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07/12/2016

Dans les îles grecques, le cauchemar s’accentue

L'Europe dans le monde

Dans les îles grecques, le cauchemar s’accentue

Les canots échoués pneumatiques se multiplient sur les plages grecques.

[Ann Wuyts/Flickr]

La non-application des décisions prise lors du dernier sommet européen crée des situations inédites dans les îles grecques, durement frappées par la crise des réfugiés.

Le 28 février, Athènes a prévenu que le nombre de réfugiés et migrants sur son sol le mois prochain pourrait être multiplié par trois, voire plus, pour atteindre 70 000 personnes. Les pays des Balkans ont en effet décidé de limiter le nombre de personnes qu’ils laissaient passer, piégeant des milliers de réfugiés le long de la frontière grecque, ce qui a occasionné des heurts plus tôt dans la journée.

Lors d’une interview avec EurActiv la semaine dernière, le ministre de l’Immigration grec, Ioannis Mouzalas, a assuré que la Grèce n’était pas au bout de ses peines et que la situation resterait difficile au moins jusqu’au prochain sommet UE-Turquie.

« La Grèce est en difficulté et le restera, des dizaines de milliers de réfugiés et d’immigrants illégaux resteront dans notre pays […] Nous voulons offrir des conditions de vie décentes à ces personnes, avec la dignité qui caractérise les Grecs, malgré ces grandes difficultés », a-t-il indiqué.

Il a souligné le fait que le pays n’avait pas eu assez de temps pour se préparer à une crise de cette ampleur, surtout que certains États membres ont décidé de passer outre les décisions du Conseil et isolé la Grèce en fermant leurs frontières.

>> Lire : La Grèce dénonce « l’erreur monumentale » de l’Autriche

Une situation qui frise le film d’horreur

Selon les informations obtenues par EurActiv, la situation dans l’archipel de Dodécanèse, en mer Égée, frôle le film d’horreur. En fonction de la météo, entre 300 et 500 migrants arrivent tous les jours à Leros, une île de 7 000 habitants, en général via l’île voisine, Farmakonisi. Ces migrants prennent la mer de Didim, sur la côte égéenne de la Turquie. La plupart des arrivants sont syriens, mais il y a également des Palestiniens, des Irakiens et des Afghans, qui ne sont pas considérés comme demandeurs d’asile.

« Les trafiquants les envoient à Farmakonisi […], puis les bateaux Frontex anglais et finlandais les identifient et les transfèrent sur Leros », a expliqué une source, sous couvert de l’anonymat. « Les passeurs ont en général des armes et sont pour la plupart des Turcs ou des Kurdes de Turquie. »

Les sources d’EurActiv parlent des détails « cauchemardesques » de la vie quotidienne sur l’île. « Étant donné l’absence de grande morgue sur l’île, de nombreux corps ont été entreposés dans des réfrigérateurs habituellement utilisés pour vendre des glaces », assure un habitant. « Quand il faut s’occuper de beaucoup de corps dans la même semaine, que peut-on faire ? Nous essayons de gérer la situation, mais nous manquons d’équipement […] et le mécanisme européen de protection civile n’est pas très efficace. »

Athènes a également fait appel au mécanisme de protection civile, établi en 2001 afin d’encourager la coopération entre les autorités de protection civile en Europe. Sa contribution à la gestion de la crise des réfugiés a cependant été jugée peu satisfaisante. Des 26 ambulances demandées par Athènes, aucune n’aurait encore été livrée.

>> Lire : La Grèce accuse la Commission de vouloir l’isoler

Hotspot

Le hotspot de Leros est entré en service la semaine dernière et les agents Frontex y appliquent deux procédures, l’enregistrement et le débriefing. Pendant la procédure d’enregistrement, ils identifient les réfugiés, notent sa nationalité et prennent des photos et leurs empreintes digitales, qu’ils enregistrent dans la base de données européenne Eurodac. La majorité des arrivants n’a pas de documents d’identité.

Selon une source, un des documents Frontex a deux cases pour la nationalité : à gauche la nationalité déclarée par l’arrivant, à droite l’hypothèse de l’agent après un bref dialogue.

>> Lire : Le droit européen bloque le partage des empreintes digitales des réfugiés

Le débriefing consiste en un entretien individuel entre un agent et l’arrivant. L’agent tente de comprendre mieux le caractère de la personne en face de lui, de déterminer comment elle vivait et d’obtenir des informations sur les passeurs et trafiquants.

Une catastrophe économique

L’arrivée massive de migrants a bien entendu porté un coup fatal au tourisme en mer Égée. Selon Kathimerini, les réservations sur l’île de Lesbos ont diminué de 90 %, celles de Chios de 60 % et celles de Samos de 40 %. Les hôteliers de Chios estiment que l’été prochain sera la pire saison touristique depuis 40 ans.