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20/02/2017

Rutte et Schulz, deux visions opposées de l’avenir de l’Europe

L'Europe dans le monde

Rutte et Schulz, deux visions opposées de l’avenir de l’Europe

Mark Rutte et Martin Schulz

Le Premier ministre néerlandais et l’ancien président du Parlement européen se sont affrontés sur la stratégie de relance de l’Europe au Forum de Davos, illustrant les divisions profondes au sein de l’UE.

Le 19 janvier, des centaines de personnalités politiques et des affaires assistant au forum de Davos ont été témoins de la fracture profonde qui divise les dirigeants européens .

Lors d’un débat, Martin Schulz, qui vient de démissionner de son poste de président (S&D) du Parlement européen, s’est félicité des efforts accomplis par le passé et a souligné la nécessité d’avancer sur le chemin de l’intégration. Des déclarations qui ont irrité Mark Rutte, Premier ministre néerlandais (conservateur libéral), qui lui a intimé d’« abandonner ces idées romantiques », qui sont pour lui « le moyen le plus rapide de désintégrer l’Europe ».

L’Europe a besoin « d’une approche pragmatique et de [moins de] discours poétiques », a-t-il martelé, avant d’assurer que le principe d’une « Union toujours plus étroite » était « mort et enterré ».

>> Lire : L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Ce principe est pourtant considéré comme l’un des moteurs du projet européen et a été inclus au traité de Rome, qui a instauré l’Europe telle qu’elle existe aujourd’hui, il y a 60 ans. Or, pour le Néerlandais, les expériences des pères fondateurs, comme Helmut Kohl ou François MItterand, ne peuvent être « un modèle pour l’avenir ».

Martin Schulz s’est défendu en assurant ne pas être un « romantique », mais un « Allemand ». Il a ensuite été applaudi quand il a rappelé les liens émotionnels qui ont uni le continent dans la paix et la prospérité après la Deuxième Guerre mondiale.

L’affrontement entre les deux Européens a commencé dès le début de leur intervention, quand Mark Rutte a affirmé que la France et l’Italie devaient faire plus d’efforts en termes de réformes économiques pour sauver l’Europe. Si certains pays ne respectent pas leurs promesses, a-t-il insisté, il sera de plus en plus difficile pour les dirigeants du nord de l’UE, comme lui-même, de convaincre leurs citoyens de la nécessité de se serrer la ceinture. « Au final, cela aura un impact dévastateur sur l’intégration européenne », a-t-il prédit.

Martin Schulz est pour sa part d’avis qu’il faut être « très prudent » et que dicter une ligne de conduite à un autre pays pouvait aussi mener à la fragmentation du bloc européen. Pour lui, la responsabilité des échecs est plutôt à chercher du côté de la Commission et du Conseil, qui font des recommandations fiscales et macroéconomiques aux gouvernements nationaux.

Au fur et à mesure de l’intensification de la joute verbale, Ana Botín, PDG de Santander et médiatrice du débat, a tenté de concilier la vision pragmatique de Mark Rutte à l’appel émotionnel de Martin Schulz. Elle a notamment appelé l’UE à trouver « une culture commune, un objectif commun et une vision partagée », afin de faire face aux difficultés actuelles et de combler le fossé Nord/Sud.

« Nous avons besoin de changement, et maintenant », a-t-elle assuré, ajoutant que l’Europe se trouve à un tournant, après le référendum britannique et étant donnée la situation mondiale instable.

L’affrontement entre le conservateur libéral et le socialiste illustre bien les difficultés rencontrées par les décideurs européens dans leurs efforts pour maintenir l’UE dans sa position de force alors qu’ils ont des visions différentes de sa raison d‘être.

Pour Frans Timmermans, vice-président de la Commission européenne, la priorité est aujourd’hui de restaurer la confiance et de couper court à la division Nord/Sud. Il a ainsi prévenu que la « bataille idéologique » en cours se jouait entre ceux qui entendaient se protéger en fermant leur société et les défenseurs d’une société ouverte comme réponse aux problèmes actuels.

D’une manière générale, Frans Timmermans, qui a été ministre des Affaires étrangères sous le gouvernement Rutte, a fait profil bas durant l’accrochage entre le Néerlandais et l’Allemand. Il a cependant souligné qu’il ne croyait pas en « une Europe purement utilitaire » et fondée uniquement sur ses résultats.

>> Lire : Timmermans : « Le projet européen peut échouer ! »

Pour lui, les libéraux « ont tort » quand ils disent que les marchés pourraient tout réguler sans intervention des gouvernements, et « même Davos est de cet avis ». Au contraire, insiste-t-il, « les gouvernements sont plus importants qu’avant », parce que « ce monde ne profiterait à personne sans gouvernance ».

Prochaines étapes

  • 17-20 January: World Economic Forum, Davos (Switzerland).

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