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24/08/2016

La France déclassée sur la scène internationale en 2014

L'Europe dans le monde

La France déclassée sur la scène internationale en 2014

La France avait interdit des manifestations lors de la visite du président chinois Xi Jinping, en mars 2014 © Quai d'Orsay

L’influence française au niveau international a reculé en 2014, selon le centre de réflexion sur les affaires internationales ECFR (European Council on Foreign Relations). De la première position en Europe, la France chute à la troisième. 

L’intervention en Centrafrique, ou la mise en place du format « Normandie » pour les négociations entre l’Occident et l’Ukraine sont bien à mettre au crédit de la France. Pourtant, selon le think-tank spécialisé sur les relations internationales ECFR, l’influence de la France au niveau international n’a pas progressé, mais reculé, en 2014.

Après une analyse fine de 65 thèmes de politiques étrangères européennes, le bilan 2014 donne  en revanche un carton vert à l’Allemagne, qui se hisse à la première position du podium. Sur 17 politiques européennes analysées par l’ECFR, l’Allemagne a mené plus de négociations que n’importe quel autre pays.

Surtout, l’Allemagne ne fait ralentir aucun dossier. Contrairement à la France, qui se qualifie dans la catégorie « tire-au-flanc » (sleaker) sur deux sujets, en l’occurrence sur la négociation du TTIP, et la défense des droits de l’homme en Asie et en Chine,  l’Allemagne ne récolte aucun mauvais points.

Déclassement de numéro 1 à numéro 3

L’une des positions les plus critiquées de la France est celle adoptée sur la question des droits de l’homme en Chine, pour lesquels l’Hexagone adopte un profil bas. L’ECFR s’étonne que Paris ait été jusqu’à interdire la tenue d’une manifestation sur les droits de l’homme lors de la venue de dignitaires chinois en France. Deux manifestations avaient été interdites en mars dernier lors de la venue du président chinois Xin Jiping, des interdictions annulées par le tribunal administratif par la suite .

La France obtient toutefois le rang de 3ième force d’influence au sein de l’UE, en raison de son rôle de leader sur un grand  nombre de dossiers, soit 11 au total, y compris la réponse aux crises comme en République centrafricaine, en Libye. Des situations dans lesquelles elle se trouve plus isolée que leader, comme le rappelle le think-tank, qui estime que la France se retire du  devant de la scène en raison de pratiques un peu perso. 

« Le style pionnier de la France continue de s’exercer dans des domaines d’intérêt stratégique, comme la République centrafricaine et la lutte contre l’Etat Islamique, mais elle n’a su, à aucun niveau, prendre la tête d’une stratégie, notamment sur l’aide à apporter, contrairement à la Grande Bretagne et à la Suède. »

La France affiche toutefois son leadership dans les principaux sujets : les sanctions contre la Russie, assistance aux pays d’Europe centrale, la réponse politique et militaire face à Isis, les relations économiques avec l’Inde, l’action contre le virus Ebola ou la lutte contre le changement climatique.

L’analyse de l’année 2014 s’assimile à un déclassement pour la France, qui s’avérait leader sur 12 thèmes majeurs en 2013 .

10 ans pour rien, mais plus d’unité

Au-delà des notations par pays, l’ECFR relève que la politique étrangère européene s’est solidifiée en 2014 en affichant un front relativement uni face à la Russie. Le think-tank juge toutefois sévèrement la politique passée : « l’illusion d’un partenariat et d’une coopération avec la Russie arrive à son terme. Les compromis futiles sur lesquels l’UE a basé sa politique depuis dix ans n’ont servi à rien » souligne le rapport.

Les pays du partenariat oriental ont retenu toute l’attention des 28 en 2014, c’est aussi aux dépens d’autres régions, comme le Moyen-Orient. 

Contexte

Economiquement faible en raison d'une dette de plus de 2000 milliards d'euros qui représente son second poste budgétaire après l'éducation nationale, la France conserve théoriquement l'image d'un poids lourd politique sur la scène internationale. Ses interventions sur des zones de conflits comme le Mali ou la Centrafrique ne contrebalancent toutefois pas d'autres points négatifs, selon le think-tank ECFR.

Plus d'information

Scorecard 2015 : L’UE au milieu des crises