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23/01/2017

Les analystes turcs attendent la libéralisation des visas début 2017

L'Europe dans le monde

Les analystes turcs attendent la libéralisation des visas début 2017

Gerald Knaus

Des analystes turcs ont déclaré que la libéralisation des visas pour les citoyens turcs pourrait intervenir début 2017 et constituerait un signe encourageant pour les Turcs, déçus par la réaction de l’UE au coup d’État.

« Je pense que la libéralisation des visas se fera enfin début 2017 », a  estimé Demir Murat Seyrek, conseiller en politique de la Fondation européenne pour la démocratie (EFD).

Un optimisme qu’il justifie par la tournure positive que prend le dialogue ces dernières semaines. En effet, le ministre des Affaires étrangères turc, Mevlüt Çavuşoğlu, a récemment déclaré que le pays attendait en octobre l’annonce d’une date pour la libéralisation des visas.

Demir Murat Seyrek s’est exprimé lors d’un événement public organisé par le think tank European Policy Centre (EPC). Il a souligné l’importance de la libéralisation des visas dans le contexte des relations UE-Turquie après la tentative de coup d’État du 15 juillet.

Condition essentielle

Il a en effet affirmé que la seule solution pour la Turquie suite à cet événement serait « plus de démocratie, plus de valeurs européennes ». L’expert n’est pas d’accord avec ceux qui pensent que l’UE devrait mettre un terme aux relations avec la Turquie et a maintenu que la libéralisation des visas, condition dans l’accord UE-Turquie pour réguler les flux d’immigrants vers la Grèce, est essentielle.

« Vous ne pouvez pas jouer un rôle dans les relations avec la Turquie, si vous arrêtez toute relation », a-t-il expliqué, s’étonnant que les mêmes eurodéputés ayant préconisé un accord avec l’Iran souhaitent à présent mettre fin aux relations avec la Turquie.

La libéralisation des visas serait un signe encourageant pour les Turcs, a estimé Demir Murat Seyrek. L’UE « recon[quérirait] le cœur et l’esprit des Turcs », qui selon l’expert, sont déçus que les élites politiques européennes ne condamnent pas plus sévèrement la tentative de putsch.

>> Lire : La Turquie menace de mettre fin à l’accord sur les migrants

Kader Sevinç, la représentante de l’UE du plus grand parti à l’opposition en Turquie, le parti républicain du peuple (CHP), a jugé que la politique européenne au sujet de la Turquie avait échoué et devait être réinventée, tout en gardant à l’esprit l’objectif : l’appartenance à part entière au bloc. Elle a également estimé que l’UE n’avait pas de quoi être fière en faisant de la lutte contre la crise des réfugiés une condition de la libéralisation des visas.

Selon la représentante, cette mesure est importante, non seulement pour le gouvernement, mais aussi pour les citoyens turcs. Beaucoup de Turcs se plaindraient auprès d’elle du mauvais traitement subi dans les services consulaires européens, notamment des étudiants et des académiciens.

Kader Sevinç a toutefois annoncé que son parti était en faveur de l’amendement de la loi anti-terrorisme en Turquie, qui représente le principal obstacle à la libéralisation des visas. Le gouvernement turc qualifie souvent ses ennemis politiques et les journalistes de terroristes, alors que cette dénomination ne devrait être appliquée qu’aux personnes réellement impliquées dans des activités terroristes.

La représentante du CHP a exigé qu’en l’absence de progrès concernant la redéfinition du terrorisme, la libéralisation des visas devrait être rendue possible « au moins pour quelques groupes de la société ».

Samuel Doveri Vesterbye, directeur du Conseil européen de voisinage (ENC), a prévenu que du côté allemand, il était « nécessaire » de supprimer la barrière du visa dès Noël.

Il a, en outre, rappelé le rôle de la European Stability Initiative (ESI), un institut de réflexion pour l’Europe du Sud-Est et l’élargissement, possédant des bureaux à Bruxelles, à Instanbul et à Vienne. Gerald Knaus, fondateur et analyste de l’ESI, surnommé « l’architecte de l’accord de Merkel avec la Turquie » serait en train de revoir l’accord, a annoncé Samuel Doveri Vesterbye.

Il a par ailleurs mentionné le risque que le Conseil de l’UE mette fin à l’accord. Il craint, en particulier, la position de la France qui n’est pas claire.

Le directeur de l’ENC a confirmé qu’il ne serait pas possible de respecter la date butoir en octobre, mais il espère observer des résultats d’ici la fin de l’année. La libéralisation des visas pourrait passer au Parlement européen, mais ce serait un vote très serré, a-t-il ajouté.

Javier Niño Pérez, dirigeant du Service européen pour l’action extérieure, n’a pas abordé le sujet des visas. Il a cependant estimé que la bonne réponse au coup d’État en Turquie est plus de démocratie, et non moins.

Il a également donné ce conseil : « Nous devrions moins parler de nous en public, et plus entre nous, pour parvenir à des résultats concrets. »