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27/09/2016

L’UE compte sur l’Iran pour diversifier le transport aérien vers le Golfe

L'Europe dans le monde

L’UE compte sur l’Iran pour diversifier le transport aérien vers le Golfe

La coopération aérienne est la première étape d'un rapprochement de l'Iran et de l'UE.

[EBS

Bruxelles et Téhéran envisagent un accord sur le transport aérien, première étape d’une coopération qui pourrait réduire l’influence des Émirats arabes unis et du Qatar sur les vols long courrier.

La visite historique de huit commissaires européens à Téhéran le 16 avril annonce un nouveau chapitre des relations bilatérales entre l’UE et l’Iran, l’un des deux plus grand pays de la région.

Le transport aérien est considéré par les deux parties comme l’un des secteurs dans lesquels la coopération pourrait être renforcée. Si l’aviation iranienne a besoin d’une modernisation urgente, la position privilégiée du pays sur les routes aériennes représente un grand potentiel.

La négociation d’un accord horizontal avec les autorités iraniennes sera une étape importante de ce nouveau chapitre, a expliqué Violeta Bulc, la commissaire au transport, à EurActiv. « Il s’agit d’une procédure simple et rapide discutée entre l’Iran et la Commission européenne, qui permettrait d’aligner complètement les 25 accords sur les services aériens existant entre les États membres et Téhéran avec la législation aérienne de l’UE », a-t-elle indiqué.

Cet accord horizontal est aussi l’occasion pour Bruxelles d’entamer un renforcement de la coopération aérienne civile avec un pays qui pourrait faire concurrence à Dubaï ou Abou Dabi. L’utilisation possible de l’Iran comme étape entre l’UE et les pays du golfe, afin de créer un itinéraire alternatif, est un élément important des discussions, souligne un représentant de l’UE.

Cette intention de diversification est liée aux accusations de certains États membres et compagnies aériennes européennes, qui assurent que les nations pétrolières subventionnent leurs transporteurs nationaux pour les aider à mieux s’implanter en Europe.

>> Lire : L’UE se prépare à lutter contre la concurrence déloyale des compagnies aériennes du Golfe

L’UE devait commencer à négocier un accord avec le Qatar et les Émirats arabes unis avant le mois de mars, mais les États membres ont refusé de lui donner un mandat avant l’été. Cette réticence et la nécessité de réduire la dépendance du bloc vis-à-vis des Émirats arabes unis et du Qatar a poussé l’UE à entamer des négociations sur le sujet avec l’Iran, dans l’idée de conclure un accord plus complet à moyen terme.

L’UE n’est pas la seule à s’intéresser au potentiel aérien de l’Iran. Un représentant de l’industrie, qui a préféré rester anonyme, a estimé que l’Iran voulait et pourrait devenir une puissance régionale importante dans le secteur aérien. Ses résultats seront cependant étroitement liés à l’élargissement de la flotte nationale, et particulièrement de son principal transporteur, Iran Air.

D’autres acteurs industriels européens se montrent toutefois plus sceptiques et soulignent que les trois compagnies principales du Golfe (Etihad, Qatar Airways et Emirates) ne se laisseront pas écarter si facilement.

« Cet enthousiasme est bien beau, mais je ne vois vraiment pas [la transformation de l’Iran en carrefour aérien] se réaliser de sitôt », soutient par ailleurs une source proche des transporteurs européens.

>> Lire : Violeta Bulc évoque les subventions au secteur aérien avec les pays du Golfe

Nouveaux avions

Le gouvernement iranien s’est déjà engagé à acheter 118 nouveaux appareils Airbus, dont certains des modèles les plus récents, pour un montant total de 24 milliards d’euros. Selon certaines estimations, Téhéran aurait besoin de 400 nouveaux avions dans les dix ans à venir pour réaliser ses ambitions.

Des représentants de Boeing se sont également rendu à Téhéran quelques jours avant la délégation européenne, pour discuter de la vente de plusieurs modèles, comme les Boeing 737, 787 et 777. L’achat de nouveaux avions rapprochera Iran Air d’une exclusion de la « liste noire » européenne, et donc d’une autorisation d’opérer dans l’UE.

La compagnie, dont les appareils sont considérés comme peu sûrs, a été exclue de l’espace aérien européen en 2010, rappelle Jakub Adamowicz, porte-parole de l’exécutif européen, le 18 avril. L’état peu reluisant de la flotte d’Iran Air, vieille de 26 ans, et l’impossibilité d’obtenir des pièces de rechange de Boeing et Airbus à cause des sanctions pesant sur le pays a réduit à 12 le nombre d’avions de la compagnie autorisés en Europe.

Mahan Air, une compagnie iranienne privée, dispose quant à elle d’une flotte en meilleure condition et assure donc des liaisons avec plusieurs villes européennes.

L’achat de nouveaux avions ne résoudra cependant pas les problèmes de l’Iran à court terme, puisque les quelques premiers modèles Airbus ne devraient pas arriver avant l’automne. Il ne devrait au départ pas y en avoir plus d’une demi-douzaine, a révélé une source bien informée à EurActiv.

D’ici là, l’exécutif entent aider le pays à résoudre ses problèmes de sûreté aérienne en lui offrant l’expertise technique de l’agence européenne de la sécurité aérienne (AESA).

Des spécialistes de la sécurité aérienne seront donc envoyés en Iran au mois de mai, afin de déterminer si Iran Air a pris les mesures nécessaires. Si les représentants européens admettent qu’aucun progrès substantiel ne pourrait être réalisé dans un laps de temps aussi court, la volonté de Téhéran de coopérer avec l’AESA serait un premier signe positif.

L’Iran et l’UE ont récemment décidé de rétablir des connexions aériennes. Le premier vol Air France entre Paris et Téhéran a atterri le 17 avril, après huit ans de suspension causés par les sanctions imposées à l’Iran dans le contexte de son programme nucléaire.

Contexte

Le secteur de l'aviation européen emploie directement entre 1,4 million et 2 millions de personnes et soutient entre 4,8 et 5,5 millions d'emplois, selon différentes études mentionnées par la Commission européenne. La contribution directe de l'aviation au PIB de l'UE est de 110 milliards d'euros, et son impact total, qui inclut le tourisme, s'élève à 510 milliards.

La stratégie sur l'aviation de l'UE, présentée par la Commission européenne en décembre 2015 inclut trois grandes priorités :

  • l'accès aux marchés à forte croissance, en améliorant les services, l'accès au marché et les opportunités d'investissement avec les pays tiers, tout en garantissant une égalité de traitement ;
  • l'élimination des entraves à la croissance dans l'air et sur le sol, en réduisant les problèmes de capacité et en améliorant l'efficacité et la connectivité ;
  • le maintien de normes de sécurité élevées, via la promotion d'une attitude basée sur le risque et la performance.

En ce qui concerne l'Iran, la Commission encourage surtout la modernisation de la flotte nationale, au vu des accidents de ces six dernières années, notamment causés par le grand âge des appareils.

L'Iran est actuellement en train de réviser son régime de contrôle de la sûreté aérienne. Dans ce contexte, la Commission souligne que le pays pourrait bénéficier de l'expertise de l'Europe et de l'AESA.

L'exécutif européen note par ailleurs que l'Iran ne sera pas rayé de sa « liste noire » tant que « nous n'obtenons pas toutes les garanties nécessaires sur nos exigences sécuritaires ».

Prochaines étapes

  • Mai 2016 : Des spécialistes européens de la sécurité aérienne seront se rendront en Iran pour déterminer si Iran Air a pris les mesures nécessaires.