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03/12/2016

Erdogan menace l’Europe de lui envoyer les migrants

L'Europe dans le monde

Erdogan menace l’Europe de lui envoyer les migrants

Des centaines de milliers de réfugiés syriens ont trouvé refuge en Turquie.

[European Parliament/Flickr]

Alors que l’OTAN a décidé de se joindre à la lutte contre les passeurs en Méditerranée, Ankara menace l’UE d’ouvrir tout grand les portes de l’Europe aux réfugiés.

Excédé par les appels répétés pour qu’Ankara ouvre sa frontière aux dizaines de milliers de civils qui fuient la bataille d’Alep, Recep Tayyip Erdogan a réitéré, publiquement cette fois, les mises en garde déjà adressées à huis clos aux dirigeants de l’Union européenne.

« Il n’est pas inscrit idiot sur notre front. Ne croyez pas que les avions et les bus sont ici pour rien. Notre patience à des limites. Nous ferons le nécessaire », a-t-il lancé lors d’un discours devant des hommes d’affaires à Ankara.

Accord de novembre

Sollicité par Ankara, Berlin et Athènes, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a de son côté annoncé qu’un groupement naval allié sous commandement allemand allait se rendre « sans tarder » en mer Égée pour « aider à lutter contre le trafic d’êtres humains ».

Malgré l’accord passé en novembre dernier entre la Turquie et l’UE, le flux des migrants qui traversent chaque jour la mer Égée depuis les côtes turques pour rallier les îles grecques n’a que faiblement ralenti.

>> Lire : L’UE et la Turquie trouvent un accord sur la crise des réfugiés

L’an dernier, 850 000 d’entre eux ont réussi à entrer en Europe par cette voie. Et 68 000 de plus depuis le début du mois de janvier, selon l’ONU.

En échange d’une enveloppe de 3 milliards d’euros, la Turquie s’est pourtant engagée à mieux contrôler ses frontières et à durcir sa lutte contre les passeurs. Mais les divergences entre les deux partenaires demeurent. Les dirigeants européens jugent les efforts turcs insuffisants, et la Turquie déplore la faiblesse de l’aide de l’UE.

Recep Tayyip Erdogan a illustré jeudi ces tensions persistantes sur le sujet en confirmant des propos qu’ils avaient tenus en novembre dernier au président de la Commission, Jean-Claude Juncker, et à celui du Conseil, Donald Tusk.

« Au revoir aux migrants »

Selon le site grec Euro2day, le président turc avait en effet déclaré : « on peut ouvrir les portes vers la Grèce et la Bulgarie à tout moment ».

>> Lire : « L’UE ne peut pas dire à la Turquie d’ouvrir ses frontières quand elle ferme les siennes »

« Je suis fier de ce que j’ai dit », a lancé Recep Tayyip Erdogan jeudi. « Nous avons défendu les droits de la Turquie et des réfugiés. Et nous leur avons dit désolé, nous allons ouvrir les portes et dire au revoir aux migrants. »

Très fière de sa politique de « porte ouverte », la Turquie accueille 2,7 millions de Syriens et 300 000 Irakiens qui ont fui depuis 2011 la guerre dans leur pays. Ses dirigeants affirment avoir déjà dépensé 10 milliards de dollars pour eux.

Depuis la semaine dernière, Ankara a toutefois décidé de ne pas ouvrir sa frontière aux dizaines de milliers de civils qui ont fui l’offensive du régime syrien, épaulé par l’aviation russe, sur la ville d’Alep (nord).

Ses dirigeants ont indiqué avoir atteint les « limites » de leurs capacités d’accueil et préféré venir en aide à cette nouvelle vague sur le sol syrien.

L’UE et l’ONU l’ont toutefois appelé à laisser entrer les déplacés d’Alep sur son sol. « Honte à vous ! Honte à vous ! », a lancé Recep Tayyip Erdogan jeudi à l’intention des Nations unies.

Dans ce climat, Athènes envisage de mettre la Turquie sur la liste de « pays tiers sûrs », ce qui lui permettrait d’y renvoyer les demandeurs d’asile affluant sur son territoire depuis les côtes turques, selon une source gouvernementale turque.

>> Lire : La Grèce en première ligne face à un nombre record de migrants

Cette possibilité a également été évoquée jeudi par la ministre allemande de la Défense dans le cadre de l’opération à venir de l’OTAN. Ursula von der Leyen a ainsi fait état d’« un accord solide avec la Turquie selon lequel les réfugiés vont être renvoyés en Turquie, quelles que soient les circonstances ».

Jeudi, la justice turque a ouvert le procès de deux passeurs syriens poursuivis après le naufrage d’un bateau de réfugiés syriens qui avait provoqué, en septembre, la mort du petit Aylan Kurdi, devenue un symbole planétaire du drame des migrants.

>> Lire aussi notre infographie : Les demandeurs d’asile en Europe, en chiffres