France-Italie: déminer la crise

Bruno Le Maire à Rome pour une mission de déminage diplomatique. [Frederic Legrand - COMEO/Shutterstock]

Attendu à Rome aujourd’hui pour discuter du sort des chantiers navals de Saint-Nazaire, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire va devoir redoubler de diplomatie face à un gouvernement irrité de la volte-face de Macron sur le dossier Fincantieri. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

La brusque volte-face du gouvernement français, la semaine dernière, vis-à-vis de Fincantieri a choqué et laissé des traces en Italie. En mai, les dirigeants italiens étaient largement ravis de l’élection d’Emmanuel Macron. Enthousiastes même, pour la plupart.

Aujourd’hui, ils sont inquiets. Ils redoutent de voir resurgir le colbertisme derrière l’européisme proclamé, et son corollaire bien français, le chauvinisme. Que s’est-il passé en trois mois pour susciter un tel renversement ? Sur trois dossiers majeurs, la France vient de prendre les attentes italiennes totalement à revers.

Sur la question migratoire, que l’Italie encaisse de plein fouet, la position française est pour le moins distante. Patrouilles renforcées à Vintimille, refus de toucher au cœur du dispositif dit de Dublin qui laisse tout le poids de la crise sur les pays de première arrivée, fermeture à tout accueil de bateaux chargés de migrants.

L’Italie réclame davantage de solidarité sur la crise migratoire

La chancelière allemande, Angela Merkel et le président français, Emmanuel Macron, ont exprimé leur solidarité à l’Italie dans la gestion de l’immigration en Méditerranée, après avoir rencontré le Premier ministre italien, Paolo Gentiloni, à Trieste.

Rome, qui a sauvé des dizaines de milliers de migrants depuis cinq ans, a le sentiment que ses partenaires européens aimeraient bien, en fait, qu’elle fasse le sale boulot en matière migratoire. Sauf que sa frontière est maritime. Et l’Italie n’est ni la Hongrie d’Orban, qui au passage a rendu un fieffé service à la Chancelière en fermant ses frontières aux flux de migrants, ni la Turquie d’Erdogan, qui encaisse les chèques et verrouille son pays.

Shopping français en Italie

La source du problème n’est pas à la frontière, mais de l’autre côté de la Méditerranée. Et voilà le deuxième revers. En prenant la semaine dernière une initiative unilatérale sur la Libye, terrain de jeu sensible pour l’Italie, le Président français a pris le risque d’exhumer de vieilles rivalités coloniales. La presse italienne évoquait d’ailleurs, hier, la « gifle de Tunis » de 1881, lorsque la France prit l’ascendant sur l’Italie dans ses visées d’installer un protectorat. Malgré la présence à l’époque de nombreux intérêts économiques de la jeune Italie unifiée.

On comprend dès lors, dans ce contexte, le caractère sensible du dossier STX. Un sondage du Journal du dimanche nous dit que 70 % des Français sont favorables à la nationalisation. Ces 70 % ignorent probablement que, depuis dix ans, les investissements français en Italie ont atteint 56 milliards d’euros, contre 7 milliards dans le sens inverse. Pas seulement dans la mode et le luxe, mais aussi dans la banque, l’assurance, l’énergie, les communications. Autrement dit, dans des secteurs stratégiques et sensibles.

Ne parler que des menaces extérieures pesant sur l’Hexagone sans jamais parler de ce que le capitalisme français fait à l’étranger, c’est se voiler la face. Paris a fait littéralement son shopping dans la péninsule, et crie au patriotisme quand un investisseur italien, leader européen du secteur de surcroît, acquiert une position à la régulière. À la demande de la France.

Aujourd’hui, Bruno Le Maire va tenter de déminer le terrain en proposant d’élargir la coopération au militaire. Il convient d’évacuer rapidement les ambiguïtés. Une chose est de prôner une relance de l’Europe, qui ne saurait reposer uniquement sur l’axe avec Berlin. Une autre d’attiser le patriotisme économique. L’Italie est un partenaire essentiel. Si essentiel d’ailleurs que, selon la presse transalpine, le couple Macron aurait même choisi les Pouilles pour un peu de repos, courant août.

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