La corruption de la police pose toujours problème en Serbie

La réforme de la police est essentielle aux négociations d'adhésion à l'UE.

Selon une ONG serbe, l’intégrité de la police a été affaiblie par sa politisation et des mesures anticorruption inefficaces. Un constat réfuté par le ministère de l’Intérieur. Un article d’EURACTIV Serbie.

Une meilleure intégrité policière est l’un des écueils qui pourraient poser problème à la Serbie dans son processus d’adhésion à l’UE.  Selon les experts, la réforme de la police est un élément essentiel de l’harmonisation des normes et règles serbes à celles de l’UE, qui fait partie du chapitre 24 des négociations d’adhésion, ouvert en juillet.

Le rapport annuel de la Commission sur les progrès de la Serbie, présenté le 9 novembre, soulignait des avancées sur le front policier. En janvier, Belgrade, très critiquée sur la gestion des ressources humaines, le manque de surveillance et la politisation de sa police, a mis en place une nouvelle réglementation. Celle-ci prévoit notamment une réorganisation du ministère de l’Intérieur et le renforcement des affaires internes.

La loi donne aussi davantage de pouvoir l’autorité de surveillance interne et permet des « tests d’intégrité », ainsi que la compilation des propriétés des dirigeants de ministères. La vérification des biens est également possible pour d’autres fonctionnaires, en cas de doute. La loi devrait donc augmenter considérablement le niveau de contrôle et d’accès aux données liées aux biens et revenus des fonctionnaires, et ainsi permettre de mieux lutter contre la corruption.

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Le centre pour la politique de sécurité de Belgrade, une ONG qui observe les actions prises par le gouvernement dans le cadre du chapitre 24, a cependant souligné que l’autorité de surveillance interne ne lance en moyenne que 130 poursuites pour corruption contre des policiers par an.

« Le nombre de poursuites est réduit et ne correspond pas à la perception très élevée des niveaux de corruption au sein de la police. Seuls 3% de la population estime qu’il n’y a pas de corruption dans la police », fait remarquer Saša Djordjević, chercheur pour l’ONG. « Le fait que le verdict du tribunal suite à ces poursuites n’est pas divulgué est un autre problème. »

Le 13 décembre, l’ONG a présenté des recherches indiquant que ces facteurs, couplés à la politisation des forces de police, ont pour résultat une intégrité réduite de la police serbe.

Le ministère de l’Intérieur a répondu en affirmant que les données utilisées dans ces recherches se limitaient aux procédures entamées par l’autorité de surveillance interne, sans tenir compte des poursuites lancées par d’autres services du ministère.

Selon les chiffres du ministère, l’autorité de surveillance interne a ainsi poursuivi 147 policiers depuis le début de l’année, et 168 l’an dernier. En comparaison, en 2015, les autres unités du ministère ont quant à elles lancé pas moins de 587 poursuites contre des officiers de police, pour délits divers.

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Le ministère n’a pas précisé la nature de ces poursuites, mais assure prendre la lutte contre la corruption très au sérieux. « Nous avons une approche sérieuse de la lutte contre la corruption et sommes l’un des rares pays où jusqu’à 30 policiers peuvent être arrêtés en un jour pour corruption », assure le ministère de l’Intérieur.

Son communiqué indique également que dans les dix pays de la région, seules la direction du ministère roumain de l’Intérieur et l’autorité de surveillance interne serbe poursuivent les policiers qui s’adonnent à des activités illégales.

En outre, continue le communiqué, en reliant la perception de corruption au nombre de poursuites, l’ONG démontre « une approche tout à fait peu professionnelle ». Le ministère estime également que la politisation des forces de police, mentionnée par l’ONG, n’est pas prouvée.

« Le centre pour la politique de sécurité de Belgrade continue à présenter des allégations non prouvées de la politisation de la police et de passer sous silence le fait que la nouvelle loi limite l’autorité du ministre », estiment les représentants du ministère. « [Les membres de l’organisation] pensent peut-être qu’un mensonge répété assez souvent devient la vérité. »

Sous influence politique

Le rapport de l’ONG, Test sur l’intégrité de la police serbe, souligne que 75% de la population estime que la politique influence énormément le travail de la police dans le pays.

Pour Saša Djordjević, les hommes politiques « présentent des informations sur les enquêtes en cours d’une manière qui séduit les médias », et ce, depuis les élections de 2000, qui marquent la fin du régime de Slobodan Milošević.

« Les citoyens et les ONG, tout comme les institutions européennes, en sont bien conscients. C’est pourquoi, dans son dernier rapport, la Commission appelle le gouvernement et le ministère de l’Intérieur à mettre en place des mesures assurant l’indépendance opérationnelle de la police », poursuit le spécialiste.

Il ajoute que les exemples comme la démolition nocturne de structures du quartier de Savamala, à Belgrade, « révèlent les problèmes systémiques au sein de la police et le fait que certains officiers ont des liens avec les sphères criminelles et politiques ».

La nuit du 24 au 25 avril, en pleine campagne électorale, des individus masqués avaient démoli plusieurs structures du quartier Savamala, près du chantier d’un complexe d’appartements et de bureaux de haut standing. Les délinquants avaient également ligoté plusieurs personnes du quartier, leur ont confisquant leurs téléphones. La police avait mis très longtemps à arriver sur les lieux.

Face à la réaction du ministère, le centre pour la politique sécuritaire de Belgrade a encouragé les autorités à continuer son dialogue avec les associations civiques sur les réponses systémiques à apporter aux risques de corruption au sein de la police.

L’ONG a également regretté que le ministère ait refusé sa proposition de discuter des recherches réalisées et des problèmes au sein des forces policières. Elle s’est par contre félicitée des nouveaux chiffres communiqués et appelle le ministère à rendre publiques davantage d’informations, notamment la nature des accusations contre les policiers.

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