EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

21/01/2017

La Chine pourrait devenir le principal investisseur étranger du plan Juncker

L'Europe dans le monde

La Chine pourrait devenir le principal investisseur étranger du plan Juncker

La Chine est le premier pays non européen à avoir annoncé sa contribution au plan Juncker, lors de la visite de Jyrki Katainen à Pékin en septembre dernier.

[EBS]

La Chine envisage d’apporter entre cinq et dix milliards d’euros au Plan Juncker. Seuls 9 États membres ont annoncé qu’ils contribueraient au fonds destiné à relancer l’investissement en Europe. 

Pékin pourrait investir entre cinq et dix milliards d’euros dans le Fonds européen pour les investissements stratégiques, ont déclaré des sources proches de la Commission.

Jyrki Katainen, vice-président de la Commission en charge du dossier, s’est rendu en Chine le 29 septembre pour discuter des opportunités d’investissement avec le Premier ministre chinois Li Kequiang et d’autres membres de son cabinet.

« Nous voulons approfondir notre relation économique avec la Chine dans le contexte du plan d’investissement », a assuré Jyrki Katainen. « Je suis convaincu que d’autres investisseurs institutionnels suivront ».

 >> Lire : Le plan Juncker dans les starting-blocks

Les autorités chinoises et européennes examinent ensemble quels instruments pourraient être utilisés pour canaliser l’investissement. La Banque européenne d’investissement a mis en place un groupe de travail afin d’explorer les domaines et les possibilités de cofinancement et de participation de la Chine. Il cherchera également à savoir jusqu’où peut aller l’échange de bonnes pratiques. Le groupe comprendra des experts du Fonds chinois de la Route de la soie, de la Commission et de la BEI.

Jusqu’à présent, neuf États membres ont annoncé qu’ils contribueraient au fonds de garantie qui totalise 21 milliards d’euros. Soutenu par le budget européen, il permettra d’éponger d’éventuelles pertes dans les projets. En juillet, le Royaume-Uni est le dernier à avoir annoncé sa contribution après l’Allemagne, l’Espagne, la France, l’Italie, le Luxembourg, la Pologne, la Slovaquie et la Bulgarie. Londres contribuera à hauteur de 8,5 milliards d’euros, soit la somme la plus élevée à ce jour. 

Participation chinoise controversée

L’investissement chinois dans l’Union a déjà suscité la controverse par le passé. En Grèce, le groupe COSCO [armateur chinois] est accusé de ne payer qu’une fraction des salaires européens et de ne pas respecter les droits européens, relate le syndicat des dockers. Ailleurs, les ouvriers chinois ont été placés dans d’énormes projets d’infrastructure. Reste donc à savoir si l’implication de la Chine permettra de créer des emplois pour les Européens, comme le plan Juncker l’envisage.

Le Royaume-Uni a obtenu le soutien financier de la Chine pour construire une centrale nucléaire à Hinkley. En échange d’une garantie de prêt de 2 milliards de dollars, le Royaume-Uni autorise des entreprises chinoises à construire une centrale nucléaire supplémentaire à Bradwell, dans le comté d’Essex.

>> Lire : Osborne prône le nucléaire face aux renouvelables

Pour le syndicat GMB, qui représente les travailleurs du nucléaire, cet échange est une « trahison » pour les ouvriers britanniques. « La technologie nucléaire chinoise n’est pas prouvée et aucun gouvernement britannique ne devrait envisager de les laisser l’utiliser dans une nouvelle centrale nucléaire à 95 km de Londres » a déclaré Brian Strutton, secrétaire national de GMB pour l’énergie, cité par le Guardian. 

Interrogé sur l’impact de la Chine sur la création d’emplois en UE, Jyrki Katainen a répondu qu’il ne voyait pas beaucoup de travailleurs chinois en Europe impliqués dans le genre de projets que le FEIS veut soutenir. Le commissaire a ajouté que les entreprises chinoises n’auront pas le droit à un « traitement spécial », et qu’elles devront respecter les règles européennes relatives au travail et à l’environnement.

Fraser Cameron, directeur du centre UE-Asie à Bruxelles, a quant à lui déclaré que grâce à la contribution de la Chine au nouveau fonds d’investissement, les deux partenaires en sortiraient gagnants. Pékin a plusieurs visées : elle cherche à accroitre son pouvoir d’influence en Europe et à obtenir le soutien de l’UE sur des sujets tels que la réforme du FMI et de la Banque mondiale. Mais l’Empire du Milieu veut aussi investir dans de grands projets comme des trains à grande vitesse et des centrales nucléaires, a ajouté Fraser Cameron. 

Contexte

Le 25 novembre 2014, la Commission a dévoilé les détails d’un plan d’investissement censé générer 315 milliards d’euros dans l’UE.

Le projet à trois objectifs : lever les obstacles à l’investissement en approfondissant le marché unique ; donner de la visibilité et apporter une aide technique aux projets d’investissement ; et faire meilleur usage des ressources financières nouvelles et existantes. Selon les estimations de l’exécutif, le plan Juncker pourrait ajouter entre 330 et 410 milliards d’euros au PIB de l’UE et créer 1 à 1,3 million d’emplois dans les années à venir.

L’idée sur laquelle a travaillé l’équipe du vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, est celle de créer un nouveau Fonds européen pour les investissements stratégiques grâce à 5 milliards d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et à 8 milliards d’euros de fonds européens existants, contribution susceptible d’être élargie jusqu’à 16 milliards.

Conformément aux conclusions du Conseil européen de décembre 2014, qui invitaient le groupe de la BEI à « démarrer les activités en utilisant ses propres fonds à partir de janvier 2015 », la banque a déjà validé plusieurs projets qui seront préfinancés dans le contexte du plan d’investissement. Le 22 juillet, la Commission a également approuvé une série de mesures pour mettre le FEIS sur pied d’ici l’automne.

La question du manque de liquidité se pose cependant, et certains eurodéputés ont qualifié le plan de « recyclage et réétiquetage » de programmes existants.

Plus d'information