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06/12/2016

D’anciens commissaires critiquent les nouvelles relations de l’UE avec l’Iran

L'Europe dans le monde

D’anciens commissaires critiquent les nouvelles relations de l’UE avec l’Iran

Federica Mogherini et Mohammed Javad Zarif

[European Union, 2015]

Les anciens commissaires européens Karel de Gucht et Louis Michel ont critiqué la décision de l’UE d’entamer des relations commerciales avec l’Iran, plaidant pour remettre au centre de ces accords le respect des droits de l’Homme.

Les deux hommes politiques ont joué un rôle important dans les relations avec d’autres pays les dix dernières années. Louis Michel, père de l’actuel Premier ministre belge, Charles Michel, était commissaire à la coopération internationale, à l’aide humanitaire et à la réaction aux crises de 2004 à 2009. Karel de Gucht, quant à lui, gérait le portefeuille du commerce.

Leur intervention met dans l’embarras la Commission actuelle. En avril, l’UE avait envoyé une délégation de huit commissaires en Iran emmenée par Federica Mogherini, après la levée des sanctions économiques et financières liées au programme nucléaire du pays.

Progrès attendus sur les droits de l’Homme

Les deux anciens commissaires ont signé une lettre, appelant les institutions européennes et les États membres à privilégier les progrès dans l’application des droits de l’Homme plutôt que de nouveaux accords. La lettre a souligné que « toute relation avec l’Iran [devrait être conditionnée] par des progrès visibles dans les droits de l’Homme et leur mise en oeuvre ». Le nombre des exécutions dans le pays présente « une image horrifiante de la machine à tuer de l’État », comme l’avait jugé Amnesty International en juillet 2015.

La lettre a d’ailleurs cité les liens étroits de l’Iran avec le président syrien, Bachar al-Assad et le Hezbollah, toujours inclus dans la liste des terroristes de l’UE. Elle a poursuivi avec la répression des minorités ethnique et religieuse, la marginalisation des femmes, le manque de garanties pour des élections libres et justes et l’attitude agressive du pays envers les États européens.

Le président iranien, Hassan Rohani, avait annulé sa visite en avril dernier après que le gouvernement autrichien avait interdit une manifestation pacifique lors de sa visite.

>> Lire : Hassan Rohani annule sa visite à Vienne

« Comme le peuple iranien et l’opposition ne sont pas autorisés à s’exprimer librement au sein de leur pays, nous ne devrions pas permettre à la répression du régime de s’étendre aux capitales européennes », ont estimé les deux anciens commissaires dans leur lettre.

Pourtant, l’UE a pris cette initiative dans la continuité de la « nouvelle ère » de relations bilatérales que les autorités européennes cherchent à établir avec Téhéran.

>> Lire : L’UE compte sur l’Iran pour diversifier le transport aérien vers le Golfe

Avec le ralentissement économique, les turbulences politiques, les tensions avec la Russie et la recrudescence du terrorisme, l’accord signé entre l’Iran et l’Union, qui permet de contrôler son programme nucléaire, était une bonne nouvelle.

« Nous tournons une page », avait affirmé Federica Mogherini lors de sa visite en avril. « En tant qu’Européens, nous souhaitons que les Iraniens ressentent les avantages de cet accord dans leur vie quotidienne », a-t-elle souligné.

« Je suis certaine que mes collègues à la Commission sont du même avis, et j’ose même penser que je parle au nom des 500 millions d’Européens qui soutiennent cette nouvelle ère. »

Cette visite avait posé les fondements pour une future coopération. Aussi l’Iran a-t-il pu bénéficier des investissements étrangers dans les domaines de l’aviation et de l’énergie dont il avait besoin.

Cependant, cette reprise des relations s’est faite malgré le nombre record d’exécutions en Iran. L’UE maintient les sanctions imposées au pays, à cause des nombreuses violations des droits de l’Homme et des liens avec les organisations terroristes.

L’ONU a également insisté en mars sur la détérioration constante de la situation, en ce qui concerne les exécutions et les « failles fondamentales » de l’administration judiciaire.

Les ONG et les eurodéputés déplorent la place secondaire qui a été accordée aux droits de l’Homme pendant la visite de l’UE en Iran. Or, c’était « une visite très courte » d’un jour seulement et « l’objectif était très spécifique », selon un représentant de la Commission.