L’UE condamne Téhéran après l’exécution de Fatemeh Salbehi

Federica Mogherini and Mohammed Javad Zarif

Federica Mogherini et Mohammed Javad Zarif [European Union, 2015]

L’Iran a infligé la peine de mort à une femme qui, mariée de force, a tué son mari lorsqu’elle avait 17 ans à peine. L’Union européenne s’en insurge.  

Dans une déclaration sévère du 14 octobre, la diplomatie européenne condamne l’exécution de Fatemeh Salbehi, pendue pour un crime qu’elle avait commis en mai 2010, à l’âge de 17 ans. Cette réprobation survient trois mois seulement après l’accord historique sur le programme nucléaire de l’Iran, négocié, entre autres, par l’UE.

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Selon Amnesty International, Fatemeh Salbehi avait été condamnée à mort pour le meurtre de son mari, Hamed Sadeghi, 30 ans, qu’elle avait été forcée d’épouser à l’âge de 16 ans. 

« Le recours à la peine de mort est cruel, inhumain et dégradant dans tous les cas, mais il est particulièrement choquant lorsqu’il vient punir un crime commis par une personne qui était mineure au moment des faits, et que cette sentence est prononcée à l’issue d’une procédure qui vide de son sens la justice pour mineurs », a déclaré Said Boumedouha, directeur adjoint du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d’Amnesty International.

Cette déclaration a été soutenue par Federica Mogherini, qui a rappelé à l’Iran ses engagements internationaux.

« Les peines de mort pour des crimes commis par des personnes de moins de 18 ans sont contraires aux obligations de l’Iran en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et civils et la Convention relative aux droits des enfants », a-t-elle rappelé.

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Fatemeh Salbehi a été pendue à la prison de Chiraz, dans la province du Fars, selon Amnesty International.

Selon l’ONG, une évaluation effectuée par un expert de l’Organisation de la médecine d’État, présentée lors de son procès, indiquait qu’elle était profondément dépressive et avait des idées suicidaires à l’époque de la mort de son époux. Sa condamnation à la peine capitale a toutefois été confirmée la même année par la Cour suprême iranienne.

Selon Amnesty, cette exécution « met en évidence les défaillances de la justice pour mineurs de ce pays ».

Il s’agit de la deuxième exécution d’un mineur cette semaine en Iran. Samad Zahabi a lui aussi été pendu pour un crime qu’il a commis lorsqu’il avait 17 ans.

« L’Union européenne réaffirme ses inquiétudes quant au nombre élevé d’exécutions en Iran, notamment pour des crimes liés à la drogue, que l’on ne peut pas qualifier de ‘crimes les plus graves’, selon le droit humanitaire international », a déclaré Federica Moghereni dans un communiqué. « L’Union européenne s’oppose fermement à la peine de mort et souhaite son abolition universelle ».

Selon la Coalition mondiale contre la peine de mort, la peine capitale existe encore dans environ 90 États, même si tous ne l’appliquent pas.

Avec 3 000 exécutions en 2014, la Chine est le pays qui a le plus recours à la peine de mort. L’Iran a condamné à mort 714 personnes l’année dernière, les États-Unis 35, l’Autorité palestinienne 27 et l’Arabie saoudite a tué 90 prisonniers.

Le 14 juillet dernier, l’UE faisait partie des six puissances mondiales qui ont conclu un accord sur le programme nucléaire iranien, après plus de 10 ans de négociations sur l’une des problématiques géopolitiques les plus délicates au monde.

Les États-Unis, l’UE et les Nations Unies se sont engagés à lever graduellement les sanctions contre Téhéran en échange de la bonne volonté nucléaire du pays. Israël s’est vivement opposé à cet accord.

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