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22/01/2017

L’Allemagne tente de décourager les migrants en Albanie

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L’Allemagne tente de décourager les migrants en Albanie

Gare routière de Berat, Albanie. De plus en plus d'Albanais entament le voyage en bus vers l'Allemagne dans l'espoir d'obtenir un permis de séjour.

[Zachary Korb/Flickr]

L’Allemagne est la destination principale des demandeurs d’asile albanais. L’ambassade allemande à Tirana a donc décidé d’avertir les candidats de leurs maigres chances et des escroqueries des passeurs.  Un article du Tagesspiegel.

« Pas d’asile économique en Allemagne ». L’avertissement est apparu en majuscules dans six grands journaux albanais mi juin. Cette campagne publicitaire d’envergure est la réponse de Berlin au nombre toujours plus élevé de demandeurs d’asile albanais. Dans six journaux, et notamment Shekulli et Shqip, les plus lus du pays, l’ambassade allemande à Tirana met donc en garde les Albanais contre les « profiteurs sans scrupules » qui « racontent des contes de fées où les demandes d’asiles sont acceptées et les migrants trouvent un emploi et un appartement afin de les exploiter ».

Cette campagne fait écho à une initiative similaire lancée par l’Autriche au Kosovo au mois de février. En effet, un nombre important de Kosovars et d’habitants des autres pays des Balkans occidentaux ont pris le chemin de l’Europe récemment. C’est pourtant l’Albanie qui est devenue le « premier pays à problème » pour les autorités allemandes. Le nombre de demandeurs d’asile augmente de manière exponentielle et le quota d’accueil est extrêmement bas. L’an dernier, le taux d’acceptation était de 2,2 %. En 2015, il ne s’élève pour l’instant qu’à 0,6 %.

>> Lire : Au Kosovo, la pauvreté entraîne un exode massif vers l’UE

Selon les informations de l’agence fédérale pour l’immigration et les réfugiés (BAMF), près de la moitié des demandeurs d’asile albanais en Europe ont fait leur demande en Allemagne. La République fédérale a déjà reçu 7 862 premières demandes et 248 demandes de renouvellement de la part d’Albanais. Au mois de mai, l’Albanie était le pays d’origine le plus représenté parmi les demandeurs d’asile, avec 4 743 premières demandes. Quelque 4 319 demandes ont été introduites pas des Kosovars et 4 224 par des Syriens. Des compagnies de bus kosovares se seraient établies dans le nord de l’Albanie pour offrir des voyages bon marché vers l’Allemagne, en ayant recours à des promesses creuses, comme celle d’un emploi immédiat, pour convaincre leurs clients.

Avec un revenu mensuel réel de 280 euros par personne, l’Albanie est l’un des pays les plus pauvres d’Europe. Le taux de chômage officiel est de 18 %. La corruption y fait également des dégâts. Il est par conséquent très tentant pour les habitants d’essayer d’obtenir une carte de séjour pour raison économique en Allemagne ou dans d’autres pays européens. Plus récemment, des membres de la classe moyenne éduquée se sont également mis à quitter le pays.

>> Lire : L’Allemagne, destination de choix pour les migrants

« L’Albanie a besoin de ses jeunes »

Au début du mois de mai, la BAMF avait déjà revu à la hausse ses prévisions initiales pour le nombre d’immigrés albanais. L’essentiel du flux de demandeurs d’asile albanais n’était pas prévisible avant cela, avait alors déclaré Manfred Schmidt, président de l’agence.

« Nous avons observé à de nombreuses reprises que nombre d’Albanais partent pour l’Allemagne en se fondant sur des informations fausses », explique l’ambassadeur allemand à Tirana, Hellmut Hoffmann. « Nous tentons de contrer [cette désinformation] en faisant connaître les faits et en donnant des explications sur la situation légale réelle. »

L’ambassade informe également les Albanais des moyens légaux de se rendre en Allemagne pour y chercher du travail. « Il est dans l’intérêt commun des autorités albanaises et allemandes de limiter le nombre de personnes qui quittent leur pays. L’Albanie a besoin de ses jeunes pour faire avancer le pays. »

« Attirés par des gangs de trafiquants »

Le président de la BAMF s’est rendu dans la capitale albanaise pour se faire une idée plus précise de la situation dans le pays. « Presque aucun demandeur d’asile albanais qui entre en contact avec nous n’est persécuté dans son pays », a-t-il expliqué au Tagesspiegel. C’est la raison pour laquelle si peu d’entre eux obtiennent le statut de réfugiés en Allemagne. « Nombre d’entre eux sont attirés en Allemagne par les fausses promesses de gangs organisés de trafiquants », poursuit Manfred Schmidt. Les autorités compétentes espèrent être en mesure de traiter les demandes d’asile albanaises plus efficacement grâce à cette campagne d’information. « Dans le cas du Kosovo, ce type de mesures a permis de réduire l’immigration. Nous devrions donc arriver au même résultat avec l’Albanie. »

Le message est cependant un peu moins diplomatique dans les publicités apparaissant dans les pages des journaux albanais. « Les demandes d’asiles enregistrées en Allemagne pour raison économique sont rejetées par principe ». « La pauvreté, la maladie ou la recherche d’emploi ne sont pas des justifications reconnues. » « Les offres d’emploi en Allemagne sont exclusivement offertes aux universitaires reconnus et aux travailleurs qualifiés dans certains domaines spécifiques », peut-on notamment y lire.

Les avertissements musclés de l’ambassade stipulent aussi que les personnes qui sont expulsées du territoire ne peuvent plus entrer en Allemagne ou dans le reste de l’espace Schengen pendant plusieurs années. « Ne ruinez pas l’avenir de vos enfants en abandonnant vos moyens de subsistance dans votre lieu de résidence actuel ! Votre situation ne sera que plus difficile à votre retour en Albanie. »

>> Lire aussi : L’Allemagne attend un nouveau système d’asile européen

Contexte

La crise de l’immigration ne touche pas seulement les pays bordant la Méditerranée. Depuis quelques mois, le nombre de migrants qui tentent d’entrer en Europe depuis les États balkaniques est également en augmentation.

L’Allemagne est la destination la plus prisée des immigrants arrivant en Europe. C’est aussi le pays industrialisé qui a connu la plus forte hausse d'immigration ces dernières années. Les dernières statistiques de l'OCDE montrent que pas moins de 465 000 personnes se sont installées dans le pays en 2013, deux fois plus qu'en 2007.

Depuis 1999, l'UE travaille à la création d'un système européen commun d'asile et se penche sur l'immigration pour des raisons humanitaires et politiques. De nouvelles règles européennes ont été approuvées. Elles définissent des normes communes et des critères de coopération afin de garantir le traitement équitable des demandeurs d'asile dans le cadre d'un système ouvert et juste. Et ce peu importe le pays dans lequel ils formulent leur demande.

Les États membres de l'UE ont toutefois rejeté une proposition de la Commission européenne, qui visait à appliquer le principe de solidarité et à rediriger les demandeurs d'asile des pays les plus touchés par l'arrivée de migrants vers d'autres États membres.

L’immigration économique n’entre cependant pas dans le cadre de ces possibles changements.

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