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22/01/2017

Les paris, une passion dangereuse au Kenya

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Les paris, une passion dangereuse au Kenya

Les paris sont de plus en plus considéré comme un gagne-pain au Kenya.

Les sociétés de paris kényans connaissent un succès sans précédent, avec leur cortège d’addiction, de dépression, et même de suicides. Un article d’EurActiv Allemagne.

En juillet, une société de paris kényane a noué un partenariat de sponsor avec le club de première ligue anglais, Hull City, une nouvelle historique pour le sport dans le pays d’Afrique de l’est.

La société en question, SportPesa, a été mise sur pied en 2013 et a accumulé assez d’argent pour passer des clubs de première ligue kényans à des équipes d’envergure internationale. Il s’agit d’une des nombreuses sociétés de paris qui foisonnent au Kenya en promettant des richesses immédiates. Un business qui profite surtout des citoyens les plus pauvres.

L’organe régulateur de l’industrie, le conseil de licence et de contrôle des paris, estime à près de 30 le nombre de bookmakers licenciés pour des paris sportifs.

>> Lire : La justice européenne absout les jeux d’argent en Allemagne

Une dizaine d’entre eux ciblent les utilisateurs de téléphones mobiles et tablent sur la pénétration de la technologie dans le pays, qui se double d’une utilisation croissante des transactions mobiles. Selon Price Waterhouse Coopers (PWC) les recettes annuelles de l’industrie pèsent quelques 18 millions d’euros par an dans le pays. Un chiffre d’affaire qui devrait augmenter pour atteindre les 45 millions dans les trois ans à venir.

Le Kenya, et par extension toute l’Afrique, est devenu un terreau fertile pour les organisateurs de paris grâce à des lois très laxistes.

L’industrie est d’ailleurs assez confiante pour quitter la sphère du sport. Micheza, une des sociétés de jeux, offre ainsi l’occasion aux enthousiastes de prédire qui sortira vainqueur des élections américaines en novembre.

Des images de gagnants recevant des chèques mirobolants s’affichent dans la presse de manière quotidienne. La majorité de ces gagnants sont des citoyens ordinaires, des mécaniciens, des cuisiniers, des étudiants. C’est cette proximité qui séduit tellement de Kényans, mais derrière cette façade et le battage médiatique se cachent des histoires de dépression, de familles écartelées, parfois de suicides.

Les psychologues s’inquiètent d’une tendance chez les parieurs, et particulièrement les jeunes, qui ne considèrent plus les paris comme un jeu, mais comme une réelle façon de gagner de l’argent.

« La jeunesse de ce pays est censée être la plus productive. Les jeunes ont du talent, de l’énergie et vivent à une époque qui devrait les rendre très productifs, mais un nombre inquiétant de jeunes gens pensent qu’ils peuvent gagner de l’argent sans travailler. Cela encourage une culture de fainéantise », estime le Dr Crispus Anakwa, un psychologue qui traite de nombreux cas de dépression, notamment liés à la frustration de ne pas gagner ses paris.

Un exemple parmi tant d’autres : à Eldoret, dans l’ouest du pays, Kennedy Kosgei a fait un emprunt de 450 euros auprès d’une banque pour les parier sur un club de football espagnol, le Real Madrid. Le club a perdu face à son adversaire, l’Atletico. Le parieur a été retrouvé pendu à un arbre.

Un employé de banque de Nairobi avait quant à lui emprunté et misé près de 5 000 euros sur le club madrilène. Une perte qui a poussé sa femme à le quitter.

Si les sociétés de paris encouragent la mesure et publient des avertissements, peu de leur clients les lisent. La technique favorisée est de placer le plus de paris possibles, disponibles dès 50 centimes, afin d’augmenter les chances de gagner.

Martin Kimwaki menait une carrière florissante dans l’immobilier de l’Afrique de l’est. Après dix ans, il n’est cependant plus parvenu à contrôler sa passion pour les jeux d’argent.

« Ce qui a débuté comme une forme de loisir a dégénéré en addiction qui ne m’a pas seulement ruiné économiquement, mais m’a aussi couté mon emploi. Jusqu’au trois quarts de mon salaire passait dans les paris. Quand je perdais des paris, je misais encore plus d’argent pour essayer de me refaire, mais je continuais à perdre », explique-t-il.

Martin Kimwaki a perdu pied quand son salaire n’a plus suffit à assécher sa soif de paris. Il a commencé à emprunté à son entreprise. Angoissé par ses pertes, il lui arrivait de disparaître. Il n’a pas tardé à être renvoyé.

Ces histoires éprouvantes atteignent aujourd’hui des proportions épidémiques et ont poussé le parlement à envisager une loi pour limiter les dégâts. Le ministre au Sport et à la Culture a pour sa part introduit une directive pour empêcher l’établissement de nouvelles sociétés de paris sportifs.

Pour l’instant, cela ne suffit pas à stopper l’explosion du nombre de parieurs, et donc de pertes.