Les crises au menu du dernier sommet européen de 2016

Le nouveau bâtiment du Conseil, à Bruxelles. [European Union]

Syrie, Russie, Brexit, crise migratoire… Le sommet du 15 décembre devrait aborder une série de sujets « sensibles, explosifs », selon un diplomate, qui compare la rencontre à un « champ de mines ».

Lors d’un briefing pré-sommet inhabituellement franc, les représentants des institutions européennes ont dressé la liste des sujets hautement controversés qui seront discutés par les chefs d’État.

Le Conseil de ce 15 décembre inaugure une nouvelle organisation : une rencontre qui se termine plus tôt, suivie d’un dîner informel auquel ne participera pas Theresa May, la Première ministre britannique.

« Ce Conseil sur une journée est une originalité, qui a été demandée de longue date par les chefs d’État et de gouvernement », explique un diplomate européen. Mais la longue liste de sujets que les Vingt-huit doivent traiter au cours de la journée devrait rendre l’agenda difficile à tenir. « Il va falloir beaucoup de maitrise pour tenir l’agenda», reconnait le diplomate.

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Syrie, Russie, Brexit et Trump : le programme de travail du sommet ressemble à une liste des plus grandes catastrophes de 2016, à laquelle il ne manque que la crise grecque qui couve. « C’est un vrai champ de mines », confirme un fonctionnaire européen. « Tellement de points abordés pourraient mal finir. »

Si cet aveu est peut-être sincère, il pourrait également s’agir d’une stratégie de minimisation des attentes avant l’ouverture du dernier sommet de 2016. Les chefs d’États et de gouvernement se pencheront principalement sur la Syrie, les sanctions à la Russie, l’immigration et le Brexit.

Les fonctionnaires ont refusé de jouer aux devinettes quant à l’accord UE-Turquie, qui a permis de réduire les arrivées de migrants dans l’UE. Ils se sont contentés d’assurer que l’accord, dénoncé par une grande partie des ONG notamment après le coup d’État manqué de juillet, était pleinement soutenu par les Vingt-Huit.

La discussion sur la Turquie pourrait cependant s‘élargir durant la rencontre, selon l’aveu d’un diplomate. «  Dans le contexte du sommet, peut-être que le thème plus large des relations entre l’UE et la Turquie sera abordé. Mais la majorité des pays, je dirais même 27 sur 28, estiment que si nous devons être ferme, nous devons également maintenir le dialogue avec Ankara, et que le processus d’adhésion en fait pleinement partie ».

De fait, la question de la suspension du processus d’adhésion de la Turquie a été mise sur la table par le Parlement européen, mais seule l’Autriche défend une telle position au niveau des États membres.

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En ce qui concerne l’immigration, les représentants européens annoncent « trois messages » principaux : le respect de l’accord UE-Turquie ; une attention particulière à la Libye, afin de réduire le nombre d’arrivées en Italie ; et des travaux de rapprochement pour la passation de la présidence à Malte.

L’immigration et la crise syrienne « est une plaie ouverte, mais la médication a commencé et le patient est sous traitement », a renchéri un fonctionnaire.

Côté crise migratoire, la haute représentante, Frederica Mogherini, doit présenter les premiers résultats des accords mis en place avec 5 pays de transit ou d’origine des migrants : le Niger, le Nigéria, le Mali, le Sénégal et l’Éthiopie. « Mais ces accords ne fonctionnent pour l’instant pas aussi bien que nous l’espérions » reconnait un diplomate.

La question d’élargir ce type d’accord à d’autre pays, comme l’Afghanistan, le Pakistan, le Bangladesh ou l’Égypte, devrait être discutée, mais plusieurs pays européens demeurent prudents sur l’opportunité de multiplier les accords migratoires. « Une des leçons que nous avons retenues, c’est que pour mettre en œuvre des partenariats de ce type, il faut tenir compte des partenaires ».

L’Ukraine au déjeuner

L’accord d’association avec l’Ukraine, mis à mal par le référendum néerlandais, sera abordé lors du déjeuner. Le porte-parole a tenu à souligner que l’accord était soutenu par les États membres et le Parlement européen, et ne prévoyait pas l’entrée directe du pays dans l’UE, mais se concentrait uniquement sur « la prospérité économique en Ukraine ».

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Les sherpas, les diplomates préparant les discussions des sommets, ne se sont cependant pas mis d’accord sur ce point lors de leurs dernières réunions, a admis le fonctionnaire.

La reconduction des sanctions à l’encontre de Moscou sera également au menu du déjeuner. Angela Merkel et François Hollande sont tous deux en faveur de cette mesure, et le consensus général est qu’il n’y a pas eu assez de progrès sur l’accord de Minsk. Les Vingt-Huit discuteront ensuite de la stagnation des négociations chypriotes et concluront sur la Syrie.

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 Après-midi défense et économie

L’après-midi sera entamé par une session sur les propositions de coopération dans le secteur de la défense et sur l’OTAN. Cette session sera suivie par une discussion sur la situation sociale et économique incluant une intervention de Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne.

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Le sommet se terminera là pour Theresa May, qui quittera le bâtiment avant le début du dîner lors duquel les États membres discuteront préparation au Brexit, avec l’objectif de « convenir de nos procédures et de notre organisation internes ». Le mot d’ordre est cependant toujours de ne pas commencer de négociations concrètes avant l’activation de l’article 50, qui notifie officiellement l’UE du souhait de Londres de quitter le bloc.

Le porte-parole a confirmé que les juristes européens se penchaient sur la forme que prendrait cette « notification » (lettre officielle, annonce orale, etc.), tout en soulignant qu’il s’agissait là d’un « détail ».

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