Les pays de l’Est demandent à Trump de ne pas flancher face à la Russie

Rossen Plevneliev à Strasbourg. [European Parliament]

Seize anciens responsables d’États membres de l’UE et le président bulgare actuellement au pouvoir, Rossen Plevneliev, ont écrit au président Donald Trump pour lui demander de ne pas améliorer les relations avec la Russie.

Les 17 responsables politiques incluent l’ancien président roumain, Traian Băsescu, l’ancien ministre polonais des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, les anciens présidents de Lettonie et d’Estonie, Vaira Vīķe-Freiberga et Toomas Hendrik Ilves. Tous sont affiliés au Parti populaire européen (PPE), de centre-droit. Carl Bildt, ancien ministre suédois des Affaires étrangères est à l’origine de l’initiative.

Mise en garde

Dans leur lettre, ils préviennent Donald Trump qu’il ferait une erreur en mettant un terme aux sanctions imposées à la Russie et en acceptant la division et l’assujettissement de l’Ukraine.

Comparés aux plus anciens membres de l’UE, les signataires d’Europe de l’Est sont plus critiques à l’égard de la Russie, à l’exception de la Bulgarie. Néanmoins, le président bulgare Rossen Plevneliev, qui se retirera avant que son successeur prenne ses fonctions le 22 janvier, est perçu comme un critique de la Russie. C’est d’ailleurs ce qui l’a empêché de briguer un second mandat, puisqu’une majorité de Bulgares semblent préférer une normalisation des relations avec la Russie.

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Durant sa campagne, Donald Trump a en effet déclaré qu’il voulait mettre fin aux sanctions russes et accepter l’annexion de la Crimée. Lors du sommet européen de décembre, les dirigeants européens auraient déclaré que le scénario d’une levée américaine des sanctions serait regrettable puisque cela éroderait l’unité des États membres, mènerait à l’abandon des sanctions européennes également et décrédibiliserait l’UE.

« [Abandonner les sanctions américaines et accepter la division de l’Ukraine] démoraliserait ceux qui cherchent une orientation euro-atlantique pour ce pays. Cela déstabiliserait également l’économie de nos voisins de l’Est et réjouirait les extrémistes, les oligarques et les éléments anti-Occident de l’Est », expliquent les responsables à Donald Trump dans la lettre publiée le 10 janvier par le Washington Post.

Ils préviennent aussi le nouveau président américain que les répercussions de tels actes entacheraient la crédibilité américaine auprès de ses alliés en Europe et ailleurs.

« L’ordre international duquel dépend la sécurité occidentale depuis des décennies serait affaibli. Les alliances qui sont la véritable source de grandeur des États-Unis s’éroderaient : les pays qui ont perdu du sang, des trésors et du capital politique dans leur soutien pour la sécurité transatlantique se demanderont si les États-Unis sont encore un ami sur lequel ils peuvent compter », ont-ils écrit.

L’ami Poutine? 

Les 17 anciens dirigeants ne pouvaient pas savoir que la publication de leur lettre coïnciderait avec le dernier scandale éclaboussant le président-élu : la déclaration par les services de renseignement américains que des agents russes étaient en possession d’informations compromettantes au sujet de Donald Trump.

« Soyez-en sûr, Vladimir Poutine n’est pas l’ami des États-Unis. Il n’est pas non plus un partenaire international fiable. Les deux présidents qui vous ont précédé ont tenté chacun à leur manière d’interagir avec Moscou dans un esprit de confiance et d’amitié. C’est une grave erreur : Vladimir Poutine a profité de ces bonnes intentions », préviennent-ils.

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Les 17 auteurs de la lettre poursuivent en expliquant qu’un accord entre Donald Trump et le président russe augmenterait la probabilité d’une guerre, étant donné que Vladimir Poutine considère les concessions comme des signes de faiblesse.

Vladimir Poutine « sera tenté de tester la crédibilité américaine via ses alliés de l’OTAN [voisins de la Russie], comme l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne. Il pourrait ne pas se limiter à l’intimidation militaire, mais également lancer des cyberattaques, des pressions sur l’économie et l’énergie, l’espionnage, la guerre psychologique, la désinformation et l’utilisation ciblée de pots-de-vin », écrivent les anciens hommes politiques.

« Nous appelons donc nous alliés américains à renforcer, et non à affaiblir, nos liens transatlantiques. L’Ukraine a besoin de soutien, les pays limitrophes ont besoin de votre constance et de votre détermination. Et, plus que tout, la Russie doit voir que quand nous sommes attaqués, nous devenons plus forts, et non plus faibles », concluent-ils.

Le gouvernement américain sortant a pour sa part prévenu les dirigeants européens de ne pas prendre trop au sérieux les remarques du président-élu qui semblent mettre en question la volonté des États-Unis de protéger ses alliés de l’OTAN face à une possible agression russe.