Juncker appelle Berlin à tenir les rênes de ses services de renseignements

Jean-Claude Juncker [European Commission]

Le service secret allemand est accusé d’avoir aidé la NSA à obtenir des informations secrètes en France et à Bruxelles. Des activités d’espionnage sur lesquelles il est difficile pour l’UE de garder le contrôle, a reconnu Jean-Claude Juncker. 

Le service des renseignements allemand, le BND, a espionné certains représentants français et l’UE pour le compte de Washington. Quand des journalistes lui ont demandé de réagir, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a assuré qu’il était très difficile de contrôler les services secrets.

Il semblerait que le centre d’écoute américaine de la ville allemande de Bad Aibling ait espionné le palais présidentiel et le ministère des Affaires étrangères français, ainsi que la Commission européenne. L’agence de sécurité nationale américaine, la NSA, aurait également espionné certaines entreprises européennes.

Le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas De Maiziere, nie que l’affaire a été étouffée. Le ministre a été vivement critiqué en Allemagne pour avoir autorisé les services de renseignements à rompre les strictes lois allemandes sur la vie privée et à utiliser l’Allemagne comme base pour espionner les gouvernements européens – dont le gouvernement allemand.

Le BND aurait ainsi récolté des informations sur certaines entreprises européennes à la demande de Washington, qui voulait savoir si elles enfreignaient les embargos commerciaux.

>> Lire : L’UE demande aux États-Unis d’arrêter immédiatement l’espionnage

Jean-Claude Juncker, spécialiste des services secrets

Jean-Claude Juncker est apparu devant la presse avec la présidente croate, Kolinda Grabar-Kitarovic, en visite officielle, pour répondre aux questions des journalistes.

« Un jour, j’ai dit lors d’une réunion avec les commissaires que nous devrions avoir un service secret, parce qu’il y a des agents à Bruxelles. Je ne sais pas s’il y a des agents allemands actifs ici en ce moment, et je ne veux pas faire de commentaires spécifiques, même si je suis une sorte de spécialiste des services secrets. Je sais qu’il est très difficile de les garder sous contrôle », a assuré le président de la Commission, en référence au scandale qui a touché son gouvernement luxembourgeois en juillet 2013.

Une enquête avait alors révélé que SREL, le service de renseignement luxembourgeois, avait lancé des opérations d’écoute illégales entre 2007 et 2009, ainsi que des opérations secrètes en Irak, à Cuba et en Lybie.

Jean-Claude Juncker a affirmé qu’il relevait à présent des autorités allemandes de se saisir du problème. Il a également confirmé qu’il était inacceptable d’espionner ses alliés.

À la question de savoir si ces révélations auraient un impact sur les négociations du partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP), le président de la Commission a joué la carte de la prudence, indiquant qu’il n’avait aucune preuve des accusations portées et qu’il serait irresponsable de sa part de donner une réponse sur le sujet.

Un service secret pour la Commission ?

Quelques minutes plus tard, son porte-parole, Margaritis Schinas, a expliqué en souriant que l’exécutif européen serait « un peu déçu si ses activités n’attiraient pas l’intérêt » d’autres puissances. Il a néanmoins ajouté que des enquêtes devraient être lancées par les autorités nationales, étant donné que la Commission ne disposait pas d’un service secret.

Pas d’inquiétude à avoir quant à la protection des informations concernant la Commission, apparemment, puisque le porte-parole assure que « nous sommes sur le coup ».

Thomas De Maiziere a demandé que le rapport interne du BND soit présenté à une commission parlementaire « le plus rapidement possible ».

L’ampleur extraordinaire des opérations de surveillance de la NSA en Europe, et notamment d’opérations d’espionnage lancées avec le GCHQ britannique, a été dévoilée en 2013 par le lanceur d’alerte Edward Snowden.

L’Allemagne s’était à l’époque indignée de ces opérations, qui incluaient apparemment la surveillance du téléphone portable d’Angela Merkel. Les révélations avaient quelque peu refroidi les relations diplomatiques entre Berlin et Washington.

En juillet dernier, l’Allemagne notamment a expulsé un agent de la CIA basé à l’ambassade américaine. Selon les rapports publiés à l’époque, certains responsables des renseignements allemands auraient espionné pour le compte de la NSA.

Le 29 avril, le parti allemand de gauche Die Linke a accusé le gouvernement allemand de « mentir » sur les activités de la NSA. Les médias parlent aujourd’hui de tentatives de la NSA d’obtenir des informations sur Airbus et Helicopters via le BND allemand.

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