L’Allemagne et la France haussent le ton face à Moscou

Angela Merkel, Jean-Claude Juncker et François Hollande. [Reuters]

Berlin est en train de réfléchir à des sanctions contre la Russie par rapport à son implication en Syrie. De son côté, Paris envisage de demander à la Cour pénale internationale d’enquêter sur les crimes de guerre perpétrés par les forces russes et syriennes à l’est d’Alep.

L’Allemagne considère la possibilité d’imposer de nouvelles sanctions contre la Russie, dont les bombardements touchent des hôpitaux et des civils dans la seconde plus grande ville de Syrie, Alep, ont affirmé des diplomates le 10 octobre.

Moscou continue de nier qu’elle attaque des civils et dit cibler des groupes terroristes.

La ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a qualifié les bombardements de « crimes de guerre ». « Nous devrions contacter la Cour pénale internationale pour voir de quelle manière elle pourrait lancer une enquête », a-t-il déclaré sur France Inter.

Jean-Marc Ayrault a également laissé entendre que la visite du président russe Vladimir Poutine en France le 19 octobre pourrait être annulée, expliquant que François Hollande n’accueillerait pas son homologue russe juste pour des « civilités » commerciales.

Soutien russe « inacceptable »

Le président français n’est pas sûr de s’entretenir avec Vladimir Poutine lors de sa visite à Paris et a qualifié le soutien de la Russie aux bombardements syriens d’ « inacceptable », lors d’une interview à la télé diffusée le 9 octobre.

La population de l’est d’Alep, une ville durement bombardée, « est aujourd’hui victime d’un crime de guerre. » « Ceux qui commettent ces actes devront les assumer, notamment devant la Cour pénale internationale. »

Le secrétaire d’État américain, John Kerry a également appelé à une enquête pour crime de guerre la semaine dernière.

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« Il est très dangereux de jouer avec de tels mots car des crimes de guerre pèsent aussi sur les épaules des responsables américains », a déclaré la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, selon l’agence de presse RIA.

Reste à savoir comment la Cour pénale internationale (CPI) va procéder puisqu’elle n’a pas les compétences pour traiter les crimes en Syrie, car le pays n’est pas membre de la CPI.

Il semblerait que le seul moyen de faire parvenir l’affaire auprès de la Cour serait par la saisine du Conseil de sécurité de l’ONU, qui est actuellement dans l’impasse sur le cas syrien. En mai 2014, Moscou a opposé son véto à une résolution de la France pour envoyer la question syrienne devant la CPI.

Maja Kocijancic, porte-parole de la Commission, a confirmé qu’elle avait vu des articles parlant de possibles sanctions pour la Russie, mais a répété que l’unanimité était nécessaire pour prendre une telle décision.

Elle a déclaré qu’il fallait attendre de voir quelles propositions seraient mises sur la table avant le Conseil Affaires étrangères du 17 octobre. La rencontre des ministres a pour but de préparer le sommet européen des 20 et 21 octobre, où les relations UE-Russie seront à l’ordre du jour.

À l’origine, le sommet prévoyait d’explorer l’amélioration des relations tendues avec la Russie face à l’irritation de certains États membres vis-à-vis des sanctions imposées à Moscou pour son rôle dans la crise ukrainienne.

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Néanmoins, entre temps le climat des relations avec la Russie s’est empiré. Moscou transfèrerait des systèmes de missile Iskander-M vers l’enclave russe de Kaliningrad, à la frontière polonaise.

Ces missiles ont une portée de 480 km et peuvent transporter des ogives conventionnelles ou nucléaires. Un missile Iskander à Kaliningrad peut atteindre des cibles en Pologne et dans toute la région baltique.