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05/12/2016

Juncker accuse Erdogan de surréagir à une chanson satirique allemande

L'Europe dans le monde

Juncker accuse Erdogan de surréagir à une chanson satirique allemande

Actuellement sous les deux de la rampe, le programme Extra 3 de la chaine télé NDR a élu Erdoğan son "employé du mois".

La décision d’Ankara de convoquer l’ambassadeur allemand après une chanson parodique diffusée sur la télé allemande est contraire aux valeurs démocratiques, selon le président de la Commission européenne.

Le ministre turc des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur allemand, Martin Erdmann, le 22 mars, à propos d’une chanson satirique diffusée pendant l’émission « Extra 3 » de la chaine allemande NDR, rapporte le Spiegel.

La vidéo, intitulée « Erdowie, Erdowo, Erdoğan », juxtapose des photos d’Erdoğan et des séquences filmées des sévices de la police envers des manifestants.

La chanson s’attaque notamment à la mainmise de la Turquie sur la presse. « Un journaliste qui écrit quelque chose qui ne plaît pas à Erdoğan se retrouve le lendemain derrière les barreaux », ironise la chanson.

Ce n’est pas la première fois que le problème de la liberté de la presse crée des tensions entre l’UE et la Turquie. En effet, le Premier ministre turc a également critiqué la présence et le comportement de diplomates européens lors du procès de deux journalistes accusés d’espionnage. Plus important encore, lors du dernier sommet européen du 18 mars, Jean-Claude Juncker a défendu la Belgique face au président turc qui accusait le pays abritant les institutions européennes de soutenir des groupes terroristes.

>> Lire : Des ONG quittent la Grèce pour dénoncer l’accord UE-Turquie

Interrogée sur les tentatives de la Turquie d’intimider la liberté des médias européens, la porte-parole de la Commisson, Mina Andreeva, a répondu : « Le président Juncker n’apprécie pas cette décision de convoquer l’ambassadeur allemand à cause d’une chanson satirique. Il pense qu’elle ne fait qu’éloigner davantage la Turquie de l’UE, au lieu de la rapprocher. Il apprécie néanmoins notre coopération et nos intérêts partagés pour faire face aux défis communs. Par ailleurs, cette décision n’est pas en adéquation avec le respect de la liberté de la presse et de la liberté d’expression, valeurs auxquelles l’UE tient énormément ».

Ironiquement, les relations UE-Turquie ont été redynamisées grâce aux efforts de l’Allemagne pour obtenir la coopération d’Ankara afin de juguler l’afflux de réfugiés sur les îles grecques situées dans la mer Égée.

La chaine NDR, quant à elle ravie de la publicité que lui fait cette brouille diplomatique, a élu Recep Tayyip Erdoğan son « employé du mois ».