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05/12/2016

La Hongrie qualifie la crise des réfugiés d’« exode massif »

L'Europe dans le monde

La Hongrie qualifie la crise des réfugiés d’« exode massif »

« Ce n’est plus une crise des réfugiés, c’est une vrai exode. »

[Fotomovimiento/Flickr]

À la frontière hongroise, le flux de réfugiés est constitué de personnes de 100 nationalités différentes. La preuve que la crise des réfugiés est devenue un problème d’immigration, assure un porte-parole hongrois.

Zoltán Kovács, porte-parole du gouvernement hongrois, s’est adressé aux journalistes bruxellois le 13 juin afin d’expliquer la position de son pays sur l’immigration, et notamment l’érection d’une barrière à la frontière avec la Serbie, mesure vivement critiquée.

Les réfugiés syriens arrivant en Hongrie ne sont plus qu’à la troisième, quatrième, ou même cinquième place des arrivées en Hongrie, en fonction des jours. Cela prouve bien que les migrants viennent d’autres régions du monde et que l’Europe n’est plus face à une crise des réfugiés, mais à un gros problème d’immigration, indique le porte-parole hongrois.

Malgré la réduction du nombre de réfugiés, la pression est toujours là. Les mesures mises en place aux frontières n’ont en effet pas empêché 15 000 réfugiés d’arriver dans le pays.

Porte d’entrée vers l’UE

Le représentant hongrois indique que si la route des Balkans, qui faisait de la Hongrie la porte d’entrée vers l’UE, est à présent sous contrôle, cela n’a rien à voir avec l’accord conclu entre l’UE et la Turquie afin d’arrêter les migrants avant leur arrivée en Grèce, mais plutôt aux mesures individuelles prises par certains États, membres ou candidats à l’adhésion.

Pendant des mois, la route des Balkans a constitué un flot presque incontrôlé de réfugiés transitant par la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie et tentant d’arriver en Allemagne, en Autriche ou en Suède. La Hongrie et les autres pays du groupe de Visegrád (la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie) ont apporté de l’aide à la Macédoine pour qu’elle rende sa frontière avec la Grèce hermétique. Des milliers de migrants se sont donc retrouvés coincés en Grèce. Au même moment, la Commission créait une politique de relocalisation des réfugiés en quotas dans les États membres.

>> Lire : L’UE tente d’empêcher une « crise humanitaire » sur la route des Balkans

« Notre collaboration avec la Macédoine et la Serbie a été plus fructueuse que l’ensemble de l’approche européenne », insiste Zoltán Kovács. « Les mécanismes efficaces de gestion de la crise ne sont pas des actions communes ou plus de solutions européennes, mais des efforts des États membres eux-mêmes. »

Ainsi, selon le porte-parole, la vraie division existant entre les États de l’UE est la séparation des pays qui font de vrais efforts pour appliquer les politiques européennes, dont Schengen, et ceux qui ont capitulé et ont laissé des flux de migrants entrer dans l’UE sans aucun contrôle. En Allemagne, il y a encore « des centaines de milliers » de personnes non identifiées, assure-t-il.

>> Lire : Les pays de Visegrád veulent revoir les frontières de l’UE

« Nous estimons que les propositions de la Commission, des institutions européennes, tentent de gérer des conséquences de ce qui nous arrive. Leur formulation elle-même est parlante. Ces propositions tentent de suggérer que nous devrions gérer la migration, au lieu de stopper la migration », poursuit-il.grie de mettre en place un « Schengen 2.0 », qui permettrait de renforcer les frontières externes, notamment grâce à des hotspots installés hors de l’espace Schengen.

« Schengen 2.0 »

« Si nous continuons sur notre lancée, en laissant des gens tenter d’abuser du système d’asile européen, en demandant directement l’asile politique, nous allons répliquer la situation de l’année dernière », soit plus d’un million de réfugiés arrivés sur le sol européen, prévient-il.

La Hongrie a identifié plus de 100 pays d’origine des migrants, ce qui montre clairement qu’il ne s’agit plus d’une crise des réfugiés, soutient le diplomate.

« Si nous laissons ces personnes arriver aux frontières de l’Europe, et surtout aux frontières de l’espace Schengen, nous ne pourrons pas mettre un terme à la mauvaise utilisation du système d’asile », martèle-t-il.

>> Lire : Orbán fait une tournée européenne pour un «Schengen 2.0»

La Hongrie prévoit d’organiser un référendum sur les quotas de réfugiés obligatoires. La question est à présent examinée par la Cour constitutionnelle, qui rendra un verdict cette semaine ou la semaine prochaine. Le vote devrait avoir lieu fin septembre ou début octobre, précise le porte-parole.

>> Lire : La Commission dénonce le référendum hongrois sur les quotas de migrants

La Commission a récemment proposé que les pays qui rejettent le programme de relocalisation soient soumis à une amende de 250 000 euros par migrant refusé. Une mesure « absurde », selon Zoltán Kovács, qui souligne que cette somme est plus élevée que ce que gagne un ingénieur ou un enseignant durant toute sa vie.

« Nous estimons que le système de quotas est une fausse mesure de solidarité. Est-il vraiment conseillé de forcer un État membre ou des États membres à accepter des politiques à cause de l’échec d’autres États ? Je fais ici référence au comportement de certains grands États membres l’an dernier, quand ils ont refusé d’appliquer le système de Dublin et les protocoles de Schengen, sans consulter les autres États », ajoute-t-il.

>> Lire aussi : Pour les réfugiés, «la Hongrie n’a rien donné, pas même une couverture»

La question de l’immigration sera abordée lors du sommet des 28 et 29 juin, qui se penchera également sur les conséquences du référendum britannique sur l’Europe.