L’UE prolonge les sanctions économiques contre la Russie

Les dirigeants européens estiment que le Kremlin n'a pas fait les efforts nécessaires à la levée des sanctions. [greg westfall/Flickr]

Tous les États membres de l’Union européenne ont approuvé par « consensus » la prolongation des sanctions économiques contre Moscou jusqu’au 31 janvier 2016, une mesure qui doit être formellement adoptée le 22 juin.

« Les 28 ambassadeurs de l’UE d’accord pour prolonger les sanctions économiques contre la Russie », a tweeté la représentation polonaise auprès de l’UE. « Les ministres des Affaires étrangères finaliseront la décision lundi » à Luxembourg, a-t-elle ajouté.

>> Lire : Accord de l’UE pour prolonger les sanctions contre la Russie jusqu’à fin 2015

Les chefs de diplomatie russe, ukrainienne, française et allemande se rencontreront mardi à Paris dans ce contexte de tensions accrues pour faire le point sur la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu de Minsk de février censé suspendre le conflit militaire dans l’est de l’Ukraine.

« Le texte légal qui prolonge les sanctions jusqu’au 31 janvier a été présenté » aux ambassadeurs de l’UE, « il y avait consensus », a précisé auprès de l’AFP une source européenne.

Ces sanctions, qui frappent des pans entiers de l’économie russe, dont les secteurs des banques, de la défense et du pétrole, empêchés de se financer sur les marchés européens, arrivent à expiration fin juillet. Elles avaient été décrétées il y a 11 mois par les Européens contre la Russie, accusée de soutenir les combattants séparatistes dans l’est de l’Ukraine.

Les États-Unis, qui imposent également des sanctions contre Moscou, se sont félicités de la décision de l’UE, mais le porte-parole du département d’État John Kirby s’est gardé de faire le moindre pronostic sur l’éventualité de sanctions supplémentaires américaines ou européennes.

« On a déjà tout dit sur les sanctions : cela ne nous concerne pas, c’est l’affaire de ceux qui les ont introduites », a réagi de son côté le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, cité dans un communiqué.

Le cessez-le-feu de Minsk prévoit des mesures progressives jusqu’à la fin de l’année pour mettre fin au conflit entre des séparatistes prorusses et Kiev, qui a fait plus de 6 400 morts en plus d’un an.

Évaluer l’accord de Minsk

« L’idée est de prolonger [les sanctions] jusqu’à fin janvier pour pouvoir évaluer la mise en œuvre de Minsk, qui arrive à échéance fin décembre, avant de prendre une nouvelle décision » de prolongation ou d’abrogation, selon la source diplomatique.

>> Lire : L’espoir d’un accord sur l’Ukraine se dessine à Minsk

Si la trêve est globalement respectée, cet accord n’a pas empêché des combats sporadiques et une nouvelle flambée de violence début juin.

Les deux parties ont entamé mardi de nouvelles discussions, mais sans avancée décisive, alors que les mesures socio-économiques et de décentralisation prévues dans l’accord de Minsk n’ont jamais été abordées.

Le président russe Vladimir Poutine a annoncé mardi le déploiement de 40 nouveaux missiles nucléaires. « Des rodomontades de la part de la Russie », lui a rétorqué depuis Bruxelles le patron de l’OTAN, Jens Stoltenberg. « C’est injustifié, c’est déstabilisant et dangereux. »

Les Européens ont imposé des sanctions économiques à la Russie le 29 juillet 2014 après le crash du Boeing de la Malaysia Airlines, probablement abattu par un missile sol-air au-dessus de la zone des combats avec 298 personnes à bord.

Renforcées en septembre 2014, ces sanctions ont contribué aux difficultés de l’économie russe mais sans infléchir l’attitude de Vladimir Poutine.

Elles interdisent également aux Européens de fournir des équipements dans le secteur de l’exploration pétrolière ou des biens à double usage civil et militaire.

« J’espère que cette situation ne va pas durer longtemps car elle va à l’encontre des intérêts de tous les acteurs du marché qui n’ont rien à voir avec ces conflits », a commenté Igor Setchine, PDG du géant pétrolier Rosneft, cité par l’agence publique russe Ria-Novosti.

>> Lire : L’ambassadeur ukrainien réclame une mission de sécurité de l’UE

Contexte

La crise ukrainienne a éclaté quand l'ancien président Viktor Ianoukovitch a annulé le projet d'accord d'association avec l'UE en novembre 2013. Il a préféré se rapprocher de la Russie, engendrant des vagues de protestation qui ont parfois violemment dégénéré et sa destitution en tant que chef d'État.

Moscou a annexé la Crimée en mars à la suite d'un référendum après que les troupes russes se soient emparées du pouvoir dans la péninsule sur la mer Noire. Il s'agit de la crise la plus importante entre la Russie à l’Occident depuis la fin de la guerre froide.

Les militants prorusses contrôlent des bâtiments dans plus de dix villes de l'Est ukrainien après avoir s'être soulevés le 6 avril 2014. Le 11 mai, les rebelles prorusses avaient affirmé avoir remporté une victoire éclatante lors d'un référendum à Donetsk. Pour l'Occident, il s'agit d'un référendum illégal et illégitime.

Depuis, plusieurs cessez-le-feu ont été signés et rompus par les deuc camps.