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03/12/2016

L’Eurovision met en lumière le face-à-face Russie-Ukraine

L'Europe dans le monde

L’Eurovision met en lumière le face-à-face Russie-Ukraine

La représentante de l'Ukraine, Jamala, a réalisé une véritable performance vocale lors de sa deuxième représentation.

[Andres Putting/Eurovision]

La finale opposera-t-elle les ennemis géopolitiques russes et ukrainiens ? La France parviendra-t-elle enfin à faire fondre les cœurs lors de cette nouvelle édition de l’Eurovision, qui aura lieu le samedi 14 mai à Stockholm ?

Le bien connu « Bonsoir l’Europe ! » raisonnera encore une fois lors de la 60ème édition de l’Eurovision, un événement musical annuel aussi étrange que glamour qui réunit des alliés, mais aussi des rivaux historiques.

Après la victoire de la travestie autrichienne et barbue Conchita Wurst, lors de l’Eurovision 2014, la victoire du suédois Mans Zelmerlow l’année suivante lui permet de ramener la compétition à Stockholm pour la sixième fois, se rapprochant ainsi du record de l’Irlande, qui possède sept victoires à son tableau.

Suède pays d’accueil

La liste d’artistes prometteurs venus de 42 pays sera réduite à 26 le jeudi 12 mai au soir, suite à une demi-finale à laquelle sont exempts la Suède – pays d’accueil – et les plus gros sponsors du concours : l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni.

En théorie, l’Eurovision est censée être une compétition musicale dénuée de toute considération politique, mais, en pratique, c’est loin d’être le cas et cette année ne fera pas exception.

>> Lire : La débâcle allemande à l’Eurovision est « évidemment politique »

Les bureaux de paris misent sur un bras de fer entre la Russie et l’Ukraine, actuellement déchirée par le conflit qui a débuté par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.

Le face à face pourrait être féroce puisque la candidate ukrainienne, Susana Jamaladinova, a prévu d’interpréter « 1944 », son titre controversé qui raconte la déportation des Tatars de Crimée par Staline.

Cette jeune auteur/compositeur/interprète de jazz de 32 ans connue sous le nom de Jamala a déclaré s’être inspirée des souvenirs de son arrière grand-mère, qui s’était faite déportée de la péninsule avec ses cinq enfants en 1944, aux côtés de 240 000 autres Tatars.

Le début de la chason donne le ton : « When strangers are coming/They come to your house/They kill you all/And say/We’re not guilty/Not guilty » [quand des étrangers arrivent, ils entrent chez vous, vous tuent et disent « nous ne sommes pas coupables, pas coupables].

Règles du concours

Des responsables russes et certains politiques en Crimée se sont plaints des propos dénigrants de la chanson à l’égard de la Russie. Les organisateurs, basés à Genève, ont toutefois décidé que la chanson n’enfreignait pas les règles du concours en matière de discours politique.

« Les musiciens devraient tous exprimer leurs sentiments, leurs véritables sentiments, et non pas chanter des paroles dépourvues de sens comme nous entendons tout le temps », a déclaré l’artiste pour défendre sa chanson à Stockholm.

Toutefois, le duel Moscou-Kiev pourrait bien se faire voler la vedette par un autre grand favori, le franco-israélien Amir Haddad, qui représente la France avec son titre entrainant « J’ai cherché ».

Ce charmant dentiste de 31 ans essaye de séduire les autres nations en chantant partiellement en anglais – fait généralement inhabituel dans les performances françaises.

S’il gagne, il sera le premier chanteur français à remporter le concours depuis près de 40 ans.

Problème de drapeaux

Depuis son lancement en Suisse en pleine Guerre froide, en 1956, l’Eurovision tente d’assurer l’unité entre des nations européennes en conflit.

Le concours a pourtant toujours été un reflet des rivalités nationalistes.

>> Lire : L’Arménie refuse de participer à l’Eurovision en Azerbaïdjan

« L’Eurovision est la célébration de toute l’Europe », a entonné Hanna Stjarne, directrice exécutive de la chaine suédoise SVT. « L’Europe traverse des moments difficiles, elle est divisée, mais grâce à l’Eurovision, les gens peuvent s’unir avec des étoiles dans les yeux. »

Pour la première fois dans l’histoire, la compétition sera retransmise en live aux États-Unis par Logo, une chaine dont le public est la communauté LGBT.

L’Eurovision est depuis longtemps un événement populaire dans les cercles gays, à tel point que les seuls drapeaux autorisés dans la salle de concert durant la diffusion sont ceux des membres de l’ONU, de l’Union européenne, et le drapeau arc-en-ciel.

La règle des drapeaux a suscité la controverse cette année lorsque les Palestiniens, les Gallois, les Basques et même les Samis du nord de la Russie ont réalisé que leur drapeau était sur la liste noire de l’Eurovision, au même titre que le drapeau de Daech.

L’Union européenne de radio-télévision a finalement décidé d’assouplir ses règles en autorisant « les drapeaux nationaux, régionaux et locaux des participants, comme celui des Gallois ou des Samis par exemple ».

Les Samis, peuple originaire des pays du Nord et de Russie, seront représentés par la Norvégienne Agnete, qui veut montrer le drapeau de son ethnie sur scène.

Jusqu’à présent, le gagnant de la compétition était toujours pressenti bien avant que le long processus de comptage des points de chaque pays soit terminé.

Or, cette année, pour pimenter un peu le concours, les organisateurs ont décidé de changer le comptage pour que les résultats des jurys nationaux soient annoncés avant le vote des téléspectateurs, qui lui, est moins prévisible.