sein de l’Union européenne, seuls pays plusieurs pays d’Europe de l’Est notamment en font partie : la Bulgarie,  Chypre, la  République tchèque, la Hongrie, Malte, la Pologne, la Roumanie et la  Slovaquie. Et tous ont reconnu l’État palestinien avant de rejoindre l’UE.

Dans les pays candidats à l’adhésion à l’UE, le Monténégro, la Serbie, la Turquie et la Bosnie font également partie reconnaissant l’État palestinien.

Par ailleurs, en octobre, les parlementaires britanniques de la Chambre des communes ont adopté un texte demandant au gouvernement de reconnaître l’État palestinien.

« Cette Chambre est d’avis que le gouvernement devrait reconnaître l’État de Palestine aux côtés de celui d’Israël  afin de contribuer à la négociation d’une solution à deux États  » souligne la motion adoptée à une large majorité des présents.

Du côté de Bruxelles, le son de cloche semble également inciter au débat. « Nous avons évidemment entendu avec attention les récentes déclarations de la Haute représente de l’UE pour les Affaires étrangères » explique la source parlementaire.

Dans une interview au Monde le 4 novembre, la chef de la diplomatie européenne, l’Italienne Federica Mogherini, a déclaré qu’elle serait « heureuse si, au terme de [son] mandat, l’État palestinien existait », rappelant toutefois que « la question de la reconnaissance d’un État est une compétence des États membres »

Prudence au gouvernement français

La résolution des députés socialistes, si elle est votée, resterait sans conséquence sur un éventuel choix du gouvernement français. Mais l’appel de pied est sérieux puisqu’il provient de la majorité.

De son côté, le gouvernement de Manuel Valls est resté prudent sur la question.  « Le gouvernement a rappelé de manière constante qu’à l’ONU, que la ligne de la France était le reconnaissance d’un État palestinien » a réagi Stéphane le Foll, porte-parole du gouvernement français  lors d’un point presse

« Le choix de la France c’est de faire que la reconnaissance d’un État palestinien se fait à l’échelle internationale » 

>>Lire : La France serait favorable à la reconnaissance de l’Etat palestinien

En 2012, la France avait voté aux Nations unies en faveur de l’attribution d’un statut d’État observateur à la Palestine ; l’idée de la reconnaissance de la Palestine n’est plus un tabou.

Après le conflit meurtrier de cet été,  le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius avait rappelé  lors de la Conférence des Ambassadeurs le 29 août  « l’action constante pour rechercher une paix durable entre Israël et les Palestiniens, qui passe par la solution des deux États à laquelle la France réaffirme son attachement, ce qui signifie qu’il faudra bien, à un moment, reconnaître l’État palestinien ». 

Contexte

L'Etat d'Israël a été créé en 1948, remplaçant le mandat britannique de Palestine suite à un conflit qui a résulté en la fuite d'au moins 750 000 Palestiniens. 19 ans plus tard, la crise des réfugiés a été exacerbée par l'invasion et l'occupation de la Cisjordanie et de la bande de Gaza pendant la guerre de Six Jours de 1967. Par la suite, Israël a annexé Jérusalem-Est à son territoire et a construit des colonies en Cisjordanie qui accueillent aujourd'hui 500 000 Juifs israéliens.

Avec la Déclaration de Venise en 1980, l'UE, qui reconnaît le droit de la Palestine à l'autodétermination, est devenue la troisième partie du conflit international israélo-palestinien. En 1986, l'UE est allée plus loin en promulgant un règlement permettant aux Palestiniens en territoires occupés d'exporter des produits en Europe sous le label « Made in the West Bank and Gaza » (en français : fabriqué en Cisjordanie et à Gaza).

Après la signature de l'Accord d'Oslo en 1993, l'UE a accru son engagement dans le processus de paix en soutenant financièrement l'Autorité palestinienne naissante. Toutefois, la position de l'UE, à savoir que tout accord de paix devrait respecter les frontières originales de 1967, ce qui permettrait aux Palestiniens d'établir leur capitale à Jérusalem-Est, rencontre une vive opposition en Israël.

En décembre 2010, 26 anciens leaders de l'UE, y compris Javier Solana et Helmut Schmidt, ont demandé un boycott et des sanctions à l'encontre d'Israël pour la construction des colonies.